samedi 19 mai 2012

Le tourbillon éternel du présent.

http://milajesuis.blogspot.fr/









Extrait du magnifique livre "Cela qui Rêve" de Alain GALATIS.



Pour appréhender ce qui Est, il est strictement indifférent que nous fassions ceci ou cela, que nous nous trouvions dans tel ou tel endroit, que nous ayons telle ou telle attitude. Il n’y a aucun travail à accomplir sur nous ; nul besoin d’essayer de devenir quoi que ce soit : plus sage, plus gentil, plus intelligent.


Toute la question réside dans le recul que nous pouvons prendre. Nous avons à nous détacher de nous-mêmes afin de nous observer. C’est cette distance – et elle seule - qui offre une vision large et profonde


Au quotidien, le changement induit par une telle prise de conscience se situe dans la manière dont nous allons percevoir et vivre les événements ; il ne s’agit pas forcément d’un bouleversement de notre entreprise, mais bien de leur appréhension. Ainsi continuons- nous de vivre avec les personnes qui nous sont proches, de travailler, de nous distraire, de nous cultiver, de voyager, de croiser des inconnus dans la rue, d’observer la nature ; cependant, chacun de ces instants peut être transfiguré par le regard que nous portons sur lui.


Très concrètement, le sentiment est radicalement différent si, dans un bus aux heurs de pointes, nous avons le sentiment d’être un individu à l’espace vital menacé, comprimé au milieu de soixante autres individus, ou si, observant les personnes qui nous entourent, vieillards, jeunes, hommes, femmes, enfants, nous percevons qu’il n’y a là que de l’Être ondulant, mouvant, dont nous faisons totalement partie. Plus personne ne peut nous être étranger, jamais. Cette sensation qui nous étreint dans un bus, nous pouvons l’éprouver à chaque instant dans toutes nos activités : au bureau, en mangeant, seul ou en face de notre compagne, lorsque nous nous promenons en ville ou dans la nature.


Il ne s’agit donc pas de changer l’individu pour qu’il devienne autre, mais bien, par le recul pris, de nous tenir en deçà, pour l’observer et l’animer.




L’identité d’une personne – c’est-à-dire son histoire et sa personnalité – relève de la représentation. Cette identité n’est pas manifeste dans le seul instant présent mais appelle le passé et le futur. Si nous cherchons à appréhender la seule réalité de cette personne, nous sommes tenus de laisser de côté cet aspect. Ceci semblera énorme, mais c’est d’une simplicité enfantine. Il ne s’agit pas de supprimer la représentation, de la nier ou de la juger : il s’agit simplement de la laisser de côté parce que nous cherchons ce qui n’est pas image.


Si nous ne tenons pas compte de nos pensées, que nous reste-t-il à appréhender ? Une présence physique. Un individu se trouve devant nous, mais nous ne sommes plus à même de décliner son identité. Pourtant parler d’un individu, c’est à nouveau avoir recours à une représentation. Nous le distinguons d’autrui et nous l’inscrivons dans une temporalité ; un individu connaît un début et une fin, un passé et un futur, qui sont, nous l’avons vu, de l’ordre de la représentation.


(...) Quelque chose est, dont nous ne pouvons strictement rien dire. L’effet de surprise passé, nous découvrons que tous les phénomènes possèdent cette même présence. A ce moment, nous commençons d’entrevoir l’unité des phénomènes. Autrui et nous-mêmes sommes une seule et même présence. Et tous les phénomènes relèvent de cette manifestation qu’il est légitime d’appeler le réel.


Il est donc possible et nécessaire de déconstruire notre conscience du monde dans un effort de distinguer la réalité et les représentations. Ainsi, dans une situation où deux amis se rencontrent, nous avons un premier niveau d’appréhension : Eric rencontre Jean. Mais nous pouvons distinguer un second niveau : un être humain rencontre un être humain. Simple constatation d’une apparence qui écarte la connaissance que nous en avons. Enfin, nous découvrons un autre niveau où ce qui Est appréhende ce qui Est. Le réel se rencontre. C’est l’extraordinaire découverte de pouvoir se reconnaître dans autrui. Autrui et nous-mêmes sommes du réel.


En devenant conscient de ces différents niveaux de lecture du réel, nous pouvons les embrasser d’un regard. Ainsi, face à un ami, nous voyons non seulement quelqu’un que nous aimons et que nous connaissons bien, mais également la présence émanant du réel dont nous faisons, nous-mêmes, partie. Quand nous sommes pris dans une discussion avec cet ami, il ne nous est pas nécessaire d’apprécier à chaque instant la profondeur de ce qui Est, mais nous en sommes constamment conscients.


Nous remarquons également de quelle manière un individu habite le présent. Nous découvrons comment, à partir du présent, nous construisons cette sphère de représentations dans laquelle nous évoluons psychologiquement. Ainsi, par exemple, quand quelqu’un nous parle, nous voyons la présence de l’être et comment cette présence déploie son imaginaire. Devant nous se trouve de l’être se pensant individu, exactement de la même manière que nous pouvons, nous-mêmes, le faire. A partir de là, nous pouvons également ressentir quelle conscience notre interlocuteur possède de cette situation. Ce qu’il nous dit et la manière dont il le communique révèle sa perception de la situation. Entre la personne obnubilée par son imaginaire, préoccupée uniquement de communiquer les images produites par son cerveau, vivant dans cette rêverie, et une personne constamment attentive à ce qui se produit à l’instant où elle vous parle, il y a là toute une gamme possible d’attitudes qui témoignent de ce que nous pensons être, de comment nous habitons notre individualité, de comment nous entrons en relation avec autrui.
Cette prise de conscience du réel s’apparente à un abîme s’ouvrant sous nos pieds : nous perdons tous les critères que nous utilisons pour apprécier une situation. Il s’agit d’un plongeon en chute libre dans ce qui Est. Mais, et c’est sa grande beauté, ce plongeon ne peut connaître de fin : il se révèle plongeon éternel.


