Tout
est Dieu - Tout est Un
(Ellâm
Onru)
Texte
tamoul anonyme du 19e siècle
Le connaisseur de l'Unité agit de la meilleure des façons. C'est la connaissance de l'Unité qui le fait agir. Il ne peut se tromper. Dans le monde, il est Dieu devenu visible. Tout est Un.
"L'incessante recherche du Soi, nous l'appelons Amour Suprême de Dieu, car Lui seul est établi comme Soi au-dedans du coeur de tous."
Sri
Râmana Maharshi
Voilà un extrait du "Ellâm Onru" (Tout est Dieu) que Ramana Maharshi conseillait en lecture à ses visiteurs...
Présentation
Ce
texte anonyme, écrit en tamil au dix-neuvième siècle, est
un bréviaire de l'Advaïta Vedânta. Le Sage d'Arunâchala,
Sri Râmana Maharshi (1879-1950), unanimement reconnu comme la personnification
de la Sagesse Éternelle de 1 J Inde le citait et le recommandait souvent.
Ainsi, dans "Living by the words of Bhagavan", de David Godman (ouvrage
retraçant le témoignage dAnnamalai Swami, proche du Maharshi),
nous trouvons le passage suivant : " (...) lorsque je demandai à
Bhagavan de me sélectionner du matériel de lecture, il me donna
une liste de six livres : Kaivalya Navanitam, Ribhu Gitâ, Ashtâvakra
Gitâ, Ellâm Onru, Swarupa Sâram, et Yoga Vâsishtha Il
mit un accent particulier sur Ellâm Onru, me disant : "Si tu veux
Moksha (la Délivrance), écris, lis et pratique les instructions
contenues dans Ellam Ondré. " (édition de l'ashram de Sri
Annamalai Swami, page 104, Tiruvannamalai, 1994).
Face
à une telle recommandation, et sachant que ce livre est depuis longtemps
introuvable, nous ne pouvions qu'être enthousiastes, lorsque nous avons
eu la grâce d'en recevoir un exemplaire (d'une traduction anglaise, faite
à l'occasion du 7 1 anniversaire de Râmana Maharshi). Cet enthousiasme
doit cependant être assorti de prudence, la doctrine de l'Advavaita-Vedânta
ayant souvent été malmenée par suite d'une compréhension
schématique ou partielle. Voie directe, dépouillée, énonçant
sans ambiguïté les ultimes vérités métaphysiques,
ses adeptes n'en demeurent pas moins soumis à une hiérarchie et
à des règles strictes. Voie de Jnâna (Connaissance), elle
comprend aussi Bhakti. (Dévotion). Jadis préservés dans
le rapport intime de Gourou à Disciple, ses enseignements sont aujourd'hui
exposés au grand jour, accessibles à la consommation courante.
Cette "démocratisation", heureuse à certains égards,
n'est pas sans risques, et malheureusement, les mauvais exemples abondent :
certains lecteurs ont tôt fait de se croire "élus", sûrs
de l'imminence de leur "réalisation", négligeant les
règles de conduite et l'humilité, indispensables pour progresser.
D'autre part, il n'est pas rare d'entendre parler de "spiritualité
athée", notamment à propos du Bouddhisme ou de l'Advaita-Vedântà
, ce qui tend à vider ces traditions spirituelles millénaires
de toute substance.
Tout
ceci aboutit dans une sorte de courant néospirituel nouveau, le "réalisationnisme",
où le degré spirituel suprême est banalisé, voire
confondu avec un simple état psychologique - balayés les rites,
la dévotion et les instructions spirituelles ! Pourtant l'exemple des
plus grands Maîtres de la spiritualité nondualiste est probant,
car ils ont gardé tout au long de leur existence de libérés
vivants j ivan-mukta), une attitude humble et intensément dévotionnelle
: il suffit de lire les hymnes de Shankarâcharya ou de Râmana Maharshi
pour être convaincu que, même au summum de la Réalisation
Spirituelle, les notions de vertu et de sacrifice demeurent intactes.
Il
est donc préférable de rester vigilant lorsqu'on aborde des textes
traitant de l'Advaïta-Vedânta . Vigilant à l'égard
des textes sur le "marché", pour se prémunir des faux
enseignements éventuels, mais vigilant aussi à l'égard
de soi-même, lorsque les textes s'avèrent authentiques : gare aux
faux gourous, mais gare aussi à l'orgueil spirituel...
A
priori, ce texte (Ellam Ondré) ne semble pas devoir susciter de tels
écueils, à condition d'être bien compris. Et il peut au
contraire se révéler précieux, même dans le contexte
difficile du monde moderne, qui se targue d'avoir "éliminé
Dieu".
L'affirmation
de l'Unité Divine ne peut être que bénéfique, même
si, mal comprise, elle entraîne des dérapages. A ceux qui déplorent
de voir les "perles jetées aux pourceaux, " il sera répondu
que les jeux sont faits, que les verrous du secret et du Sacré ont sauté,
et que nous vivons les temps où ce sont les pourceaux qui se jettent
sur les perles... Mais le temps du secret initiatique, ce temps où les
Upanishads, loin d'être "tirées" à des milliers
d'exemplaires, n'étaient qu'entendues (Shruti), dans l'intimité
du rapport de Guru à disciple, ce temps a passé. L'heure est au
dévoilement, à la révélation l'apocalypse, au sens
étymologique, du Grec apocalypsis = révélation), annoncée
par les Écritures pour la fin du cycle. Mais malgré ce signe des
temps, le respect et la prudence s'imposent, pour ceux qui en sont encore capables
:
-
respect pour la Tradition, qui porte et transmet ces textes sacrés à
travers les siècles, ainsi que pour ses Anciens Sages, qui ne sauraient
vieillir ;
-
prudence, dans le contexte moderne, avide du "tout, tout de suite !",
qui invite trop facilement à faire abstraction des règles traditionnelles,
ouvrant la porte à tous les excès.
Tout
est Un. La Vérité est d'une simplicité absolue, mais pour
en avoir l'intelligence, nul n'échappe à la nécessité
de suivre les instructions des maîtres ou des textes autorisés,
dont ce petit livre est une pure illustration.
Malgré
les imperfections de la traduction présente, qui s'ajoutent à
l'infériorité "d'office" de toute traduction par rapport
à son original, il s'agit tout de même d'une perle, et des plus
précieuses. Reste au lecteur à faire preuve d'indulgence (pour
le travail de traduction), et de discernement (pour en tirer la quintessence,
et en faire bon usage).
Râmana
Mabarshi, le Sage qui n'eût point de Maître, hormis la colline sacrée
d'Arunâchala, n'enseigna jamais le rejet des Maîtres, ou de la Tradition.
