mercredi 30 juillet 2014

Merci a Innerquest

Ramana Maharshi par Henri Hartung

« Les paroles du sage, écoutées en silence, valent mieux
que les bruyants discours d’un prince dans une assemblée de sot ».
L’Ecclésiaste, IX, 17.
Un jeune hindou, d’une très modeste famille, vivant à l’extrême sud de son immense pays. Fin du dix-neuvième siècle. Naissance en 1879. Aucune formation particulière autre que celle dispensée par les professeurs de l’école locale. Dix-sept ans. Une expérience fulgurante suscitée par la crainte de la mort. Un appel intérieur : se rendre sur le mont sacré d’Arunachala. Un quart de siècle de silence dans les grottes naturelles de cette montagne. Puis, une durée un peu plus prolongée au milieu de quelques modestes maisons situées à ses pieds. Mort physique juste au milieu du vingtième siècle. Quelques très rares récits. Aucune connaissance des langues étrangères, à part quelques rudiments d’anglais. Aucune étude particulière sur les grandes Traditions orientales. Encore moins, si je puis ainsi écrire, sur les religions lointaines, comme le christianisme. Jamais une initiative « publicitaire » afin de se faire connaître. D’ailleurs, connaître Qui? et pourquoi? Existence vide du moindre événement extérieur, retirée de la société dans une région retirée du monde, sans la moindre « activité », la plus petite « création » de quoi que ce soit.
1979. L’année du centenaire de la naissance de cet hindou. Sa photographie se trouve dans d’innombrables demeures, dans son pays natal mais aussi en Amérique, en Europe. Son nom est connu d’une multitude de gens. Des études paraissent sur lui dans les grandes revues culturelles, politiques, religieuses du monde entier : Le Nouvel Observateur publiant un numéro spécial « Faits et chiffres 1975 » termine l’introduction de cette étude par deux reproductions représentant l’une André Malraux, le front plissé et la main dans la bouche… l’autre le Maharshi, serein, souriant. Deux seuls mots d’explication : sous la première : « l’Occident » ; sous la seconde : « l’Orient »!
René Guénon, dont toute l’œuvre est une réhabilitation de la métaphysique voit en lui le pur représentant de celle-ci. L’abbé Monchanin est marqué par lui, le moine bénédictin Dom Henri Le Saux partant pour les Indes écrit que sa rencontre avec lui « ne pourrait être qu’un événement dans ma vie ». Le père Thomas Merton, comme Karlfried Graf Dürckheim, se réfère souvent à lui. Beaucoup de religieux invoquent sa Présence, des chrétiens, catholiques, protestants, orthodoxes ne se comptent plus qui ont retrouvé le message en le voyant, certains même en le lisant ou en contemplant sa photographie — dont la plus célèbre, prise par Mani en 1938 — reste de nos jours saisissante pour tant et tant de personnes. Sa place est immédiatement réservée pour figurer parmi les premiers ouvrages de la nouvelle collection des Éditions du Cerf consacrée aux « témoins spirituels d’aujourd’hui ». Des communautés portant son nom se créent sur tous les continents. Aux Indes, afin d’inaugurer l’année marquant le centième anniversaire de sa naissance, le premier ministre Sri Morarji Desai, le 13 janvier 1979, lui rend un hommage public en rappelant qu’il transformait ceux qui avaient le privilège de l’approcher. Son tombeau est devenu un haut lieu de pèlerinage. Il est le « grand » Ramana Maharshi, il est « le » Sage, il est l’ultime Lumière qui brille dans la nuit glacée du monde moderne.
(Extrait du livre d’Henri HARTUNG : « Présence de Ramana Maharshi ». Ed. le Cerf, Paris, 1979, Collection «  Témoins spirituels d’aujourd’hui »
Dans le « Vocabulaire technique et critique de la philosophie », André Lalande donne trois définitions du mot énergie : « capacité de faire effort; volonté d’employer toute sa force; capacité de produire du travail mécanique ». Ainsi, en Occident, ce mot évoque-t-il une personne énergique ou une forme de vigueur et de dynamisme, c’est-à-dire, dans ces deux cas, une « efficacité » dépendante d’une « forte » individualité… ou d’une machine.