Dès lors que nous plongeons mais que cette chute ne connaît ni temps, ni direction, elle s’apparente plutôt à un envol grâce auquel nous nous arrachons à la pesanteur de nos représentations.










NEANT


Le propre du réel est d’être ce qui existe. Si quelque chose existe – que nous nous garderons de définir – ce quelque chose, nous pouvons néanmoins le nommer le réel. Mais, dès lors, pouvons-nous concevoir ou appréhender une dimension de l’inexistence ; si quelque chose existe, y a-t-il quelque chose qui n’existe pas ? Autrement dit qu’est ce que le néant ?


Le concept de néant contient en lui-même une contradiction fondamentale : le néant est ce qui n’existe pas. Mais ce qui n’existe pas ne peut pas être quelque chose. Il ne peut y avoir une dimension où existerait ce qui n’existe pas. Le fait de l’existence exclut la possibilité d’une non-existence.


Penser le néant nous amène forcément à reconnaître l’inexistence de cette dimension, exactement de la même manière que lorsque nous pensons, à son extrémité, notre individualité, nous sommes obligés de reconnaître son inexistence.


Aussi étonnant que ce la puisse paraître, le concept de néant et celui de l’individualité sont totalement liés. Nous pouvons penser notre individualité grâce au néant ! Car l’unique possibilité de concevoir une individualité est de se référer à ce que ne sommes plus et à ce que nous serons. Penser l’individu dans l’unique instant présent est impossible. Nous avons besoin d’être conscients de ce qu’il a été (et qu’il n’est plus) et de ce qu’il sera (qu’il n’est pas encore). Cela signifie que nous inventons le néant pour pouvoir imaginer notre individualité !


Nous créons de toutes pièces une dimension qui n’existe pas, le néant, afin de pouvoir dégager une identité, l’individu, qui n’existe pas plus. Puis, amenés à croire que nous sommes cet individu, nous appréhendons de le voir disparaître dans le néant. Nous craignons de voir tomber ce qui n’existe pas dans ce qui n’existe pas. La chute ne sera pas très douloureuse ! Le réel s’amuse à se faire peur. En fait, l’appréhension de voir disparaître un phénomène révèle l’irréalité de ce dernier.


Si nous essayons d’appréhender le seul instant présent, qu’allons-nous faire de notre savoir ? La réponse est simple : rien ! C’est là un point excessivement important : il ne s’agit pas de combattre le connu, il n’est pas questions de le juger, de le nier ou de vouloir le supprimer ; nous ne nous préoccupons pas de découvrir pourquoi nous possédons tel ou tel savoir. Non, nous le laissons tranquille dans son coin ! Face à l’inconnu, toute préoccupation qui nous ramène au connu est une distraction qui nous éloigne de notre but.


Nous l’avons dit, dans un premier temps, nous ne pouvons pas, par un effort de notre volonté, nous détacher du connu. Ce n’est pas grave : ne nous occupons pas du connu et concentrons notre attention sur l’instant présent. Le moins que l’on puisse dire est que l’instant présent semble, pour notre esprit, excessivement fugace à saisir. Comme un éclaire qui zèbre le ciel par un soir orageux, à peine l’avons-nous aperçu qu’il a disparu. Or, il s’agit bien non seulement d’attraper un éclair, mais également de le chevaucher et de parvenir à tenir en équilibre sur son dos !


Cet instant présent nous confronte à une réelle énigme. Face à lui – et si nous refusons à recourir au passé et au futur - nous ne pouvons strictement rien dire : nous sommes en présence de quelque chose d’absolument inconnu.
Quand notre attention est tournée vers l’instant présent, quand nous tentons de saisir le mouvement de ce qui est, il n’est pas nécessaire qu’en plus nous nous préoccupions du sens donné à cet instant ; personne ne nous le demande ! Nous pouvons très bien nous contenter d’observer.


Dès lors, nous découvrons que nous pouvons nous distancier de notre savoir : il joue un rôle important et indispensable, mais il n’est pas nécessaire qu’il soit omniprésent dans toutes nos activités. Nous réalisons qu’il est possible de se passer du savoir. Nous avons accompli un premier pas – sans nous tenir au savoir, en lâchant prise – dans l’inconnu !
Tous les phénomènes que nous pouvons appréhender participent de l’unité. Ainsi, assis sur un banc public au centre ville et regardant les dizaines de personnes qui passent devant nous, déambulant ou se hâtant, se suivant ou se croisant, si nous nous contentons d’observer ce qui se produit dans l’instant présent, nous pouvons découvrir le mouvement de ce qui Est.


Nous observons une unique présence en perpétuel changement. C’est cette unité que nous découpons en distinguant différents individus. Il est particulièrement émouvant de nous rendre compte qu’il n’y a plus de distance entre nous. Nous sommes tous et toutes l’unité du réel.


Ce mouvement est absolument fascinant. Toujours assis sur notre banc public, nous pouvons observer un inconnu qui s’avance vers nous. Nous voyons une personne étrangère qui se déplace dans l’espace et le temps. Mais, augmentant le degré de notre attention, nous pouvons faire éclater cette apparence. Nous nous plaçons au cœur de l’instant et nous découvrons un mouvement, une ondulation, un kaléidoscope de l’être en perpétuelle mutation.
Les deux étrangers pris chacun dans son univers, dont les regards se sont à peine croisés, effleurés, ne le sont plus : il n’y a que de l’Être absolument insécable.


Il n’y a que de l’Être et, tous, nous sommes pris dans son mouvement. Tous nous dansons dans la parfaite harmonie de ce rythme. Et nous ne pourrons plus jamais écraser maladroitement les pieds de notre partenaire. Tous, nous sommes danseurs étoiles ! Etoile le grain de sable ! Etoile le brin d’herbe ! Etoile l’insecte ! Etoile l’animal ! Pris à jamais dans le tourbillon éternel du présent.