Il en souligna au contraire l'importance, et son cas est une divine exception,
bénie même par l'orthodoxie hindoue. Son conseil de lire et d'appliquer
le contenu de ce livre doit être reçu et suivi en confiance, et
avec gratitude, comme une bénédiction.
Robert
Caputo.
PRÉFACE DE L'AUTEUR
Comme
tous les êtres vivants, les hommes cherchent à atteindre le bonheur
et à échapper à la souffrance. Cela vaut pour la plupart
des êtres humains, mais il en est, d'une tout autre dimension, qui gardent
l'attitude juste, et s'accommodent patiemment du bien comme du mai qui leur
arrive. La compagnie de tels êtres est autrement profitable que celle
des gens ordinaires. Le bien ne peut advenir au monde que grâce à
ces hommes de dimension supérieure.
La
question se pose alors : - qu'est-ce que le vrai Bien ? Malgré l'importance
de cette question, une réponse claire n'a pu être trouvée,
car le "bien" est déterminé en fonction des circonstances.
Une oeuvre de recherche sur le sujet, aussi complète fût-elle,
oubliera d'envisager telle ou telle circonstance déterminante. Par conséquent
il s'avère nécessaire pour tous de réaliser l'état
qui rend apte à évaluer les situations et à déterminer
ce qu'est le vrai Bien.
Cet
état est unique. Aucun autre ne lui est comparable. Bien qu'étant
L'Unique, il est étonnant que pour le "sens commun" il soit
jugé "excessivement rare". Quoi de plus extraordinaire ?...
Cet état unique est très clairement décrit dans les Upanishads.
Dans
ce livre, j'expose la même vérité, selon ma compréhension.
je ne prétends pas à une quelconque originalité. Ce n'est
que mon devoir.
Les
chapitres de ce livre sont intimement liés, au point que tel aspect attendu
ici sera traité là... De plus, certains aspects ne paraissant
pas clairs après une lecture superficielle, s'éclaireront par
une étude plus approfondie. Mais il y a peut-être plus à
apprendre auprès d'oeuvres ou de Sages Majeurs...
Mère
Universelle, Maître Véritable,
Venez-nous en aide !
Venez-nous en aide !
I - UNITÊ
1
-Tout, incluant le monde que tu vois, ainsi que toi-même, le témoin
du monde, tout est Un.
2
- Tout ce que tu considères comme étant moi, toi, lui, elle, et
cela, tout est Un.
3
- Les êtres sensibles, ainsi que l'inerte et l'insensible (la terre, l'air,
le feu et l'eau), tout cela est Un.
4
- Le bien-être qui résulte de la conscience que " tout est
Un", ne peut être obtenu par une conscience fragmentaire, séparant
les choses et les êtres : tout est Un.
5
- La connaissance de l'unité de toutes choses est bonne, autant pour
toi que pour les autres : tout est Un.
6
- Celui qui voit "je suis séparé", "tu es séparé",
"il est séparé", etc, agit d'une certaine façon
envers lui-même, et d'une toute autre façon envers les autres.
Il ne peut s'en empêcher. La pensée "chaque être est
séparé des autres", est la graine d'où s'élève
l'arbre de la discrimination arbitraire des actes (en fonction de la diversité
des personnes). Comment pourrait-il y avoir un défaut de vertu chez celui
qui sait qu'il y a unité entre lui et les autres ? Aussi longtemps que
le germe de la différenciation est présent, l'arbre correspondant
est à même de fleurir, que l'on s'y attende ou pas. Il faut donc
renoncer à cette faculté de différenciation. Tout est Un.
7
- Question : dans le monde, les choses paraissent différentes ; comment
puis-je alors considérer le tout comme étant Un ? Y-a-t-il un
moyen d'atteindre à cette connaissance ? La réponse est celle-ci
: dans un même arbre nous voyons des feuilles, des fleurs, des fruits
et des branches, différents les uns des autres, et qui pourtant ne font
qu'un, étant tous compris dans le mot "arbre". Leur racine
est la même, leur sève est la même. Ainsi, toutes les choses,
tous les corps, tous les organismes, proviennent d'une même source et
sont activés par un seul et même principe vital: tout est Un.
8
- Ô homme de bien ! L'affirmation "tout est Un" est-elle bonne
ou mauvaise ? Réfléchis. De même que la personne qui se
voit elle-même comme elle voit les autres et les autres comme elle-même
ne peut qu'être honnête et juste, de même comment le mal pourrait-il
s'attacher à celui qui sait qu'il fait un avec les autres ? Dis-moi s'il
existe une meilleure voie vers le Souverain Bien que la connaissance de l'Unité
? Il n'y en a certainement pas. Comment quelqu'un pourrait-il aimer les autres
mieux qu'en sachant qu'ils sont lui-même ? Il les connût en tant
qu'Unité -, il les aime en tant qu'Unité, puisqu'en vérité,
ils sont Un.
9
- Qui petit partager la paix mentale et le calme du connaisseur de l'Unité
? Il n'a pas de soucis. Le bien-être de tous est son propre bien-être.
Une mère considère le bien-être de ses enfants comme le
sien propre. Cependant son amour n'est pas parfait, parce qu'elle se croit individuellement
séparée de ses enfants. L'amour d'un Sage ayant réalisé
l'Unité de toutes choses dépasse, et de très loin, même
l'amour d'une mère. Il n'y a pas d'autre moyen pour réaliser un
tel amour que la connaissance de l'Unité : tout est Un.
10
- Sache que le monde dans son ensemble constitue ton corps impérissable,
et que tu es toi-même la vie perpétuelle du monde entier.
Y-a-t-il
du mal à faire ainsi ? Qui a peur de suivre la voie sans blâme
? Sois téméraire. Les Védas enseignent cette vérité.
Il n'y a rien d'autre que toi. Le Souverain Bien t'appartient. Oui, tu es ce
Souverain Bien toi-même. Tout ce que les autres pourront tirer de toi
sera du Bien, uniquement. Qui donc s'emploierait a agir contre ses propres corps
et âme ? S'il y a un abcès dans le corps, un remède lui
est appliqué ; même s'il s'avère douloureux, son objet est
de faire du bien, uniquement. Il en ira de même pour certaines de tes
actions, dont le but sera le bien du monde. C'est pourquoi tu ne dois pas t'empêtrer
dans la différenciation.
En
résumé : le connaisseur de l'Unité agit de la meilleure
des façons. C'est la connaissance de l'Unité qui le fait agir.
Il ne peut se tromper. Dans le monde, il est Dieu devenu visible. Tout est Un.
II - TOI
II - TOI
1
- Qui
es-tu ? Ce corps, est-ce toi ? S'il en est ainsi, pourquoi n'as-tu pas conscience
du serpent qui glisse sur lui lorsque tu es en sommeil profond ? Certainement,
tu es autre que ce corps.