Bien différent apparaît le point de vue oriental, notamment hindou. Il s’agit alors aussi d’une Force mais d’ordre cosmique, dépassant donc « immensément » l’individu. En sanskrit, le mot shakti (ou sakti), de la racine sak — pouvoir — signifie donc à la fois l’énergie et la « volonté productrice » du Principe, donc son activité non-agissante ou sa possibilité de manifestation. Dès que cette dernière se développe, l’énergie apparaît partout, « elle est la substance de tout », comme l’écrit Alain Daniélou, symbolisant la Force, ou le pouvoir du Principe sous ses trois aspects complémentaires de Shiva, Vishnu et Brahmâ. C’est, dit Ramana Maharshi en réponse à une question sur le sens du mot shakti, « une énorme Puissance : ayez confiance en elle et en sa capacité de vous conduire au but ». Que nous en soyons conscients ou non, cette énergie vitale se situe toujours en arrière-fond de notre corps et de nos activités mentales.
Nous en rendre conscients, contribuer à l’éveil de cette Force est l’objectif de cette revue dont le nom est par lui-même une indication essentielle.
Aussi, le point de vue du grand sage hindou contemporain sur un tel sujet ne peut-il laisser aucun lecteur indifférent.
Le plus grand commentateur des Vedas, Shankarâchârya, qui vivait au neuvième siècle, caractérise l’état de l’être humain qui a réalisé en lui sainteté et sagesse, par trois mots : Bâlya, état comparable à celui d’un enfant; Pandîtya, état de celui qui sait et qui possède l’art de transmettre à d’autres la Connaissance ; Mauna, état de muni, le solitaire et le silencieux qui a unifié sa personne au sein de l’Harmonie cosmique. Il ajoute, conformément à l’enseignement des Vedas, que ce dernier état est atteint lorsque l’énergie principielle, redécouverte à l’intérieur de soi-même et s’étant mise à circuler grâce aux canaux subtils, éveille à son tour les sept centres spirituels de l’être humain appelés chakras (roues). Une telle définition de la spiritualité peut apparaître, dans un premier temps, comme complexe, peut-être même étrange. Elle ne peut pourtant pas être plus simple. Reprenons-la ensemble.
Sagesse et sainteté : d’abord, un état comparable à celui d’un enfant, donc spontané, désencombré ou plus exactement, pas encore encombré par l’imprégnation culturelle et religieuse d’une société rationnelle et inquiète. Rationnelle, donc inquiète; Ensuite, un état de connaissant, donc d’une personne qui sait, par son intuition immédiate de ce qui EST et non qui croit à ce qui lui a été dit. Une vision, pas une opinion; Enfin, un état d’union, donc de non dissociation, entre les différents aspects de l’être, enfin harmonisés par la toute puissance de l’Esprit. Mais, justement, pour que ces trois éléments, enfance, connaissance, unité, puissent se réaliser concrètement, il est bien nécessaire qu’une Force qui ne soit ni corporelle, ni mentale, ni affective, intervienne et permette ce passage du temporaire à l’éternel, de l’existentiel à l’essentiel, du psychosomatique au spirituel. Sans cette Energie, toute modification de l’individu se limitera à quelques changements transitoires et fragiles. Mais avec Elle, il s’agira vraiment d’une transformation en profondeur et de la naissance d’une Personne réconciliée avec le Principe de son existence.
Il est ainsi possible de poser le problème de la vie intérieure en termes d’éveil de cette shakti. Plusieurs méthodologies sont alors susceptibles d’être suivies et elles sont bien connues des lecteurs d’« Energie Vitale » : le Yoga, le Zazen, les méditations chrétienne — notamment la prière du cœur — et soufie. La première est étudiée régulièrement dans cette revue; j’évoquais la seconde dans le numéro 6 en présentant la vie et le message de Karlfried Graf Dürckheim ; les deux dernières seront certainement abordées dans un avenir proche.
Il ne convient pas ici d’insister sur ce point, mais sur ce que je propose d’appeler la Finalité spirituelle de ces différentes formes de méditation. Car, au-delà d’une pratique, — et yoga, Zazen, prière, dhikir restent une pratique —, il y a celui ou celle qui se tient, ici et maintenant, immobile et silencieux. Qui est-il ? Qui est-elle ? Et comment une méthode en tant que telle pourrait-elle permettre de répondre à cette interrogation centrale s’il n’y a pas de la part du méditant un engagement préalable, total, à cette recherche fondamentale : « Qui suis-je? »