Mais comment danser éternellement puisque nous allons mourir ? Envisageons-nous une danse macabre ? Une sarabande de squelettes ? Un cliquetis joyeux d’ossements entrechoqués ? Les douces volutes d’une fumée ? Le bal pour nous va forcément se terminer, les lumières s’éteindront, le rideau tombera.


Non ! Cette danse ne dure pas : elle est ! Elle ne connaît ni début, ni fin ! Et si nous entrevoyons cette pulsation, si nous saisissons cette pulsation, nous découvrons que nous sommes cette pulsation. Ce qui disparaît alors est l’image d’un phénomène qui dure. Ce qui disparaît est la croyance en l’existence d’un phénomène qui dure.


Il n’y a que ce mouvement incessant du réel dans lequel scintillent des myriades d’étincelles, reflets d’une lumière première. Notre existence n’est pas celle d’une pauvre étincelle isolée qui à peine apparue, disparaît déjà dans l’obscurité des siècles infinis. L’étincelle a pris conscience de sa nature. Et par l’étincelle éphémère, nous parvenons à la plénitude infinie du réel.


Nous sommes liés, cher ami. En contact. A des dizaines ou des milliers de kilomètres. Sans lever le petit doigt. Sans bouger une oreille. Sans nous déplacer d’un millimètre. Nous sommes un seul et même être.




vendredi 18 mai 2012

CONSCIENCE

Jean-Marc Mantel
 - La pensée est un objet d’observation. Elle peut être vue, contemplée, appréhendée, depuis l’instant de son émergence jusqu’à l’instant de sa disparition. Cette possibili­té d’appréhension signe l’existence d’un regard situé en dehors d’elle, qui la contemple. Ce regard, c’est la conscience. Essayez d’attribuer des quali­ficatifs personnels à ce regard et vous n’y arrive­rez jamais. Il n’est ni chaud, ni froid, ni beau, ni laid, ni grand, ni petit, ni jeune, ni vieux. Et pour­tant il se sait. Vous vous savez regard. Vous vous savez témoin de toute expérience. Vous vous savez connaisseur de votre corps, pouvant assister, à défaut de sa naissance, à sa mort. Ainsi la conscience se sait. Il ne s’agit pas là d’une connaissance analogue à celle d’un objet connu, mais d’une connaissance intime de ce que vous êtes, de la racine de toute pensée et émotion, de la racine de l’être, là où le « je suis » prend sa sour­ce. Cet espace de silence, de présence, de conscience n’est rien d’autre que moi-même, un moi-même libre d’attribut, libre de possession, libre de savoir, libre d’attachement, libre de sensa­tion, libre d’émotion, libre de pensée. C’est ce moi-même, dont l’authenticité ne fait nul doute, qui est nommé conscience. Il n’est pas différent de vous-même. C’est ici que vous-même et moi- même nous rejoignons, par-delà les cultures et les différences, par-delà les opinions et les préfé­rences. L’humanité, dans sa totalité, s’enracine dans l’expérience de la conscience. C’est cette expérience qui rapproche les êtres, les fait com­muniquer d’un simple regard, les fait s’aimer sans juger. Découvrir la conscience, c’est se découvrir, c’est abandonner toute idée, c’est lâcher toute pen­sée. Dans cette complète humilité, dans laquelle le moi est absorbé dans un espace qui le dépasse, se trouve ce que je suis, ce que je suis dans mon essence, dans votre essence, dans notre essence.
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jeudi 17 mai 2012

Bernard - Etre simplement

Extrait du livre "Être simplement" Bernard



Comme le SOI est éternelle PRÉSENCE, cultivez cette Présence en étant de plus en plus Présent à vous-même. Observez Ce qui fait que vous vous savez existant. Observez attentivement d’où surgit cette sensation d’Être parce que, à partir de cette source, tout surgit : le «je» dans un corps, dans le monde etc... tout cela arrive à cause de l’identification au «je».
Une fois encore, demandons-nous très sérieusement : Lorsque le «je» qui surgit au réveil, chaque matin, avec son flot de pensées et donc de problèmes en tout genre, lorsque ce «je» est englouti chaque soir dans le sommeil profond, Qui existe durant cette période où ce «je» n’a aucune existence ? La réponse est évidente. Alors prenez pleinement conscience de cette réalité et il n’y aura plus rien à chercher.
Faisons une petite révision de base au sujet de la quête du SOI, c’est à dire de notre véritable nature; passons sur les préliminaires et arrivons aux premières constatations.
Tout d’abord, le corps et les cinq sens ne sont pas moi. Ensuite, nous constatons que le mental, lui non plus, n’est pas moi. Ces deux constatations nous conduisent à la question suivante : si je ne suis pas le corps, ni le mental, alors d’où s’élèvent les pensées ? On se rend compte alors que le champ d’action des pensées est le mental. La question suivante est donc : Qui prend conscience de l’existence de ces pensées ? La réponse est l’individu ou égo. En continuant notre recherche, on découvre que cette individualité ou égo ne peut pas être notre véritable nature puisque cette conscience d’être un individu n’est pas permanente, elle apparaît le matin au réveil puis disparaît dans le sommeil profond. La Vérité doit être permanente et elle doit exister d’elle même. L’égo n’est donc pas permanent de même que les trois états de veille, rêve et sommeil profond. Mais pour pouvoir constater l’impermanence de tout cela, il faut bien que quelqu’un soit présent ! Ce quelqu’un est le Témoin et on l’appelle le SOI et le SOI est tout simplement l’Existence, l’Êtreté.