2
- Parfois, dans ton sommeil, tu as un rêve; alors, tu t'identifies à
un personnage ; ce personnage, est-ce toi ? Non. Ou alors, que devient-il à
ton réveil ? Tu ne peux être lui. Plus encore, tu as presque honte
de t'être identifié à lui. Il est clair que tu n'es pas
ce personnage ; tu es celui qui se tient à l'écart.
3
- Souviens-toi à présent de l'état de sommeil sans rêves.
Est-ce celui de ta nature véritable ? Tu ne le crois sans doute pas,
car tu n'es pas insensé au point de t'identifier à ces épaisses
ténèbres qui t'empêchent de connaître l'état
où tu te trouves. Grâce à l'intellect, tu es capable de
te distinguer des objets environnants : comment pourrais-tu admettre que tu
es la même chose que l'ignorance, ou le vide ? Comment cela pourrait-il
être ta véritable nature ? Ce n'est pas possible. Tu es le Connaisseur
qui sait que cet état est un voile obscur et dense recouvrant ta véritable
nature. L'ayant condamnée après en avoir fait l'expérience,
tu sais que tu n'es pas cette sombre ignorance du sommeil profond. Tu es celui
qui se tient à l'écart de cela aussi.
4
- Si tu admets que même ce corps grossier n'est pas toi, peux-tu imaginer
être quel qu'autre chose de plus éloigné ? Non. De même
que tu n'es pas ce corps grossier, tu n'es pas non plus quelque chose d'autre
qui s'en trouverait plus éloigné -, ni le personnage du rêve;
ni l'ignorance du sommeil profond. Tu es différent de ces trois états,
et de ce monde.
5
- Ces trois états peuvent se résumer en deux conditions : l'une
où prédomine la conscience sujet-objet (qui comprend les états
de veille et de sommeil avec rêves), et un autre, qui est celle de l'inconscience
du sujet lui-même (comprenant l'état de sommeil profond). Toutes
les expériences possibles sont comprises dans l'une ou l'autre de ces
deux conditions. Et elles sont toutes deux étrangères à
ta vraie nature, qui est toute autre.
6
- Si tu te demandes ce qu'elle est, son nom est Turiya, qui signifie "le
Quatrième" (état). Ce nom est approprié, car il semble
dire : "les trois états de ton expérience - veille, rêve
et sommeil profond - te sont étrangers ; ton véritable état
est le Quatrième, qui est différent de ces trois-là".
En supposant que ces trois états (veille, rêve et sommeil profond)
forment ensemble un long rêve, le quatrième représente le
réveil mettant fin à ce rêve. Ainsi, il est plus profond
que le sommeil profond, et en même temps plus "éveillé"
que l'état de veille. Ton véritable état est donc ce "Quatrième",
se distinguant de tes états de veille, sommeil avec rêves, et sommeil
profond. Tu es cela, uniquement.
7
- Comment est ce quatrième état ? Il est la Connaissance qui ne
particularise pas ; il est pleine Conscience de soi-même. Cela signifie
que le quatrième état est pure Connaissance, sans conscience du
particulier, mais en pleine conscience de Soi. Seul celui qui réalise
cet état, même pour un seul instant, réalise la vérité.
Tu es cela, uniquement. Qu'y-a-t-il de plus pour celui qui a réalisé
le "Quatrième" ?
En
pratique, il n'est pas possible pour quiconque, de demeurer à jamais
dans cet état qui est l'état sans connaissance du particulier.
Celui qui a réalisé le quatrième état, tôt
ou tard revient à ce monde -, mais pour lui le monde n'est plus comme
avant - il voit ce qu'il a réalisé comme étant le Quatrième
état, rayonner en toutes choses. Il ne voit plus ce monde comme différent
de cette Pure Connaissance. Ainsi, ce qu'il a vu à l'intérieur,
il le voit maintenant, d'une manière différente, aussi à
l'extérieur. Ayant quitté le stade de la différenciation,
il est à présent établi dans l'état de non-différenciation,
où qu'il se trouve. Désormais, il est Tout. Il n'y a rien qui
soit différent de lui. Que ses yeux soient fermés ou ouverts,
quels que soient les changements pouvant survenir, son état demeure inchangé.
Cela est l'état de Brahmati ; Cela est l'état naturel éternel.
Tu es cet état, éternellement Vrai.
8
- Il n'y a rien au-delà de cet état. Les mots "intérieur"
et " extérieure", perdent leur sens. Tout est Un. Le corps,
la parole et le mental ne peuvent plus fonctionner égoïstement :
Il est la Grâce qui les anime, pour le bien de tous. Le "moi"
fragmentaire est perdu à jamais. L'ego ne peut plus revivre. Il est dit
alors qu'il est libéré ici et maintenant. Il ne vit pas parce
que son corps vit, ni ne meurt parce que son corps meurt. Il est éternel.
Il n'y a rien d'autre que lui. Tu es celui-là.
9
- Qui est Dieu ? Il est Grâce. Qu'est-ce que la Grâce ? La Conscience,
sans l'ego fragmentaire. Comment peut-on être sûr qu'un tel état
existe ? Seulement en le réalisant. Les Védas louent celui qui
réalise Cela, comme étant celui qui a réalisé Dieu,
devenant un avec Lui. C'est pourquoi, ce que le monde peut nous apporter de
meilleur, et ce que nous pouvons lui rendre de meilleur, c'est la réalisation
de cet état. En fait, il n'y a pas d'autre état que celui-là
; les autres n'apparaissent que dans l'ignorance. Pour celui qui sait, il y
a un état, uniquement : Tu es Cela.
III - DIEU
1
- Qui est Dieu ? Dieu est Celui qui transcende tout ce que nous percevons. S'Il
est transcendant au monde, comment peut-il y avoir une relation entre Lui et
le monde ? Il n'y a, en fait, pas une particule ici qui ne Lui soit reliée.
Alors, que signifie qu'Il "transcende le monde" ? Le monde, cela veut
dire nous-mêmes et ce que nous percevons. En d'autres mots, les êtres
animés et inanimés ensemble forment le monde. Parmi ces catégories,
nous estimons que les êtres conscients sont supérieurs. Que dire
de Celui qui créa tous les êtres ? La seule chose que nous pouvons
comprendre c'est qu'Il est au-delà des catégories d'êtres
que nous connaissons. Notre raison ne peut aller aussi loin. Notre Créateur
nous est donc supérieur, et ne peut être appréhendé
par la raison. Son nom, Kadawul ("Etre Transcendant"), signifie qu'Il
surpasse notre raison.
2
- Dieu ne peut-il alors être connu de nous ? Il n'en est pas tout à
fait ainsi car dans un sens, Il se laisse connaître par nous, et ce don
de Sa Grâce doit nous suffire. Nous n'avons pas besoin de toute Sa grandeur.
Il en a fait connaître assez pour que notre souffrance soit supprimée.