Sur ce point décisif de toute recherche spirituelle, Ramana Maharshi apporte un enseignement précieux. D’abord, par la simplicité des mots qu’il utilise pour nous guider et, ensuite, par la coïncidence entre tout ce qu’il dit et écrit et tout ce qu’il est. Comme le note Frithjof Schuon, « il a manifesté la noblesse du non-agir contemplatif en face d’une morale de l’agitation utilitaire ». Il incarne la fameuse phrase des Upanishads : « Tat twam asi », « CELA, (le Soi, Dieu, la Personne) toi, (le moi, l’individu) tu l’es ». Formule qui, à travers les siècles, rejoint le rappel du Christ quand il proclame que « le royaume des cieux est au-dedans de vous ». Aussi convient-il de se poser continuellement la question « Qui suis je? » afin de trouver au fond de soi-même, et non à l’extérieur, représenté par un Dieu insaisissable, l’origine de notre ETRE. Le Maharshi est explicite sur ce point : « Quelle que soit la forme de votre recherche, vous serez obligé d’en arriver finalement au « Je » unique, le Soi. La recherche du Soi ne renferme certainement pas une formule vide; c’est bien plus que la répétition de n’importe quelle formule sacrée. Si la recherche du Qui suis-je? était une simple investigation mentale, elle n’aurait pas grande valeur. Le but même de la quête du Soi consiste à focaliser l’esprit tout entier sur la Source. Ce n’est pas, par conséquent, le cas d’un « Je » qui cherche un autre « Je ». Enfin, la recherche du Soi renferme encore bien moins une formule vide, car elle implique une activité intense de l’esprit tout entier, pour qu’il reste fixé sans défaillance sur la pure conscience du Soi ».
Cette nécessaire observation intérieure, les paupières baissées permettant au regard de se tourner vers le dedans, apparaît bien ainsi comme ce préalable indispensable à toute réflexion qui ne se veut pas seulement intellectuelle, à toute pratique qui ne se destine pas à la seule pacification corporelle. Les musulmans appellent une telle recherche la science des pensées — ilm el-khawâtir — les chrétiens l’examen de conscience et les hindous l’investigation — vichara — ou la discrimination — viveka — « Qui suis-je? » Je ne suis ni ce corps, ni ses organes de perception — yeux, oreilles, nez, langue et peau — ni ses organes d’activité externe — voix, mains, pieds, organe génital — ni ses forces vitales — respiration, digestion, assimilation, excrétion. Je ne suis pas non plus ces pensées, qui vont et qui viennent sans relâche, ni ces sentiments. Plus profond, toujours plus en profondeur, je retrouve alors une Béatitude qui est véritablement le Soi, immuable, seul réel parmi tant d’apparences fugitives qui s’évanouissent dès que je cherche à m’identifier à elles. « Se demander « Qui suis-je? », « qui est enchaîné? » et connaître sa vraie nature apporte seul la libération. Garder l’esprit constamment tourné vers l’intérieur, et demeurer ainsi dans le Soi, constitue seul Atmâ-vichara (l’investigation sur Dieu) tandis que dhyâna (la méditation) consiste en la contemplation fervente du Soi comme Sat-Chit-Ananda (Etre pur — Conscience totale — Béatitude) ». Cette citation de Ramana Maharshi confirme la complémentarité entre l’indispensable finalité spirituelle et la pratique de la méditation — Yoga, Zazen, … Considérés alors comme support d’une réalisation intérieure n’ayant objectivement que peu de choses à voir avec une quelconque gymnastique centrée sur le corporel.
Quête du Soi. Cherchez et vous trouverez. Le Maharshi, Délivré vivant — jivan-mukta — demeure plus de trente années après sa mort physique, le Témoin de cette Fulgurance de l’Esprit, de cette spiritualité vivante qui nous permet de pressentir, au milieu de la crise du monde moderne, la survivance de cette Energie interne et externe à la fois, et sans laquelle nous resterions enfermés dans les limites de nos constructions mentales, incapables en tout cas de voir d’abord et de réaliser ensuite l’Harmonie cosmique.
Lectures :
« L’enseignement de Ramana Maharshi » Préface de Jean Herbert Ed. Albin Michel, Paris
Collection « Spiritualité vivante »
« L’évangile de Ramana Maharshi» Liminaires par Patrick Lebail Ed. Le Courrier du Livre, Paris, 1970.
Henri HARTUNG « Présence de Ramana Maharshi » Ed. du Cerf, Paris, 1979. Collection « Témoins spirituels d’aujourd’hui ».