Si cela est bien compris, c’est tout à fait suffisant pour «réaliser» notre vraie nature. Qu’est-ce que réaliser notre nature véritable ? C’est réaliser que nous ne sommes pas un individu et donc pas une existence particulière, mais simplement l’Existence elle même. Il ne s’agit pas, cette fois d’une compréhension quelconque, ni d’une expérimentation de plus, mais bien plutôt d’une désidentification totale et donc définitive. Ce qu’il est nécessaire de comprendre par contre, c’est qu’une personne ne peut pas réaliser sa vraie nature, mais on réalise que l’on n’est pas cette personne. La différence est essentielle.
En effet, une personne, un individu demeure un individu avec son corps et les fonctions qui l’accompagnent, que ce soit avant cette réalisation ou après. Ce n’est donc pas la personne dans son corps qui change en quoi que ce soit, mais l’on réalise que l’on n’est pas cette personne.
ventdeveil.blogspot.f

samedi 12 mai 2012

SANKARA

  http://shivaisme-cachemire.blogspot.fr

L'absolu, on ne peut rien en faire


Selon le Vedânta, l'absolu ne peut être réalisé par aucune pratique. La seule "pratique" consiste à écouter, à méditer et à comprendre la connaissance de l'absolu transmise depuis toujours.
Voici un extrait d'un petit traité de Vedânta, sans douté composé après le XVe siècle. Attribué à Shankara, il résume bien sa pensée sur ce point :

"Nous comprenons[1] que l'action
Ne réalise rien de permanent.
A quoi bon l'action
Pour qui aspire à la vérité absolue
Et désire un fruit qui ne passe pas ?
L'action peut certes réaliser
Quatre sortes de fruits :
Production, obtention,
Purification et altération.
Il n'y en a pas d'autres.
Or, l'absolu[2] ne peut être produit
Par rien d'autre (que lui-même).
Il est réalisé de lui-même[3],
Toujours déjà atteint,
Déjà purifié, immaculé (car) sans action[4].
Les traditions reçues interdisent
De penser qu'il puisse avoir une origine.
L'absolu est lui-même la cause (de tout).
On considère pour cela qu'il n'est pas le produit (d'une autre cause).
Si celui qui veut obtenir et ce qu'il veut obtenir
Sont deux choses différentes,
Alors il est possible d'obtenir cette chose.
Mais l'absolu est l'essence même
De celui qui veut l'atteindre.
On ne peut (donc) jamais l'atteindre.
Le bon sens considère que les impuretés
Peuvent être ôtées d'un miroir, par exemple.
Mais l'absolu, toujours limpide comme l'espace,
Ne peut jamais être purifié.
Le réel est immaculé, (car) il n'agit pas ni ne subit[5].
Comment pourrait-il être souillé ?
Seul un défaut survenu par contact avec (autre chose)
Peut être lavé pour recouvrer l'état d'origine.
Ce qui est sans qualités
Ne peut recevoir aucune qualité,
Car la tradition nous révèle
L'absence en l'absolu d'aucune qualité en disant
"(L'absolu) est sans aucune qualité".
Les composés comme le lait
Sont choses qui se transforment.
Tout ce qui peut subir une altération
N'est pas le réel sans action.
L'essence du réel
Est démontrée par la raison et la tradition :
Elle n'est pas un résultat, pas une action.
Elle est paisible, sans faille, inconditionnée.
Par conséquent, il n'existe aucune possibilité
De réaliser l'absolu par l'action,
Car ce qui peut être réalisé au moyen de l'action
Est impermanent,
Alors que l'absolu est permanent et éternel.
Le corps, etc., de même que le monde,
Sont détruits selon les actions (accomplies dans les existences passées).
De même, le monde suivant (dans lequel nous renaîtrons)
Sera conforme à la valeur de nos actions.
Ce qui est le fruit d'une action
Ne peut jamais être permanent :
Cette loi se vérifie toujours.
Le paradis et autres (récompenses)
Sont donc impermanents.
Quel lettré[6] s'y perdrait ?
En revanche, tout le monde s'accorde
A reconnaître que la cause du monde est permanente.
Et la tradition reçue ne se lasse pas de répéter
Que l'(absolu) seul est la cause du monde.
De plus, la tradition dit que
"Tout est identique à lui, telle est la vérité".
Ainsi, lui seul est permanent.
Il est clair que seul l'Être est cause du monde.
La tradition le dit expressément :
"(On ne réalise pas l'absolu) par des actions, par la procréation, par la richesse".
Ainsi, l'idée que l'action pourrait être cause de la délivrance
Est explicitement écartée.
La réalisation de la conscience pure[7],
C'est être l'absolu.
(Or, cette réalisation) est impossible sans la compréhension
De l'unité de soi et de l'absolu,
Ce qui suppose un examen rationnel
De soi et de l'absolu[8].
Elle ne peut être réalisée
Par des bains sacrés, ni par des chants,
Ni par des récitations, ni par des jeûnes,
Ni par des sacrifices, des rituels, des dons,
Ni par des formules ou des rites magiques[9].
C'est ce que la tradition révélée enseigne :
"La réalisation n'est possible que par la connaissance".
En disant que la connaissance est la cause de la délivrance,
(La tradition) écarte toute autre cause."