Il n'y a pas de raison pour Lui de révéler un iota de plus de
son pouvoir, qu'il n'en faut pour remédier à nos défauts
dans l'état présent. C'est ainsi qu'Il se fait connaître
selon nos besoins. Il est donc bien là, en quelque sorte à portée
de notre connaissance.
3
- Qu'est-ce donc, qui nous permet de L'avoir à portée de notre
connaissance ? Le fait qu'Il est connu en tant qu' Être - Conscience -
Béatitude.
L'Être
(Sat), désigne l'Impérissable, ce qui Est, pour l'éternité.
S'il venait à cesser d'être, ne fût-ce qu'un moment, qui
serait Son destructeur ? qui L'a créé ? La nature périssable
de toutes choses nous enseigne que Tout est dirigé par l'Un impérissable.
Ce Seigneur des Seigneurs, immortel, est Dieu. Sa nature impérissable
est litre (Sat).
Par
Conscience (Chit), il faut entendre Connaissance. Connaissance absolue, opposée
à la connaissance ordinaire, sujette à l'erreur. Ni l'irrégularité
ni l'erreur ne peuvent l'entacher. C'est La Connaissance, pure et simple. Celui
qui est à l'origine de la Création, si parfaite et ordonnée,
même parmi les êtres inanimés, nous enseigne fréquemment
ainsi : "ta connaissance est irrégulière et erronée."
Une
histoire célèbre raconte l'étonnement d'un incroyant devant
l'un des prodiges de la nature : "pourquoi a-t-Il fait si petite la graine
de l'arbre banyan qui est si grand ?" Un système où même
les objets inanimés sont en ordre et ont une fonction utile, est forcément
dirigé par un pouvoir conscient. Est-ce qu'un simple objet inanimé
peut faire quelque chose relevant de la connaissance infaillible ? Et notre
mode de connaissance imparfaite, le peut-il ? Non, ce n'est pas possible. C'est
pourquoi il est dit que Dieu est Conscience (Chit).
La Béatitude, ou Félicité (Ananda), est l'état libre
de désirs. C'est la plénitude de paix. S'il Lui restait encore
le moindre désir, comment pourrait-Il être meilleur que nous-mêmes
? Comment pourrions-nous obtenir de Lui la félicité ? Lui-même
aurait alors besoin d'un autre être pour satisfaire ses désirs.
Mais
qui peut concevoir Dieu ainsi ?
L'état
de satisfaction intérieure caractérise la félicité.
C'est pourquoi Il est Félicité, ou Béatitude (Ananda).
Etre, Conscience et Béatitude sont inséparables. Individuellement,
ils sont sans valeur. C'est pourquoi Il est connu, Lui, en tant qu'Être
- Conscience - Béatitude (Satchitdânanda).
4-
Celui qui a réalisé le quatrième état et voit tout
en tant qu'Un, celui-là connaît vraiment Dieu en tant qu'Etre -
Conscience - Béatitude. Les mots ne peuvent exprimer, ni les oreilles
entendre, à quel point un tel être est uni à Dieu; c'est
une question de réalisation ; et il existe des voies et des moyens pour
une telle réalisation. Ils peuvent être énoncés,
appris et mis en pratique. Celui qui peut réaliser ainsi, est Dieu.
5
- Il n'a pas de nom ; nous Lui donnons un nom. Il n'a pas de forme ; nous Lui
donnons une forme. Est-ce condamnable ? Quel nom n'est pas le Sien ? Quelle
forme n'est pas la Sienne ? Quel est le son, la forme où Il ne se trouve
pas. C'est pourquoi, en l'absence de la vraie connaissance de ce qu'Il est,
tu peux Le nommer comme tu préfères, ou L'imaginer sous la forme
qui te convient le mieux pour garder Son souvenir. Tout espoir d'obtenir Sa
Grâce sans aucun effort est complètement vain. S'il était
possible d'obtenir Sa Grâce de cette façon, tout serait pareil,
il n'y aurait aucune raison pour qu'il existât des différences.
Il nous a montré les voies et les moyens. Efforce-toi, atteins le but
; sois heureux ; ta paresse et ton égoïsme te font espérer
Sa Grâce sans aucun effort, or la règle est valable pour toi comme
pour tous. Ne relâche pas tes efforts. Dieu ne peut être réalisé
que par ton effort.
6
- Il est un effort qui surpasse tous les autres. Il peut paraître moins
efficace que la dévotion à Dieu avec nom et forme. Pourtant, c'est
bien celuici le plus efficace : c'est tout simplement l'amour que tu portes
à tous les êtres, pour le meilleur et pour le pire. En l'absence
d'un tel amour pour tous, ta dévotion envers Dieu n'est que parodie.
Quel sens cela a-t-il pour Dieu, si tu recherches auprès de Lui la satisfaction
de tes désirs, sans faire ton devoir envers les malheureux ? Il n'y a
là que pur égoïsme. Il n'y a pas de place auprès de
Dieu pour des personnes aussi égoïstes, seuls les actes désintéressés
y ayant droit de cité. Par conséquent, sachant bien qu'l1 est
au centre de toute chose, dévoue-toi à Lui. Dieu est Celui qui
suscite la plus haute dévotion.
7
- A mesure que tu attribues des noms et des formes à Dieu, tout en faisant
preuve d'amour pour tous les noms et formes; ayant compris qu'ils sont tous
Siens, ton mental va mûrir progressivement. De même que le goût
d'un fruit s'améliore à mesure de sa maturation, de même
en va-t-il, en toi, de la croissance du bien et du déclin du mal. À
un certain stade de la maturation de ton mental, le moment viendra où
il te faudra rencontrer ton maître. Ceci ne signifie pas que tu dois aller
à sa recherche, ou lui à la tienne. Au moment voulu, la rencontre
aura lieu, chacun s'y étant dirigé à sa manière.
C'est votre complémentarité qui vous amènera à vous
rencontrer, qui établira ta confiance en lui, adaptera son enseignement
pour toi, et te rendra apte à le suivre. Celle-là est la voie
directe pour aller à Dieu qui est de réaliser le Quatrième
état. Tu suivras la vole et atteindras ton but, qui est Être -
Conscience - Béatitude, qui est Dieu.
8
- La voie enseignée par le maître est définitive, directe
; dirigée vers l'Unité, elle est naturelle et sans artifices,
éprouvée depuis longtemps, non douloureuse. Lorsque tu es sur
cette voie, il ne peut plus y avoir ni doute, ni peur. La peur et le doute,
ne sont-ce pas les caractéristiques des voles des ténèbres
? Comment pourraient-elles te rencontrer dans la voie de la Vérité
qu'enseigne le maître ?
