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Le yoga traditionnel
Jean
Louis Bernard, auteur spiritualiste, ésotériste réputé et fin
connaisseur du yoga des derviches et du tantrisme, propose une
définition traditionnelle du yoga et n'hésite pas à déclarer : « Le maître qui se laisse déifier est toujours un faux maître ».
Très éloigné du spiritualisme mercantile et racoleur d'aujourd'hui, le
texte signale les principaux dangers inhérents à la pratique yogique.
Le
yoga, du sanscrit « yuj », joindre – même origine que « joug » – est
une ascèse qui vise à créer une union consciente entre le yogi et Dieu, à
soumettre ses divers états d'existence (dont le mot) à son esprit. Il
se placera en somme sous le joug divin ! Dans l'Inde très antique, le
yoga réalisait de hauts états de conscience que l'évolution régressive,
valable aussi pour l'Inde, n'autorise plus qu'exceptionnellement. La «
matérialisation » de l'humanité a endormi les chakras et stoppé
certaines glandes endocrines qui sont des clefs psychosomatiques. En
Occident, le yoga ne dépasse pas le niveau d'une éducation physique (la
meilleure)
Le
yoga s'accompagne d'une introspection : le sujet doit découvrir sa
nature profonde, en grande partie inconsciente ; il ne pourra saisir le
divin qu'à travers elle, c'est-à-dire d'abord à travers son double. La
stagnation du yoga en Occident est à imputer à l'oubli de cette évidence
; on y commet une erreur typiquement occidentale en faisant reposer sur
le moi seul toute l'équation psychosomatique et spirituelle. La notion
de double, les maîtres hindous l'expriment indirectement par leur notion
de « dharma », c'est-à-dire la nature cachée de l'individu, son destin,
sa mission éventuelle. Pour dégager en soi le double, porteur du
dharma, l'hermétisme oblige le moi à s'effacer – par la pratique de
l'a-penser et du mentalisme.
Le
maître hindou Shri Aurobindo codifia le yoga millénaire à l'usage des
Occidentaux, au sein de son « ashram » (communauté) de Pondichéry. En
Occident, maître signifie professeur, celui qui transmet une technique.
En Orient, le personnage doit de surcroît posséder des qualifications
psychiques : il doit être à même d'aimanter vers lui le transfert des
résidus psychiques de son élève ; car toute effervescence de l'âme les
multiplie. En cas de non-projection de cette « vase vibratoire », de dangereuses névroses germeront spontanément, sclérosant le psychisme de l'élève – la moins nocive étant la mythomanie.
Un maître qualifié « brûlera » ces résidus sur son propre organisme par
le jeu dé certaines énergies que le yoga aura éveillées et canalisées
en lui. Il disposera aussi des vrais diplômes du yoga qui ne sont pas un
vain parchemin, mais les pouvoirs paranormaux, au moins l'intuition et
la voyance qui l'autoriseront à « voir » l'état réel de son élève. Le
maître aidera l'élève à se prendre en main par le mental et à pratiquer
les exercices (postures, respiration contrôlée) ; il le poussera vers une autonomie croissante,
sachant bien — s'il est honnête! — que seules comptent sa faculté de
transfert et son expérience pratique ; pour le reste, il ne sera que
professeur et surveillant. Le vrai maître personnel est le double.
Dans l'initiation égyptienne, il n'y avait du reste pas de maître
extérieur, corporel, l'initié était formé par son double, en certains
cas spéciaux de sommeil, ceux-ci favorisés par l'ambiance d'un temple.
Le maître qui se laisse déifier est toujours un faux maître !
Le
yoga « implique une réunion, écrit le lama Kazi Dawa Samdup, un
couplage de la nature humaine inférieure avec la nature plus élevée ou
divine, afin que la supérieure puisse diriger l'inférieure, et cette
condition doit être obtenue par le contrôle du processus mental. Tant
que le champ de l'esprit est occupé par des formes, pensées ou
raisonnements, nés de ce concept faux (qui domine l'humanité) que les
phénomènes et les apparences sont réels, il existe un état d'obscurité
mentale, appelé ignorance. » Et précisons que le véritable « mental »
relève de l'inconscient, non du conscient. En cours de yoga, il y aura
lutte de la nature inférieure (composée de plusieurs entités) avec la
nature supérieure. Et cette lutte s'intensifiera, dès qu'aura été
stimulé le chakra suprême (sommet du crâne) = lien télépathique possible
avec le centre-Dieu suprême (que les Égyptiens appelaient Amon). Son activation prématurée risque de perturber le cerveau.
Les
vrais problèmes du yoga ne sont ni les difficiles postures, ni la
respiration différemment rythmée — double éducation physique qui doit
soumettre le corps à l'esprit. Ces vrais problèmes s'étagent comme
suit :
Il faut une mentalité mystique, même sans religion précise ! Le mieux, pour l'élève est de construire ou reconstruire lui-même la religion qui correspond à sa nature profonde,
mais en fonction de l'expérience du yoga. « Quand un être me cherche
dans la sincérité de son cœur, dit le dieu Shiva, je fais que sa
religion soit juste ! » Sans une nature mystique, l'être humain n'est
que machine. Le yoga n'aboutirait qu'à le mécaniser davantage.