La Quintessence de toutes les doctrines du Vedânta (Sarva-vedânta-siddhânta-sâra-samgraha), d'Akhandânanda (?), disciple d'un certain Advayânanda,


[1] Nous l'entendons depuis toujours. L'ensemble de ces vérités transmises depuis toujours (selon le brahmanisme) constitue l'Audition (śruti), aussi appelée le Savoir (veda).
[2] brahman : d'une racine BṚHM, "grandir, croître, se développer, se manifester, se révéler". L'étymologie du mot semble donc contredire la position du Vedānta : l'absolu n'est pas immuable, mais au contraire, il est ce qui existe en se révélant. Le brahman, à l'origine (dans le védisme archaïque), est un être vivant. Il est le réel en tant que vie, animé d'un souffle qui est le Temps. Mais dans le contexte védantique, ce sens est oublié. Nous traduisons donc par "absolu". Comme dira Abhinavagupta, c'est là un "brahman qui ne fait rien" (śānta-brahman), ce qui sonne comme une pointe ironique si l'on songe au sens originel de brahman. Cette expression paradoxale évoquerait alors quelque chose comme "une croissance paralysée", interrompue, tant il est vrai que, pour le non dualisme d'Abhinavagupta, le brahman védantique est un absolu amputé de toute passion, de toute émotion, et n'est donc qu'un absolu incomplet.
[3] Il est a lui même sa propre preuve, il est évident (svataḥ-siddha).
[4] L'absolu est "sans action", car comme dit le verset précédent, il n'y a que quatre sortes d'actions, et elles impliquent toutes l'impermanence de leur substrat. L'absolu doit donc être une paix totale, une conscience "pure", sans aucune pensée, sans aucun dynanisme. Pour Abhinavagupta, cette paix n'est que l'un des aspects de l'absolu. Car l'absolu vit, il traverse des phases, il respire et, comme dans le védisme ancien, cette respiration est le devenir vie-mort, jour-nuit, inspir-expir, etc. L'absolu n'est pas seulement être, mais aussi "être-qui-se-pense", qui désire, qui imagine, qui oublie... Bref, il est un agent.
[5] Glose de akriyam pour exprimer un peu des quatre sens énumérés plus haut.
[6] Le Vedānta valorise l'étude, la mémoire, l'intellect.
[7] Litt : "la simplification de l'Esprit", vieille expression empruntée au système Saṃkhya. Désigne le moment où la conscience se réalise comme pure de toute coloration objective.
[8] Enoncé limpide de la position intellectualiste du Vedānta. Pour Abhinavagupta, l'intellect (buddhi) n'est que l'une des voies possibles.
[9] mantra-tantrair api : allusion aux pratiques tantriques. Ce texte date d'après le XVe siècle,quand le tantrisme était déjà devenu synonyme d'occultisme.

vendredi 11 mai 2012

Nirmala Sundari Devi ou Ma Ananda Moyi ou Ma Ananda Mayi






Nirmalâ Sundari Devî, née le 30 avril 1896 à Kheora en Inde, (aujourd'hui au Bangladesh), et décédée le 28 août 1982, plus tard nommée Mâ Ananda Moyî par Jyotish Chandra Ray (Bhaïji) ou Mâ Ananda Mayî, Sri Anandamayi Ma, est considérée comme une des plus grandes saintes que l'Inde ait connue au xxe siècle. Elle est généralement considérée par l'hindouisme comme un avatar, une incarnation divine.
Source du texte : wikipedia


Bibliographie (en français) :
- L'enseignement de Mâ Ananda Moyî, traduction de Josette Herbert, (collection "Spiritualités vivantes"), édition Albin Michel, 1988, 2004.
- Aux sources de la joie, Albin Michel, 1996 (première édition en 1943).
- Ce Corps, traduction de Jean-Yves Leloup et Jean-Claude Marol, édition Altess, 1999.
Études :
Jean-Claude Marol, La Saturée de joie / Ananda Moyi, Dervy, 2001.
Dingra, Visages de Mâ Ânanda Moyî, Éditions du Cerf, 1990.


Il existe des exemples de réalisation du Soi survenue par la grâce de Dieu, alors que d'autres fois on s'aperçoit qu'Il éveille en certains une soif insatiable de Vérité. Dans le premier cas, la réalisation vient spontanément, dans le second, l'on n'y parvient qu'après de nombreuses épreuves. Mais tout ceci n'est que l'oeuvre de Sa miséricorde. 

L'homme croit être l'auteur de ses actions, alors qu'en réalité tout est dirigé par "Cela", le lien est "Cela" et "Cela" est la source d'énergie. 


Les mots, les discussions, le langage, etc. appartiennent au mental; par contre, dans l'état dont nous venons de parler, le langage n'a pas place. Ce corps-ci respecte tout ce que tout le monde dit car le point de vue de chacun dépend de l'échelle le long de laquelle il s'élève. Pour ce corps-ci, toutes idées lancées reviennent au même - à quelque niveau qu'elles se situent. Pour cette raison, que vous souteniez que le corps peut ou ne peut pas exister sans prarabdha (trace mental) ou que vous avanciez une théorie d'un point de vue quelconque, tout est exact sur le niveau correspondant. Mais au delà des mots et de toute expression, là où il y a manifestation et non manifestation, durée et non durée, espace et absence d'espace - aucune affirmation n'est valable. 


Il existe un état où disparaît toute distinction entre dualité et non dualité. Celui qui est rivé à un angle de vision particulier parlera du point de vue qui est le sien à ce moment précis. Mais là où est le Brahman - l'Unique sans second - rien d'autre ne peut exister. Vous distinguez entre dualité et non dualité parce que vous êtes identifié au corps, ce qui signifie que vous être dans un état de constante insatisfaction. 


Ce qui est, c'est Cela. Dans ce cas que peut-on exprimer par des mots ? (...)

Dès ce moment, que peut-on dire ou passer sous silence puisqu'Il est entièrement au delà des mots ? Evidemment chacun parle le langage du niveau où il se trouve; pourtant, quels que soient les mots prononcés, ce sont Ses paroles, Son chant dédié à Lui-même. Dans l'état suprême rien ne peut plus être un obstacle; s'il en subsiste c'est que l'ignorance a persisté. En réalité il n'y a que Lui - Lui seul et rien d'autre que Lui. 

Lui seul est - donc pas question d'accepter ou de refuser. (...) Et puis il ne peut pas être question de dissiper une erreur, car il n'y a que Lui, sur qui tout repose. Si Lui est le but unique, il faut extirper l'erreur que l'erreur existe. Parler comme nous le faisons ne sert qu'à aider quelqu'un à comprendre. 