Ainsi,
la vole te parlera d'elle-même, t'indiquant le bon chemin. Alors, il ne
te restera plus qu'à rencontrer ton maître et à apprendre
de lui. Cette voie vous est commune, à tous les deux, par la Volonté
de Dieu. Avant toi, ton maître l'a parcourue. Il te montrera le chemin
et tu le suivras. À combien d'autres enseigneras-tu ce même chemin
? Et combien d'autres suivront-ils après ? D'évidence, la peur
et le doute n'ont pas de place dans la voie de la Vérité. Une
fois que tu auras fait un pas en avant, tu ne reculeras plus. L'aide du maître
est effective pour ce. premier pas uniquement. Tu n'as besoin de rien faire
pour que la voie te soit enseignée par ton maître. Sache qu'il
est le messager de Dieu, envoye pour révéler la voie à
ceux qui sont prêts, qui ont mûri par leurs propres efforts, accomplis
dans l'une ou l'autre des deux directions dont nous allons parler. C'est Dieu
qui envoie ce messager divin dès que le degré de maturité
suffisant est atteint.
9
- La pratique avec foi, mais sans Connaissance, est nommée Bhakti ; la
même avec Connaissance est nommée Jnâna.
Il
y a deux sortes de Bhakti : l'une est la dévotion à Dieu avec
nom et forme, l'autre est l'amour pour tous les êtres (Karrna). Jnâna
aussi est divisée en deux - la pratique de la voie juste enseignée
par le maître, nommé yoga, et l'état qui en résulte,
qui est pure jnâna.
Il
est naturel de croire à quelque chose que l'on ne voit pas pour
finalement le trouver. Ceux qui ne croient pas ne trouvent jamais, Les croyants,
tôt ou tard, réussiront, les non croyants, jamais. Tu peux croire
même pour la seule raison que la Foi en Dieu ne fait pas de mal. Tu en
recevras ta part d'effets bénéfiques. Ce monde existe uniquement
pour susciter la Foi en toi. Voilà le but de la création. Aie
la Foi et tu pourras atteindre Dieu.
10
- Même si tu ne crois pas tout ce qui est dit de Dieu, crois au moins
qu' "Il y a Dieu". Cette graine révèle une grande puissance
lors de sa croissance, au point qu'elle peut tout nier, et tout remplir par
elle-même. Sa toute puissance est telle que tu ne verras rien d'autre
que Dieu, même pas toi-même. En vérité, Dieu est Tout.
IV - PAIX
1 - Qu'est-ce que la Paix ? Lorsqu'un homme est en sommeil profond, bien que
le monde subsiste, en a-t-il le moindre souci ? Son mental est tranquille et
reposé. S'il peut conserver ce degré de calme et de repos mental
même lorsqu'il se trouve en activité au sein du monde, alors la
Paix est réalisée.
2
- Le mental peut-il demeurer ainsi, même lorsque nous sommes confrontés
au monde ? Cela dépend de notre façon d'appréhender le
monde. Le mental est plus agité si c'est sa propriété qui
est pillée, que s'il s'agit de celle d'un autre. La perte d'un bien propre
cause plus de souci que celle du bien d'autrui. Pourquoi ? Parce que notre manière
d'évaluer les choses est ce qui détermine le degré de plaisir
ou d'anxiété qu'elles nous procurent. Par conséquent, si
l'on apprenait à voir tout d'un oeil égal, le mental demeurerait
en paix. Le mental qui sait que les affaires de l'univers dépassent ses
compétences, se tranquillise nécessairement. De même, si
l'on a conscience de n'avoir plus aucune prétention envers quoi que ce
soit, ou que toutes choses sont périssables, le mental demeure calme.
Ainsi la Paix s'installe durablement si l'on porte sur toutes choses un regard
équanime.
La
Paix dépend de la façon dont le mental appréhende les choses.
3
-L'illustration de ce qui précède : un homme se réveille
après avoir fait un rêve. Son mental était heureux, ou ennuyé,
selon ses opinions à propos des choses vues dans le reve ; mais au reveil,
son mental demeure inaffecté par toutes les péripéties
du rêve ; il demeure équanime. Pourquoi ? Parce que ce n'est qu'à
ce moment (au réveil) que son mental se permet d'évaluer tous
les éléments du rêve de manière égale. Il
ne regrette pas que le rêve ait cessé. Pourquoi ? Il sait que le
rêve n'est pas éternel mais doit s'achever au réveil. De
même, si un homme sait que tôt ou tard il ne pourra que s'éveiller
du long rêve de la vie en ce monde, son mental deviendra immuable. C'est
l'état du calme pur. C'est l'état de Paix.
4
- Cet état ne signifie pas pour lui la fin de sa relation au monde. Seuls
la paix et le calme du mental lui appartiennent. Ses actes ne pourront que s'adapter
aux circonstances. Le seul changement qui soit intervenu avec ce gain de la
paix mentale est le suivant : son mental a connu la Vérité et
réalisé le détachement -, par conséquent, il repose,
paisible ; ses actes, bien que pouvant varier, demeurent impartiaux ; mais les
actes des autres sont changeants, sans pouvoir garder l'impartialité.
C'est ainsi que le calme du mental apporte un bien énorme, non seulement
à luimême, mais aussi au monde en général. La Paix
indique la voie de la conduite juste.
5
- Un homme marche, une lampe allumée à la main. Peut-il être
question d'hostilité entre la lumière et les accidents du parcours
? Sûrement pas. Cependant, la lumière et l'obscurité ne
peuvent coexister. La lumière chasse l'obscurité, révèle
les accidents du parcours, et permet à l'homme de marcher prudemment,
en montant, en descendant, sur les côtés, etc. La lumière
de la lampe supprime la cause de jurons ou de plaintes futiles telles que :
"mon pied a heurté un obstacle", ou bien : "ce creux m'a
fait trébucher". Une fois la Paix réalisée, l'homme
ne ressent ni haine ni antagonisme envers le monde. La Paix dissipe les ténèbres
qui nous empêchent de voir la vraie nature du monde et ses embûches.
En l'absence de la lumière de la Paix qui permet de s'adapter aux multiples
circonstances, on condamne le monde, lui reprochant ses souffrances, comme on
se plaint des obstacles sur un chemin. C'est pourquoi un homme ayant réalisé
la Paix Suprême après avoir connu le monde comme un rêve
compliqué, ne doit pas être considéré comme étant
hors du monde, non concerné par ses activités. En fait, il est
le seul à être en harmonie effective avec le monde; il est le seul
vraiment compétent pour être un homme d'action. Ainsi, la Paix
est le régulateur de tes activités.
6
- L'homme en Paix peut avoir un souci de rectification pour ce qui se passe
dans le monde. S'il en éprouvait de la crainte, de quelle aide pourrait-il
être envers ceux qui considèrent ce monde possessivement et avec
avidité ? Ils sont sous l'emprise de l'égoïsme et dépourvus
de toute notion d'impartialité. Pour guider l'aveugle sur un chemin,
ou traiter la cécité de l'oeil malade, on a besoin d'y voir clair.