dimanche 6 juillet 2014

Lettre ouverte à l’usage de quelques chercheurs de vérité 
mel patrick
Quand on pratique vraiment la spiritualité et que l'on considère ainsi avoir une vie spirituelle, sous-entendu que la vie spirituelle et la vie quotidienne ne se distinguent plus l'une de l'autre, on ne peut pas s'encombrer de toute une panoplie de disciplines, pratiques et techniques méditatives, de connaissances sacrées purement conceptuelles pour ne pas dire théoriques ou dogmatiques, de commentaires métaphysiques appartenant à différentes traditions, d’enseignements, de livres et de pensées, qui tôt ou tard vont inévitablement se contredire. Il faut être capable de revenir instantanément à l'essentiel et disposer de pratiques très simples, si ce n’est une seule, qui permettent au mental de s'apaiser rapidement pour finalement s’estomper en attendant la grande libération, c’est-à-dire la réalisation du Soi.

Pourquoi ? Parce que le mental est à l’origine de la souffrance et non l’ego comme l’enseignent la plupart des Néo Advaita gourous, qui ne sont même pas capables de comprendre les principes fondamentaux de l’Advaita Vedanta, ce qui ne va pourtant pas les empêcher d’enseigner cette connaissance sacrée comme s’ils étaient soudainement devenus d’honorables Gourous suite à une petite expérience spirituelle. Et ils omettront bien sûr le nom de cette connaissance afin d’éviter tout problème avec des experts en la matière. Cette expérience leur aurait apparemment montré monts et merveilles, et surtout la « non-dualité » de toute chose, du fait qu’ils ont tous lu comme hasard et sans exception, avant ou après leur expérience, au moins un livre de Ramana Maharshi pour enrichir leur enseignement ou le créer tant bien que mal de toutes pièces, comme c’est le cas entre autres pour ce très cher Mooji, qui joue le rôle du gourou à la perfection dans toute sa splendeur, et qui n’a malheureusement rien compris au Vedanta ni ce que lui a enseigné son Gourou Papaji, ce qui semble à vrai dire le cadet de ses soucis. Mais ces Néo gourous ont tous une si bonne tête toujours souriante qu’on ne peut que leur pardonner et leur acheter au moins quelques CDs, DVDs et une photo de leur portrait après un Satsang en souvenir de leur performance digne d’un clown.

Qu’il soit dit en passant que fonder toute une spiritualité sur l’annihilation de l’ego comme le font ces Néo Advaita gourous est purement absurde et ne correspond en plus pas du tout aux enseignements du Vedanta. « Ahamkar », l’identité personnelle, c’est-à-dire le moi, la conscience de soi en tant que personne ou encore l’ego, n’a jamais été à l’origine de la souffrance ni même celle de l’ignorance qui cause tant d’illusions. Mais où ces Néo gourous ont-ils bien pu découvrir dans tout l’Advaita Vedanta et autres véritables enseignements traditionnels qu’il fallait se libérer d’une identité personnelle, qui est évidemment indispensable pour vivre normalement et communiquer intelligemment ? Imaginez simplement ce qui arriverait si soudainement vous ne pouviez plus vous référer à vous-même et perdiez la conscience de propre existence en tant qu’individu séparé des autres pour simplement exprimer vos propres pensées, qui ne seraient évidemment alors plus les vôtres.  Ou qu’arriverait-il si vous aviez envie de vous gratter les fesses et ne fassiez pas la différence entre vous-même et les autres ? Même un vrai libéré deviendrait totalement fou et s’attirerait de sérieux problèmes. La libération que ces Néo gourous préconisent ressemble plutôt à une espèce de lobotomie insensée et aussi folle que leur sagesse, qui n’a aucun rapport avec la vraie spiritualité.