Vous devez continuer à discriminer, à convaincre votre mental - au prix d'efforts soutenus - que le japa, la méditation et tous
 les autres exercices spirituels ont pour but votre Eveil. Tout au long de ce pèlerinage, il ne faut jamais faiblir; ce qui compte c'est l'effort ! Aussi devez-vous essayer d'être possédé continuellement par cette quête; elle doit faire partie de votre être. 

Que l'on choisisse le chemin de la dévotion, où le "je" se perd dans le "Toi", ou le chemin de la quête du Soi, du vrai "je", c'est Lui seul que l'on trouve aussi bien dans le "Toi" que dans le "Je". (...)

La négation aussi bien que l'affirmation sont l'une et l'autre "Toi", l'Unique. 

En fait il n'existe jamais rien d'autre que l'Instant unique. De même qu'un seul arbre contient d'innombrables arbres, d'innombrables feuilles, une quantité infinie de mouvements et d'états statiques, de même un instant contient un nombre infini d'instants et en tous se trouve l'Instant unique. Et cet instant suprême réunit mouvement et repos. 


Vous tentez d'assouvir un désir par un autre désir; les désirs ne peuvent donc pas disparaître, pas plus que la tendance à désirer. Lorsque l'homme acquiert une conscience aiguë de cette tendance en lui à désirer, alors seulement la quête spirituelle devient authentique. Vous ne devez pas oublier que lorsque la tendance à désirer se transforme en une volonté de connaitre son Moi, alors seulement peut commencer la vraie recherche. Que vous le nommiez Un, Deux, ou l'Infini, que chacun prétende ce qu'il veut, tout est juste. 

Extraits de : L'enseignement de Ma Ananda Moyi

http://consciencesansobjet.blogspot.fr/





 

jeudi 10 mai 2012

SAGESSE

Sagesse de SRI SIDDARAMESHWAR MAHARAJ 









Vous vous tourmentez inutilement, de quoi souffrez-vous au juste?

Vous êtes malheureux mais vous ne savez même pas pourquoi ! Une bonne réflexion pourrait venir à bout de toutes ces souffrances. L'homme limité vit dans la peur constante, il vit sous le joug des péchés et des mérites, des choses matérielles et de l'opinion des autres. Pensez, réfléchissez profondément, et débarassez-vous de ces peurs. Elles vous paralysent !



Le Soi est Un, unique, sans dualité aucune et à part lui rien d’autre n’existe. Alors comment se fait-il qu’il apparaisse sous la forme de l’univers ?


Il n’y a que l’or dans les bijoux, quelle que soit leur forme, c’est ensuite qu’on leur attribue des noms différents : bracelets, collier ou bagues. Leur différence n’est qu’apparente, car leur base est commune. Ainsi, ce qui apparaît différent est illusoire car, quel que soit le façonnage des bijoux, ils n’en restent pas moins or. L’orfèvre travaille l’or et lui fait prendre toutes sortes de formes mais l’or reste toujours de l’or. Noms et formes ne sont rien, ils ne sont qu’apparence. Pourquoi le diamant est-il appelé diamant, Ce n’est qu’un nom qui sert à mettre cette pierre en valeur pour la distinguer des autres. Le monde du nom et de la forme est irréel, seule la conscience pure est vraie. La statue en or d’un chameau ou celle du Seigneur Vishnou n’est faite que d’or. Dans les deux cas il n’y a que l’or qui existe. L’existence est en toute chose, même dans un objet inanimé comme la chaise. Dans la chaise c’est le bois qui existe. De la même façon, dans le monde noms et formes ne sont que concepts, rien d’autre n’existe que le Soi.


Le « je » est comme Rahou et Kétou, les deux démons qui avalent le soleil. Dans votre véritable nature vous êtes rayonnant comme le soleil mais le « je »(Rahou) vous fait de l’ombre.
Le Soi qui est si lumineux est dissimulé par le « je ».
La lumière ne dit jamais qu’elle éclaire la maison d’un intouchable ou celle d’un Brahmane ! Tout est conscience, il n’est donc même pas nécessaire de dire : « Je suis le Soi ».
La naissance et la mort appartiennent à ce « je ». Il n’y a de mort que pour ce corps subtil plein de désirs et qui se nomme lui-même « je ».
Les cinq éléments et la conscience restent tels qu’ils sont. Quand on dit par exemple : »Waman Rao est mort », cela signifie que seul le nom est mort. Il est apparu, aussi disparaît-il. Il est né, aussi meurt-il. Supprimer de votre mental l’idée que vous êtes un « je » particulier, c’est cela le signe de la connaissance.
La main bouge et vous dites « je bouge », les yeux voient et vous dites « je vois », le nez sent et vous dites « je sens », pourtant tout cela se fait par le pouvoir du Soi, mais vous dites « je fais ».


Le Soi n’a ni son ni couleur, il n’est ni jaune ni noir. Il reste égal à lui-même. On peut le comparer au beurre qui passe de l’ état solide à l’état liquide mais qui reste quand même du beurre. Il en va de même pour l’eau dont la nature ne change pas quand elle se transforme en glace. Une graine est une forme subtile de l’élément terre et quand elle rencontre la terre à nouveau, le pouvoir de la conscience se manifeste. C’est au contact du pouvoir de la conscience que tous les objets se concrétisent, mais ils ne sont fondamentalement rien d’autre que Dieu. Tout ce que vous voyez est vu à travers le filtre de la « conscience altérée », cette lentille déformante vous fais voir différentes formes de bijoux plutôt que leur base commune : l’or.