De même, celui qui peut réformer le monde est celui qui a découvert
sa propre nature immuable par rapport à la nature changeante du monde,
et demeure paisible. De tels hommes ne peuvent s'empêcher d'aider le monde.
Pourquoi ? Est-ce que quelqu'un peut manquer de coeur au point de ne pas relever
un enfant qui glisse et tombe ? Même question pour les Sages, capables
de comprendre les difficultés du monde, et qui peuvent aider les gens.
Parce qu'il s'est détaché du mental et du corps, le Sage n'est
pas éprouvé par l'effort que demande le service du monde, tout
comme le principe vital ayant quitté un corps ne souffre pas, même
si de lourds attelages passent sur ce corps en l'écrasant. Le Sage ne
se dérobera donc pas devant le travail ou les soucis. Seule la Paix réalisée
effectivement peut produire un tel courage, et un tel calme.
7
- En apparence, la Paix peut donner une impression de fadeur et de manque de
vigueur. En fait, elle peut tout vaincre. Elle surpasse tout en ténacité
et en courage, et c'est de ces qualités que dépend la réussite.
Même si le mont Mérou [L'Axe- du monde selon la Tradition] devait
basculer, l'incident provoquerait tout au plus un léger sourire chez
l'homme en Paix, s'il ne le laisse pas complètement impassible... Cet
état est précieux pour les questions regardant aussi bien le monde
que l'esprit. Le véritable bonheur dans le monde est le sien aussi, et
ce bonheur jaillit après la fin d'un esclavage. La Paix apporte du bien
à chacun, de toutes façons.
8
- Les adversaires de la Paix sont nombreux. Ils sont là pour éprouver
l'homme. Lorsque nous y sommes confrontés, nous devons rester vigilants,
et veiller a ce que la fleur fragile du mental soit épargnée par
leurs ombres. Si la fleur du mental est abîmée, elle perdra son
parfum, sa fraîcheur et sa couleur. Elle deviendra alors inutile, imprésentable
aux autres, et à Dieu. Sache que ton mental est plus fragile encore qu'une
fleur. C'est à l'aide de cette fleur que tes devoirs envers toi-même,
les autres et Dieu s'accomplissent. Elle doit donc préserver sa fraîcheur
toujours et en tous lieux. Toute bénédiction du mental est l'oeuvre
de la Paix.
9
- N'aie de cesse d'adorer le Dieu de ton Soi avec la fleur de ton mental. Laisse
les aspects capricieux de ton mental témoigner de cette adoration. Progressivement,
ils apprendront à quitter leurs jeux infantiles et voudront connaître
le même enchantement que toi. À force d'observer la Paix qui est
en toi, ils abandonneront leurs caprices. Toi, tu n'as qu'à continuer
patiemment l'adoration. Ne te laisse donc pas détourner par ces caprices
du mental ; au contraire, ce sont eux qui seront finalement pacifiés
par la Paix qui est en toi. Tout doit être en Paix.
10
- Un dernier mot : l'essence des Védas est la Paix.
V - ACTION
1
- Toute action appartient à Dieu. Son Oeuvre a inscrit chaque chose dans
ses fonctions individuelles. C'est par Lui que les êtres, animés
ou inanimés, jouent leur rôle. Toutes les actions Lui appartiennent.
2
- Chaque être fait ce qui lui correspond. Qu'est-ce que Dieu a à
voir avec cela ? Nous nous intéresserons aux objets inanimés un
peu plus tard. Nous sommes des êtres sensibles; voyons d'abord qui est
l'auteur de nos actions. Tout le monde souhaite améliorer son état,
et y travaille. Mais les résultats diffèrent, bien que le but
et le travail soient identiques. Pourquoi cette différence dans les résultats
? Ici Dieu nous fait comprendre qu'Il est l'auteur de l'action. Autrement, tous
les résultats devraient être identiques. Les différences
de condition n'expliquent rien : peut-il exister quelqu'un ne souhaitant pas
améliorer sa situation ? Quelle que soit son intention envers les autres,
chaque individu est certainement honnête dans son intention envers lui-même
(ex. : pour améliorer sa situation). Cela n'empêche pas qu'il y
ait des différences de condition de l'un à l'autre : Toutes les
actions sont l'oeuvre de Dieu.
3
- Tous les êtres ont la même intention ; cependant, leurs efforts
varient de l'un à l'autre, ainsi que leurs états. Ayant dit cela,
une question se pose : qu'est-ce que l'effort ? N'est-ce pas simplement un concept
mental ? Tous ces concepts ont la même origine, a savoir, cette intention
commune a tous (d'améliorer sa situation) -, alors pourquoi ce concept
mental de l'effort à accomplir diffère-t-il d'un individu à
l'autre ? Ici aussi, Dieu nous enseigne que toutes les actions Lui appartiennent.
4
- S'il est établi que, malgré l'intention commune, l'effort varie
selon les capacités individuelles, la question se pose de savoir qu'est-ce
qui conditionne ces capacités ? La source est dans le corps et le mental.
L'environnement peut aussi influer. Avant de faire un effort, l'on doit tenir
compte de tous les facteurs. Cependant, nous n'avons pas un contrôle suffisant
de ces facteurs, pouvant faire coïncider exactement l'effort avec la tâche
à accomplir : toutes les actions appartiennent à Dieu.
5
- A présent, si l'on dit que le corps, le mental et l'environnement vont
progressivement s'ajuster à la tâche à accomplir, on avoue
implicitement l'incapacité initiale. Ceci revient à admettre que
toutes les actions sont l'oeuvre de Dieu.
6
- Cela est-il bon ou mauvais que les gens n'atteignent pas leurs buts ? C'est
certainement une bonne chose. Pourquoi ? La plupart des gens sont égoïstes
; à toi de juger si leur succès est bon pour le monde ou non.
Peut-être te demandes-tu alors pourquoi les efforts des personnes non-égoïstes
ne sont pas tous couronnés de succès ? Le plus souvent, bien qu'en
apparence ils semblent ne pas être égoïstes, ils ne sont pas
sans défauts. Cela dépend de l'ego. Si le non-égoïsme
supposé engendre une sensation de supériorité sur nos semblables,
Dieu se charge de freiner nos ardeurs, et de nous rappeler - "vous aussi,
vous êtes comme les autres, et c'est Moi qui vous gouverne". Le véritable
représentant de Dieu est dépourvu d'égoïsme et d'ego.
C'est parce que Dieu brille à jamais en lui, en d'autres termes, que
le nuage de l'ego n'est plus là pour lui cacher Dieu, que toutes ses
intentions se concrétisent. C'est donc un homme de "bonne volonté"
(Satya Sankalpa, littéralement : vraie volonté). Dieu rayonne
directement à travers lui, en qui il n'y a pas de ténèbres.