Alors que sont ces pratiques essentielles et principes fondamentaux de cette spiritualité ? Vous les connaissez déjà sans le moindre doute, mais probablement noyés dans une masse de faux enseignements et connaissances beaucoup trop sophistiquées pour être applicables dans les faits et gestes de la vie quotidienne que nous vivons tous, y compris les superstars de la nouvelle vague spirituelle très populaire de nos jours.

Ramana Maharshi a toujours et seulement à vrai dire enseigné le Dharma  et Vichara qu’il a développé en une simple question pour que cette technique soit plus compréhensible au commun des mortels, cette question étant "Qui suis-je ?". Comme le démontrent Shankaracharya, Gaudapada, Yajnavalkya ou Vashishta, cette pratique est au centre de tous leurs commentaires sur la spiritualité et du Vedanta Advaita dans sa totalité. La vérité se découvre et se réalise en pratiquant une introspection méditative et bien sûr en demeurant pleinement conscient de ce qui se passe à l’intérieur de soi. « Chit » en Sanskrit, la conscience et faculté d’être purement conscient, est évidemment le principe fondamental de la spiritualité. C’est si évident dans toutes les traditions orientales ou occidentales que l’on pourrait se demander ce que serait une libération ou une révélation aussi sublime soit-elle si l’on n’en était pas conscient.

Si la conscience n’était pas le principe fondamental de toute existence, découverte, expérience et connaissance, qu’est-ce que cela pourrait bien être ?    

A quoi se résume donc cette recherche du Soi ou introspection (du Latin introspicere : regarder à l’intérieur) ? Vichara se pratique assis, comme la plupart des autres techniques méditatives, de manière à bien comprendre et expérimenter le pourquoi et comment de cette pratique en fait extrêmement simple où il n’y a rien à « faire », mais seulement « être et en demeurer pleinement conscient ». Et Vichara se pratique bien sûr aussi dans la vie courante, à tout instant et à chaque fois que l'on s'en souvient. Certains appellent cela la méditation dynamique, « mindfulness » en Anglais, Sati, l'attention vigilante... Peu importe le nom qu'on lui donne, l'essentiel est de comprendre que cette pratique consiste à tout simplement demeurer conscient et ainsi  exister pleinement ou en d’autres termes « découvrir la plénitude de l’être » partout et tout le temps. C'est tout ! Et c’est plus que suffisant pour une vie entière de recherche spirituelle. Et cela évitera aussi de se disperser dans une multitude d’autres pratiques, qui ne sont pas inutiles, mais qui conduiront tôt ou tard à cette introspection et la question « Qui suis-je ? ». C’est bien de pratiquer différents exercices spirituels et en changer régulièrement pour mieux en apprécier leur qualité, encore faut-il savoir qui est celui qui les pratique pour en découvrir sa vraie nature ? Cela semble évident. Dans l’Advaita et le sacré toujours concernés par l’origine et la vraie nature de toutes choses, il y a avant tout beaucoup d’évidences et de bon sens.

Ce type d'introspection que l’on nomme Vichara se résume à accepter les manifestations de la vie intérieure ou du monde extérieur avec un état d'esprit paisible et parfaitement attentif, qui n'oublie surtout pas la présence de la faculté d’être conscient à l’origine même de cette recherche. On n’essaie pas d’empêcher les pensées de se manifester ni les actes de la vie quotidienne de s'exécuter naturellement ou les sensations et émotions d’apparaître à l'intérieur de soi. Toute manifestation est acceptée telle quelle, mais avec une attention et un état d'esprit pour ainsi dire conscient de lui-même. Voilà pour la pratique, qui est très simple, facile et à laquelle on peut toujours revenir en toutes circonstances, ce qui est le facteur le plus important pour spiritualiser entièrement la vie intérieure, ainsi que la réalité spatiale et temporelle dans laquelle nous nous trouvons en permanence. Ce que l'on vit à chaque instant est le terrain le plus parfait qui puisse exister pour pratiquer la spiritualité et la recherche de libération, et aussi pour tester si cette spiritualité sert vraiment à quelque chose parce qu’elle s’adresse à un être vivant, qui en général souffre ou pour le moins éprouve de profondes insatisfactions dans sa propre vie, et non pas à Brahman, le Soi ou la conscience universelle, qui eux incarnent une félicité infinie et éternelle et qui n’ont évidemment pas besoin d’être aidés ou libérés. Aucun vrai Gourou n’enseigne à vrai dire comment entrer en transe ou vivre des expériences plus ou moins mystiques ou franchement psychédéliques. Ce n'est pas du tout le but de la recherche de réalisation du Soi, de l'expérience de la non-dualité, de Sahaja Samadhi ou Turya, un état d’esprit que l’on considère libéré. Un vrai Gourou est censé apporter la lumière de la connaissance, qui dissipe les ténèbres de l’ignorance. Cela n’a aucun rapport avec Nirvikalpa Samadhi et autres extases mystiques de ce genre.