Arrêtez de penser que seul le positif doit arriver à ce corps particulier auquel vous vous identifiez ! Vous êtes devenu ce corps grossier parce qu’un corps unique, le vôtre, occupe votre pensée. Serviteurs et maîtres doivent êtres considérés comme étant Dieu car rien d’autre n’existe que le Soi. Avec ou sans attributs, il n’y a que Dieu. L’ego, L’individu limité n’existe que parce que nous créons des séparations. Nous percevons des différences entre l’épouse et la fille, le cheval et le chien, mais le Seigneur est en tous. Ne cherchez pas à changer la forme des objets, seule l’attitude de celui qui perçoit doit changer. Qu’il soit dans l’état conditionné ou non conditionné, le Soi est identique à lui-même et vous devriez le voir quel que soit son état. Tout est Krishna, même les atomes qui composent la chaise ! Celui qui adopte cette attitude devient le Soi. Quoi qu’il fasse, dormir, agir ou bien manger, il n’a en fait jamais dormis ou mangé…Quand tout est le Soi, qui mange et qui dort ? Celui qui est sans attributs et celui qui endosse les attributs sont Dieu tous les deux. Un roi est toujours un roi, qu’il soit assis sur le trône ou parti à la chasse ! Tous les êtres sont habités par la conscience, mais l’individu qui est dans l’ignorance se croit différent de se qui l’entoure, alors que le sage sait que la création entière est le Soi suprême.
Tout homme est Dieu, que tous soient donc heureux ! Pour qui prend cela à cœur et le met en pratique, tout devient le Soi.



Qui est ce "vous"? Qui est donc celui qui se proclame propriétaire de ce corps?
Voici votre main, votre nez, vos yeux, mais qui est celui qui les possède?
Qui est celui qui réside dans ce corps et qui se dit en être le possesseur?
Si vous vous coupez la main, vous vous écriez: "Je suis blessé!".Mais c'est faux, car c'est la main qui est blessée et non pas vous.
La croyance selon laquelle vous êtes le corps est totalement erronée.
Qui agit à travers vos mains?

Qu'est ce qu'un corps? C'est un assemblage d'éléments tels que les mains, les pieds, la bouche, le nez, les oreilles, les yeux etc. C'est l'ensemble de tous ces éléments que nous appelons corps. Le "Je" est-il l'un de ces éléments? Si l'on dit par exemple: "le Je, c'est la main "et que la main est coupée, personne ne dira "j'ai été coupé ou j'ai été jeté", mais plutôt :"je me suis coupé la main".
On parle donc de toutes ces parties comme étant "miennes" et le corps lui-même qui est constitué de tous ces éléments est aussi déclaré être "mien" .On en déduit ainsi que celui qui dit posséder ces membres et ce corps est véritablement le maître, et qu'il est en fait différent de ce corps qu'il dit être sien. Le "Je" n'est aucun élément du corps physique mais ils sont tous "mien" .

Maintenant, si l'on poursuit le raisonnement, on peut dire que si "Je" n'existe pas, il n'y a rien qui puisse être appelé "mien, ce corps et ces membres ne peuvent donc pas m'appartenir. Ainsi, puisque 'on ne peut trouver "Je" nulle part dans le corps, comment peut-on dire que les membres de ce corps et ces tendances nous appartiennent?

Qui en est propriétaire? Les cinq éléments: la terre, l'eau, le feu, l'air et l'espace, ont droit de propriété sur ce corps. Après la désintégration du corps, chacun des cinq éléments prend sa part. Le corps est composé de ces cinq éléments et les matières qui constituaient cette enveloppe ont été reprises par leurs propriétaires respectifs. Lorsqu'il est absorbé par les cinq principes de ces éléments, il ne reste plus rien que l'on puisse appeler corps.


Tout ce qui peut être vu ou ressenti sera un jour détruit. Le visible est le fruit de notre imagination et ce qui existe ne repose que sur la mémoire. La nuit, quand la mémoire est au repos, tout s'efface, sauf si vous êtes tourmenté par quelque chose qui vous empêche de dormir.
Le sommeil est un état où le monde est oublié. Dès que nous nous oublions tout disparait. Ce qui peut disparaître dans l'oubli n'est pas réel.(...)Dire :"Je suis le corps" est l'aliénation. Affirmer au contraire: "Je ne suis pas le corps, rien ne m'appartient car je ne suis pas", c'est la libération.
(...)L'état qui correspond au corps grossier est l'état de veille, et vous n'êtes pas cela. Libérez-vous de l'identification au corps mortel qui vous limite.
Vous dites vous-même que ce corps vous appartient , mais cela implique que vous n'êtes pas lui, alors qui êtes-vous?


Puisque vous dites que ce corps est le vôtre et ce mental également, cela prouve bien que vous n'êtes ni l'un ni l'autre. Vous êtes différent d'eux. Vous n'êtes ni le corps ni le mental ni l'intellect qui ne sont que concepts. Vous n'êtes pas non plus l'oubli ou l'ignorance. Lorsque vous êtes conscient du Soi qui demeure en vous, vous avez atteint la connaissance mais vous n'êtes pas cette connaissance non plus! Ce qui veut dire que vous êtes au-delà de tout, y compris de la connaissance.
Qui réside dans ce corps? Est-ce vous ou quelqu'un d'autre? Les os ou la chair? Qui répond: «JE suis là «quand on vous appelle?
Nous devons comprendre notre propre nature, mais quelle est-elle?
Elle est dissimulée et c'est l'illusion qui est apparue au premier plan.

"Je suis le corps" est le faux qui est imprimé profondément dans notre mental, tandis que ce qui est vrai est mis de côté. L'homme accepte cette nature factice comme vérité. On différencie les hommes et les femmes sur la seule base de l'apparence physique, tant le corps grossier nous apparaît important. Le corps a établi sa prééminence sur tout le reste et c'est à lui que nous nous identifions.