Il est le seul à connaître l'Intention divine telle qu'Elle est.
Dieu accomplit à travers lui le but de Sa création. Toutes les
actions sont l'oeuvre de Dieu.
7
- A la question : n'existe-t-il pas au moins une de ces personnes de bonne volonté
(ou de vraie volonté) ? Pourquoi le monde n'en reçoit-il pas le
plein de bénédictions ? Il y a un secret dans tout ceci : les
Sages qui savent que toutes les actions sont l'oeuvre de Dieu se vouent à
le faire savoir aux autres : il n'y a pas de bien plus précieux que cette
connaissance : les actions sont l'oeuvre de Dieu, non la nôtre. Cette
connaissance contient en elle toutes les bénédictions. C'est pourquoi
le propos des Sages est d'éclairer les autres à l'aide de leur
connaissance de Dieu et Ses actions. Ils ne disent pas : "connais Dieu
tout de suite !, mais enseignent les voies et les moyens de la connaissance,
et encouragent les gens à suivre le droit chemin, c'est tout. Ils ne
disent pas : "sois délivré à l'instant !" puisque
le commun des mortels en est incapable. Les Sages n'enjoignent pas Dieu de "libérer
les gens immédiatement", puisqu'ils sont dépourvus d'ego.
et savent : "Dieu sait ce qu'Il a à faire, et Il le fait ; que pourrais-je
Lui demander de plus ?" Ainsi, ils souhaitent seulement faire leur devoir,
sans en récolter les fruits. Ils ont compris que seul Dieu distribue
les fruits des actions. Ils observent simplement le déroulement des choses
dans le monde, jouent leur rôle, et ne songent jamais à recréer
un monde à eux, ce qui ne serait qu'une forme d'égoïsme.
La Création est exactement comme elle doit être. Tout est en ordre.
Toutes les actions sont l'oeuvre de Dieu.
8
- Sachant que leurs actes sont subordonnés au Pouvoir Divin, comment
pourraient-ils envisager d'agir à contre-coeur ? Non, ils ne peuvent
pas même y penser. Ils feront leur travail comme un devoir. Les écritures
disent : "fais le travail mais ne pense pas à ses fruits."
De même que la colère échappe inconsciemment au contrôle
d'un homme même s'il est déterminé à ne pas se mettre
en colère et à rester calme, de même les Sages à
l'intention vraie (Satya Sankalpa) peuvent être choqués par les
injustices apparentes du monde, et penser sans s'en apercevoir : "Dieu,
faites que survienne le bien !" Alors, cela se produira certainement, et
c'est ce qui explique les événements extraordinaires dans le monde.
Les grands bouleversements sont le résultat d'un voeu dérobé
dans le mental d'un Sage. C'est la loi de la nature. Qui peut la changer ? Toutes
les actions sont l'oeuvre de Dieu.
9
- Quoi qu'il arrive, c'est dans l'ordre naturel des choses. Donc, c'est juste.
Tout ce qui arrive, arrive par Son action. En ce sens, il n'est pas faux de
penser que "c'est Lui qui fait voler le voleur", puisqu'à l'heure
du châtiment, c'est aussi Lui qui fait souffrir le voleur pour son méfait.
Ni plus ni moins. Il ne devrait pas y avoir d'hostilité envers le voleur.
Tel est le fruit de la connaissance que toutes les actions sont l'oeuvre de
Dieu. Mais même s'il n'y a pas d'hostilité envers le voleur, notre
rejet pour l'acte de voler demeure. Cela aussi est le résultat de notre
connaissance que toutes les actions sont l'oeuvre de Dieu. Comment ? Parce que
le voleur lui-même n'aime pas le vol : resterait-il tranquille si ses
biens lui étaient volés par un autre ? Non, certainement. Il n'y
a personne pour ignorer que le bien est bon et que le mal est mauvais. C'est
pourquoi la connaissance que toutes les actions sont l'oeuvre de Dieu est ce
qui peut susciter une conduite droite dans le monde. Notre connaissance s'étend
au-delà. Nous ne pouvons répéter que ce que nous connaissons,
et ne pas nous soucier de ce qui dépasse notre connaissance. Cela aussi
est l'oeuvre de Dieu.
10
- Parmi les fruits de la connaissance que Dieu nous accorde, il y a celui qui
nous apprend que toutes les actions sont Son oeuvre. Notre impuissance nous
pousse à demander "Dieu, pourquoi agis-tu ainsi ?" Toutes les
religions admettent ce même état d'impuissance. C'est parce que
les fruits de nos actes ne correspondent pas à nos désirs, en
d'autres mots, parce que nos pouvoirs sont limités, que nous ne pouvons
que nous incliner, et constater que toutes les actions sont l'oeuvre de Dieu.
Cette loi qui nous gouverne, s'applique aux objets inanimés aussi. Nous ne sommes pas mieux lotis qu'eux. Tout est Un. Ceux qui n'admettent pas que toutes les actions sont l'oeuvre de Dieu, ne peuvent que reconnaître leurs propres limites. Cela même est l'oeuvre de Dieu.
Cette loi qui nous gouverne, s'applique aux objets inanimés aussi. Nous ne sommes pas mieux lotis qu'eux. Tout est Un. Ceux qui n'admettent pas que toutes les actions sont l'oeuvre de Dieu, ne peuvent que reconnaître leurs propres limites. Cela même est l'oeuvre de Dieu.
VI - EGO
1
- Ô
ego ! tous les maux du monde prennent leur source en toi. Dans le but de t'éliminer,
les Rois font des lois et les Sages donnent des enseignements. Malgré
leurs efforts depuis la nuit des temps, hélas, tu es toujours vivant
! Tu te caches seulement, et réapparais encore et encore. N'as-tu donc
pas de fin ? Oh si, et, sûrement, elle approche. Un autre Ego a commencé
à t'éliminer. C'est l'ego Universel, dont le nom est Je-SuisBrahman
(Aham Brahmasmi).
2
- Eh ! ego, détrompe-toi, ton ennemi n'est pas de ton espèce :
tu es périssable, alors qu'Il n l'est pas ; tu te prends pour "je",
parce que tu différencies toujours "je", "tu", "il",
etc., mais Lui est libre de ces concepts : Il harmonise les différences
et résorbe tout en Lui-même. Ton hostilité à Son
égard naît de ce que tu le vois s'élever pour t'anéantir.
Mais Lui n'a aucun mauvais sentiment pour toi, puisque tu ne peux te trouver
là en Sa présence. Il te voit comme une partie de Lui-même.
C'est ta propre imposture qui cause ta perte en Sa présence. Il ne songe
même pas à te tuer car tu ne comptes pas a ses yeux. C'est pourquoi,
ego, tu te considères comme Son ennemi, mais Lui ne se prend pas pour
le tien.