Et la vie continue bien sûr quoi qu’il arrive…, avec ou sans expériences spirituelles libératrices. C'est pourquoi cette pratique de Vichara a toujours et obligatoirement lieu dans « le cadre du Dharma », comme toutes autres disciplines spirituelles d’ailleurs, autrement dit sur une voie juste et correcte où l'on accepte la réalité telle qu'elle est sans se mentir sur soi, les autres et le monde dans lequel on vit réellement, mais surtout sur soi pour une raison si évidente qu'il n’est pas nécessaire de la commenter. Le sujet de cette lettre est la spiritualité et découverte de soi, la vérité et « la libération personnelle ». Il va de soi en effet que l’on n’effectue pas ce genre de recherche spirituelle pour libérer le voisin de ses souffrances, mais pour lui rendre à la rigueur la vie plus paisible et l’introduire aussi pourquoi pas à la spiritualité si cela l’intéresse, sinon la règle d’or la plus évidente est comme d’habitude le « respect des autres » propre au Dharma, mais aussi à tout être civilisé digne de ce nom.

En résumé, l’essentiel de la vie spirituelle est extrêmement simple. Il faut obligatoirement pour spiritualiser notre propre existence « un Dharma », autrement dit demeurer juste et correct en toutes circonstances, autant avec soi que les autres et l’environnement, et il faut une discipline spirituelle que l'on peut pratiquer partout et à tout instant, et qu’il faut aussi expérimenter plus profondément dans des moments d'isolement et de paix absolument parfait, et cela en principe 2 fois par jour, le matin après le réveil et le soir avant de se coucher. Le Dharma et l’expérience d’une pratique spirituelle quotidienne déterminent une véritable recherche spirituelle, celle que plus personne ou presque ne veut encore enseigner.

Actuellement les Néo gourous suppriment en particulier le Dharma parce qu'ils ne veulent surtout pas importuner leurs clients avec des préceptes éthiques (un concept totalement maudit dans tous leurs discours), qui pourraient déranger leur petit confort mental, ou avec des concepts tels que la bonté et la compassion, qui pourraient aussi leur faire oublier leur recherche narcissique du bien-être si rentable pour les gourous charlatans qui l’enseignent. Et ce Dharma est bien sûr systématiquement remplacé par des soi-disant Satsang ou conférences, qui seraient capables de transmettre comme par enchantement la Shakti, la connaissance et l’illumination, autrement dit « l’éveil », le grand mot à la mode actuellement. Mais du fait que tous ces Néo gourous ne sont rien de plus que de pitoyables imposteurs, personne jusqu’à présent n’a réalisé le Soi et est devenu un Jivanmukta, une âme libérée, grâce à ce genre de rencontres, qui se voudraient plus ou moins magiques, comme l’explique si bien Tony Parsons pour essayer de valoriser son enseignement d’une nullité sans borne. Mais du fait qu’il a étudié en long en large et surtout en travers l’Avadhuta, Ribhu et Astravakra Gita pendant de très nombreuses années et sans ne jamais comprendre les fondements d’enseignements aussi élevés, il s’estime au sommet et même bien au-dessus des gourous traditionnels comme Ramana Maharshi par exemple qu’il n’hésite pas à ridiculiser lors de ses Satsang. Il ne reste alors plus qu’à applaudir le bouffon.