Il est pourtant ridicule de dire "je suis le corps". Les exemples qui suivent vous aideront à mieux comprendre.
Un potier qui avait élevé un âne pendant des années n'arrêtait pas de clamer à qui voulait l'entendre que cet âne était son âne, tant et si bien qu'un jour il s'est vraiment pris pour un âne!
Le potier est-il plus fou que vous?
De même, un chauffeur qui n'arrêtait pas de louer les qualités de sa voiture a fini par se prendre pour une voiture! Comment cela est-il possible? Le potier est bien différent d'un âne et le chauffeur est également une entité séparée de sa voiture, tout comme le Soi est différent du corps.
Comprenez que vous n'êtes pas la matière inerte de ce corps mais cette force qui lui donne vie.
Un jour Kabîr (un grand sage) s’est fait mordre par un chien. Il a simplement fait remarquer que le chien et la chair déchirée avaient connaissance de l'incident, mais pas lui. Le Soi n'a pas été mordu!

Selon la tradition hindoue, on ne donne un nom à l'enfant que douze jours après sa naissance et lorsque quelqu'un meurt le rituel des obsèques dure douze jours également. Le treizième jour on distribue des sucreries pour marquer la fin du deuil et on oubli alors le nom. Le nom n'existe pas à la naissance et disparaît quelques jours après la mort du corps.

Le corps étant illusoir on ne peut même pas dire qu'il meurt puisqu'il n'a jamais été vivant! La force de vie qui l'habite, voilà ce qui le rend vivant et quand elle se retire ce n'est que le nom que portait le corps qui disparaît.


Votre vie durant vous vous êtes attaché à un nom qui n'est même pas né avec votre corps et ne meurt pas tout de suite avec lui. Mais vous ignorez le Soi suprême qui a pourtant accompagné votre corps de la naissance à sa disparition et qui lui survit!
Quand vous comprenez qu'il n'y pas une seule preuve de votre existence, vous cessez d'être concerné par des sujets aussi triviaux que la naissance et la mort car une personne qui n'existe pas n'a ni naissance ni mort!


La souffrance est née de l'oubli de nous-mêmes et nous réalisons le bonheur quand nous comprenons ce que nous sommes réellement. Ce rappel de soi est la connaissance de soi.
Pour savoir ce que l'on est vraiment, il faut tout d'abord distinguer ce que l'on appelle "mien" de celui qui l'affirme. Ce que nous croyons posséder est de nature illusoire.
Par exemple cette chose que l'on appelle notre corps change à tout instant, il est soumis à la nature, alors que celui qui dit le posséder est le Soi qui ne change jamais.

Tout ce que vous voyez et ressentez, ainsi que tout ce qui
apparaît est illusion, tandis que celui à qui tout cela apparaît est le Soi.
On m'a demandé récemment de préciser où est le Soi. Mais puisqu'il est partout et en tout, il est impossible de le montrer ou de le localiser.
Où est le pouvoir qui fait fonctionner le mental, les yeux et le sens interne? D'où viennent les pensées et le sentiment d'être? Ils apparaissent tous dans le Soi qui assume la forme de la connaissance. Le Soi est le siège de toutes les facultés, qu'elles soient physiques ou mentales.
Ainsi, la connaissance préside à la création entière. La lumière de la connaissance prévaut dans la manifestation.

Comme la lumière d'une lampe éclaire les objets tout en restant différent d'eux, la connaissance est distincte de ce qu'elle illumine. La lampe est l'instrument qui éclaire les objets mais elle n'est pas illuminée par eux, elle reste distincte des objets qu'elle éclaire. Cette propriété d'illumination donne toute sa valeur à la lampe.

De même si on considère le soleil on voit qu'il fait exister tous les objets, y compris la lampe, en projetant sa lumière sur eux. Les yeux à leur tour font exister le soleil, la lampe et tous les objets. Ainsi, le soleil étant le créateur du jour, il est plus puissant que la lampe et tous les autres objets. Mais l'œil qui perçoit le soleil et tout le reste est encore plus grand.

Maintenant, qui peut voir tous les objets y compris la lampe, le soleil et les yeux? Le mental et l'intellect bien sûr! Et c'est le Soi qui éclaire ces derniers, c'est lui qui voit et illumine tout. Celui qui perçoit tout et tous n'est perçu par personne!

Puisque je peux tout percevoir, je suis supérieur à tout, je suis le joyau!

Cette qualité intrinsèque du Soi le rend digne de toute vénération. Il est sa propre lumière. Le Seigneur Krishna dit: "Je suis celui qui réside au cœur de tous les êtres". Ce "je" est le Soi.

Je suis le Seigneur Rama ,le Seigneur Krishna ,je suis Dieu, le Tout-Puissant!

Dieu est omnipotent, il est vous-même, le Soi.

Puisque toute existence, même celle du soleil, n'est due qu'au Soi qui a assumé la forme de la connaissance, on le considère comme le Seigneur! Dans ces conditions, comment le monde matériel pourrait-il avoir plus de valeur que moi-même qui en suis le créateur? Le Soi étant vous-même, comment pouvez-vous faire allégeance à qui que ce soit d'autre? Un roi obéit-il aux ordres d'un valet?

N'oubliez pas votre vraie nature, ne descendez jamais de cette position: "je suis le Seigneur et le monde entier fonctionne grâce à mon pouvoir". Mais sachez qu'en l'absence de la foi, tout est vain.




Quand vous dormez la nuit votre mental et votre intellect sont éteints. Le monde entier semble dormir alors et plus rien n'a d'importance pour vous.


Mais dès que vous vous réveillez le matin, le monde aussi semble s'éveiller. Cela veut bien dire que c'est vous qui faites naître le monde! Ce que vous êtes en réalité est sans corps et toujours paisible. Vous êtes la paix elle-même qui n'a aucun désir pour le monde

mardi 8 mai 2012