En
un mot, tu es ton propre ennemi : par orgueil, tu t'es vanté devant Lui,
comme tu le fais en tous lieux. Dès lors, tu es perdu. C'est ainsi que
le Soi Universel t'efface, t'ayant absorbé, brillant en tant que Lumière
Absolue.
3
- Eh ! ego, les ravages de ton action sont sans limites : tu n'es satisfait
que si tu es glorifié devant les autres, et si les autres sont abaissés
devant toi ; tes désirs ne cessent de te harceler - "à quel
titre serai-je honoré ? Comment puis-je paraître plus élégant
? Les autres, si inclinent-ils devant moi ? M'obéissent-ils en silence
? Proclament-ils que nul ne me surpasse ?" Hélas ! Que ta vie est
courte ! Et pourtant, que d'ambitions ! Combien de mal tu peux causer ! Tu t'es
trompé, croyant trouver le bonheur dans cette vaine quête de gloire
et de pouvoir, et en voulant te distinguer parmi les autres. Tout cela ne peut
t'être profitable. Pourquoi ? Les autres ne sont-ils pas motivés
eux aussi par ces mêmes illusions ? Quelles chances de succès peux-tu
avoir face à des multitudes de gens nourrissant les mêmes ambitions
? Dans une telle situation, tu dois mettre un terme à ta vaine volonté
de tout dominer. Par tant de vanité, tu suscites le mal, autant pour
toi que pour les autres. Écoute mon conseil amical. Pour dire la vérité,
Celui-là que tu crois être ton ennemi mortel, est en fait ton ami.
Il sait comment te rendre digne de la vraie Grandeur et des vraies Bénédictions.
Abandonne-toi à Lui. Cet Ego Universel ne te traite pas en ennemi : Il
est ton véritable Bienfaiteur.
4
- Tu ne peux, à ce moment précis, avoir une idée de ce
qu'Il fera de toi si seulement tu t'abandonnes à Lui. Quoi que je puisse
t'en dire, tu ne peux comprendre. L'expérience de l'abandon à
Lui peut seule permettre de comprendre. Nul doute qu'Il t'élèvera
à Sa Grandeur, rien de moins. Par conséquent, ne crains pas pour
ton avenir ; abandonne-toi directement. Tu pourras toujours t'en retourner,
si la joie ne te submerge pas dès le premier instant d'abandon. De même
que, en buvant du lait, cela commence par le goût agréable et se
termine par l'apaisement de la faim et de la soif, de même l'abandon de
soi commence par le ravissement et s'achève dans la Parfaite Béatitude
qui est au-delà du plaisir et de la souffrance. Par conséquent,
ton but est, nul doute, cet Ego Universel (je-Suis-Brahman).
5
- Quel est Ton nouveau nom, après l'abandon ? Il n'y a pas d'autre nom
que le Tien. Les Védas Te louent, le monde Te glorifie. L'essence des
enseignements religieux, c'est Toi-même. Quelle est alors Ta forme ? Toutes
les formes sont Tiennes. Il n'y a pas une forme qui ne soit la Tienne. Tu es
Cela qui est adoré dans les temples ; Tu es Cela qui est décrit
dans les Védas ; les festivités, les cérémonies,
sont toutes pour Toi. Mais quel est donc Ton pouvoir ? En Ta présence,
le monde est actif; chaque être est ce qu'il est à cause de Toi.
En bref, toutes choses Te glorifient, et témoignent de Ton Être.
Elles y sont contraintes par devoir. Tu n'aurais même jamais rêvé
que ceci pût être ton état. Mets-toi donc à l'oeuvre.
Abandonne ta suffisance, car L'ego Universel t'attend.
6
- Souhaites-tu sortir de ton rêve, ou bien est-ce que tu préfères
y rester encore ? Combien de temps les images du rêve vont-elles durer
? Ne sois pas paresseux, sors de ta torpeur, réveille-toi ! Tu ne vois
que tes propres images mentales, et tu continues d'en imaginer encore et encore.
Tout cela est vain. Trouve simplement Qui est ce Toi, ce spectateur de tes images
mentales. Ne te méprends pas, en t'identifiant à elles, qui s'élèvent
et retombent ; réveille-toi ! Dès l'instant où tu t'éveilleras,
tu comprendras que l'éveil vaut mieux que ce rêve. Debout ! L'ego
Universel attend pour se réjouir de te voir éveillé.
7
- Ne crains pas la cessation du rêve actuel. Tu vas être autrement
comblé. N'étant plus dans l'illusion, tu vas assister en spectateur
à cette imagerie mentale, sans en éprouver de trouble, mais avec
un sourire. Cela te semblera être une plaisanterie, non plus un fardeau.
En rêve, ton imagerie mentale semble avoir des formes réelles.
Au réveil, tu sais que le rêve est seulement un rêve. Ne
prends pas l'état de rêve pour celui de veille. Connais le rêve
en tant que tel. Faisant ainsi, tu dois atteindre l'état de "je-Suis-Brahman"
(l'Ego Universel).
8
- Je m'adresse à toi pour ton bien, non pour mon intérêt.
Que faire si la Foi te manque, si tu ne suis pas les enseignements, ou si tu
quittes le chemin, faute de récompense immédiate...? Comment puis-je
t'aider si tout l'enseignement des Saints s'avère vain pour toi ? Il
n'y a pas d'état plus élevé que celui-ci. Il Est, pour
ton bien et, à travers toi, pour les autres aussi. Quitte ta suffisance,
dès maintenant. Commence tout de suite. L'ego Universel est le tien.
9
- Oh ego, vois comme tu es l'esclave de tout, et combien tu en souffres ! Combien
ton état est pitoyable ! Tout n'est qu'hostilité autour de toi
! Lorsque tu dis "a moi, a moi !", tous les autres rivalisent : "à
moi, à moi!" Lorsque tu dis "je suis grand", ils protestent
: "comment ? c'est moi qui suis grand." Tu es le seul à ne
pas t'être hostile. A cause de tous ces soucis, tes productions mentales
se multiplient, indéfiniment. N'est-ce pas le moment d'en profiter pour
lâcher prise ? Si tu dis "tout est à vous", chacun deviendra
ton ami. Il en est Un qui peut te rendre aussi magnanime, et c'est "je-Suis-Brahman"
(l'Ego Universel).
10
- Il nie reste un mot à dire. Ce n'est pas le produit de mon égoïsme,
mais simplement mon devoir. Je ne dis ce mot spécialement ni pour toi
ni pour mon bien. C'est pour le bien de tous.
La
Vérité est "je-Suis-Brahman" (l'Ego
Universel).
Lumière
de Grâce Divine,
Amour
Tout-Puissant,
Bénissez-moi.
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