Il ne supporterait pas le dynamisme de ses chakras, de celui du cœur
notamment. On cite le cas de ce professeur d'éducation physique, recyclé
en maître de yoga, qui mourut de crise cardiaque, dès que fut stimulé
son chakra du cœur. Il faut apprendre à interpréter ses rêves, non
en fonction d'une école à idéologie, mais en découvrant son propre
symbolisme. Partir de la méthode de Jung. Il n'y a pas d'autre moyen de
se contacter soi-même, c'est-à-dire de pénétrer son inconscient, donc de
toucher ses autres états d'existence. Dès que l'élève s'intéresse à ses
rêves, la nature de ceux-ci change : son double tendra aussitôt à
communiquer avec lui par des « messages » courts, que l'ombre cherchera à
intercepter et compliquer. Or, trouver le double c'est trouver le
maître !
Il
faut pratiquer l'a-penser et le mentalisme en plus des exercices
directs. La pensée, devenue outil, sera l'agent de métamorphoses
psycho-biologiques touchant jusqu'aux glandes endocrines. Les écoles
hindouistes préconisent la fixation mentale sur un symbole ou la
concentration sur un chakra (pratique risquée, celui-ci peut «
entrer en éruption » à contretemps). Les Tibétains conseillent
l'a-penser (le vide mental), valable surtout pour l'homme. Ces exercices
mentaux doivent se pratiquer dans la relaxation totale ou avec les
postures.
Le rythme de la respiration ne s'improvise pas (danger).
Les instructions du maître seront respectées à la lettre. A défaut, on
consultera un médecin. De tous nos circuits d'énergie, la respiration
est le seul qu'il soit possible de contrôler et conduire ; un autre
circuit peut, à la rigueur, être soumis à la volonté, celui de l'énergie
érotique. Pour cette raison existent deux types fondamentaux de yoga —
le second étant le tantrisme. Yoga signifiant aussi métamorphose,
celle-ci ne se fera qu'en prenant appui sur une énergie précise : prâna
dans le premier cas, le fluide érotique dans le second. Prâna (en
sanscrit = souffle de vie) est une vitalité diffuse, de source solaire,
que nous absorbons avec l'air. Miraculeux, prâna peut reconstruire un
organe déficient et accélérer la croissance des chakras. Certains
maîtres conseillent de retenir l'air inspiré, si les battements du cœur n'en sont pas modifiés.
Quelques-uns préconisent le régime « équilatéral », c'est-à-dire un
temps pour les trois actes (aspiration, rétention, expiration), ces
actes devant être lents. On pourra, par la simple volonté imaginative,
concentrer prâna sur l'un ou l'autre point déficient du corps.
Il faut trouver sa posture idéale, celle qui fait oublier le corps sans le déformer et ramène l'être à son seul dynamisme mental et respiratoire. Le mieux est de fréquenter un cours de yoga et d'y profiter des techniques de l'Inde.
Quant
au régime alimentaire et sexuel, il donne lieu à controverse. Les excès
sont également nocifs. La sagesse recommande de ne pas rompre
inconsidérément avec le régime alimentaire de nos ancêtres. L'abstinence
totale de viande peut aboutir à une auto-castration quant à
l'agressivité, celle-ci étant nécessaire dans la lutte pour la vie. Les
vapeurs d'alcool « paralysent » le psychisme (mais un petit verre
d'alcool après un bon repas est tout de même recommandé par les Japonais
parce qu'il dégage l'esprit que « paralyse » la digestion — comme par
homéopathie). Le vin détend le psychisme (les buveurs de vin ne sont
jamais fanatiques) ; la bière agissant favorablement sur le teint, agit
de même sur le psychisme (à cause d'un rapport existant entre l'un et
l'autre). La viande de chasse paraît toxique pour le psychisme — comme
si elle contenait la haine et l'effroi de l'animal traqué ! Les
pratiquants stricts du yoga abandonnent en général toute viande, sauf le
poisson et la volaille; ils prétendent que la viande « animalise »
l'âme... Mais l'ascétisme engendre l'orgueil et l'intolérance. Le mieux
est de pratiquer l'alternance en « brisant » de temps en temps son
rythme alimentaire. Ne jamais se singulariser à ce propos, au milieu
d'amis non pratiquants ! Quant à la chasteté systématique, elle produit des « castrats » ou des hypocrites, sauf exceptions rares ! L'acte
sexuel brûle à sa façon les résidus psychiques, dégageant le psychisme ;
sur ce point, Freud avait raison. Mais l'abus de la sexualité engendre
l'obsession...
Jean Louis Bernard
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