Le seul problème dans tous ces enseignements Néo Advaita et New Age, très amusants et surtout rentable pour les soi-disant gourous qui enseignent, mais beaucoup moins pour leurs clients lorsqu’ils découvrent l’imposture, est que l'on ne peut pas pratiquer la spiritualité et effectuer une recherche spirituelle sans le Dharma. Cela n'aurait pas de sens. Seul le « Dharma » donne une véritable signification spirituelle, éthique et sociale à une recherche aussi égocentrique et même purement égoïste que celle de la libération ou de la réalisation du Soi, une recherche qui se veut évidemment libérer l’individu qui l’effectue, le libérer lui et lui seul. En d’autres termes très simples, pas de Dharma pas de spiritualité et la recherche de libération n’est rien de plus qu’une farce. Pour prendre un très simple exemple afin de mieux comprendre le contexte spirituel que représente le Dharma en lui-même et sa nécessité impérative, comment pourrait-on découvrir la vérité suprême, c’est-à-dire réaliser le Soi, sans avoir recours par exemple à « Satya », véracité, honnêteté et sincérité (le premier Yamas sur le Dharma), autrement dit en cherchant sincèrement la vérité et bien sûr en étant vrai avec soi-même et les autres pour découvrir ainsi quelque chose de vrai dans la vie, si ce n’est la vérité suprême elle-même. Qui peut décemment imaginer que la libération et la vérité, qui ne sont que des mots interchangeables dans le contexte spirituel, s’obtiennent en continuant à mentir aux autres et à soi-même et en faisant preuve d'hypocrisie pour simplement satisfaire des petits désirs personnels ? Comment pourrait-on sincèrement chercher le bonheur pour nous-mêmes et ignorer l’existence des autres ? Ce serait tout bonnement une absurdité et une absence totale d’équilibre dans le mental que l’on essaie en principe d’apaiser en attendant son propre anéantissement – même un enfant le comprendrait sans grande explication. Mais c'est justement ce que représente la soi-disant Néo spiritualité et « sagesse folle » actuelle, qui est à vrai dire une parfaite représentation du « culte du moi » et la glorification du pouvoir du mental, autrement dit de l'égoïsme, de l'avidité et de l'hypocrisie. Et ce ne sont pas des stages de pensées positives où l’on apprend en réalité à perdre tout esprit critique et devenir complètement niais, qui risquent d’anéantir ce culte.

Est-il alors nécessaire d'expliquer qu'une telle spiritualité conduit tôt ou tard au déséquilibre mental et dans certains cas la dépression et le suicide dont on parle très peu actuellement dans les milieux spirituels bien informés, mais qui deviennent aussi de plus en plus courants comme s’en rendent compte des psys dans le milieur médical ou des vrais maîtres spirituels, qui récupèrent des disciples totalement brisés psychologiquement grâce à l’enseignement d’autoproclamés Néo Advaita gourous très connus… en particulier pour la qualité de leur commerce et la publicité qu’ils se font à  moindres frais sur Internet ? Ce type de spiritualité que l'on appelle Néo Advaita ou non-dualité se résume à jeter de l'essence sur un feu pour l’arrêter. Et le mental adore le feu et il est prêt à payer cher pour ce genre d'enseignement, qui flatte son caractère aussi longtemps que cela l’excite et ne le brûle pas trop. Mais ce feu qui l'a enthousiasmé pendant un certain temps avec des slogans dans le style "Vous êtes déjà libéré et absolument parfait. La réalité n’est que la projection de vos pensées. Vous êtes la conscience universelle et le Divin en personne. Les pratiques spirituelles sont inutiles parce qu'elles renforcent la présence de l'ego qui les pratique. Soyez positif et ne cherchez surtout pas comprendre. Toute réalité est une illusion, autrement dit soyez ce que vous êtes et ne vous préoccupez pas des autres. Votre petit bien-être égoïste est tout à fait naturel puisque tout le monde est égoïste et cherche  le bien-être. Ce n’est pas de votre faute ni votre responsabilité, mais le problème de ‘votre ego’. La spiritualité traditionnelle était bonne pour des primitifs, qui vivaient dans des grottes perdues dans l’Himalaya et qui ne pouvaient décemment pas connaître la psychologie transpersonnelle. Ne croyez pas vos pensées, ce ne sont que des pensées crues. Etc.", et bien ce feu démagogique et enseignement insensé pour ne pas dire franchement stupide est le pire des poisons présenté sur un magnifique plateau d’argent en guise de spiritualité non-duelle, évolutionnaire ou autres en fonction des goûts du jour.

Quand, dans une de ses dernières vidéos sur YouTube, un Néo gourou dénommé Gérard, docteur en médecine et psychothérapeute selon ses dires, ose demander à une femme de toute évidence très fragile si elle a déjà vu son ego, comme s’il était possible d’observer une identité personnelle (plus ou moins diabolique) dans le cerveau, je me demande vraiment s’il prend les gens pour des imbêciles. Mais cela ne l’empêchera de continuer à manipuler cette pauvre femme et l’arceler avec d’autres idioties de ce genre jusqu’à ce qu’elle craque psychologiquement et fonde en larme. C’est ce qu’il appelle « l’éveil » spirituelle. Et il finira son entretien avec la remarque « Bienvenue au club ». Non merci, surtout pas !

Ce genre d‘enseignements insensés fondés sur des absurdités, la démagogie et une recherche de pseudo bien-être conduit en vérité le disciple à plus d'égoïsme, d'avidité, d'hypocrisie et surtout à toujours plus d’illusions, les mêmes caractéristiques mentales, qui le faisaient déjà souffrir avant même de commencer une recherche spirituelle dont l’objectif était justement de l’en purifier et surtout le libérer du mental. On peut alors dire sans se tromper que ce chercheur de vérité est parti à reculons sur la voie de la libération grâce aux enseignements Néo Advaita et New Age. Il ne lui reste alors plus qu’à remercier les soi-disant gourous, qui l’ont conduit sur cette voie de la libération, mais malheureusement dans le mauvais sens. Pas de chance !

Et pendant tout ce temps, la recherche spirituelle de tous ces braves gens a été une affaire très rentable pour la bande de gourous, qui sont toujours prêts à organiser avec bien sûr beaucoup d’amour et de compassion des conférences, stages et retraites en tout genre dans la mesure où elles procurent encore plus de satisfaction bien narcissique à leurs clients et qui surtout souhaitent leur vendre un maximum de livres, CDs et DVDs, qui dérangent beaucoup moins la vie très méditative du gourou paisiblement assis au bord de sa piscine ou ailleurs en rigolant de son propre enseignement et de la naïveté de ceux qui le suivent. Lui a très bien compris ce qu’est la valeur de la libération qu’il propose à ses clients, valeur financière évidemment.

Comprenez bien qu'un simple CD ou DVD vendu à plusieurs millions d'exemplaires, comme c'est le cas pour tous les grands gourous internationaux, en particulier américains, bien connus sur Internet, rapporte à son auteur plusieurs millions de dollars ou d'euros multipliés au minimum par 10, mais souvent beaucoup plus (tout dépend de l’avidité du gourou en question). La spiritualité n'est pas un petit commerce pour les imposteurs dans le style Eckhart Tolle, qui n’hésite pas non plus à demander 150 dollars pour assister, assis au milieu de centaines d’autres gens, à une de ses conférences, Deepak Chopra qui s’est surtout fait connaître en publiant des livres pour réussir dans la vie et ne pas vieillir et que l’on ne peut décemment pas considérés très spirituels, Gangaji, Adyashanti et la centaine d'autres charlatans en tête d'affiche. Leur fortune personnelle obtenue grâce à la spiritualité s'évalue au minimum en de millions de dollars, voire beaucoup plus (le magazine « Forbes » estime la fortune personnelle du gourou américain Oprah à un minimum de 3 milliards de dollars). N'oublions pas non plus, ce qui est le comble de tout ce commerce du sacré, qu'il s'agit de spiritualité et Néo Advaita enseignés par de soi-disant gourous, qui ont récupéré sans vergogne et réadapté l'enseignement de tout le Vedanta et du Bouddhisme, de Ramana Maharshi et autres authentiques Gourous, obtenu la plupart du temps gratuitement ou à très bon marché en Asie pour le revendre à prix d'or en occident. Merci au Bouddha, Shiva, Ramana Maharshi et Papaji qui n’a jamais demandé un centime à ses disciples ! Mais les Néo gourous actuellement préfèrent les oublier, décrocher les tableaux et ne pas rendre hommage à la source d’informations à l’origine de leur enseignement. Cela évite à leurs disciples de s’égarer trop loin du troupeau et surtout d’aller consommer dans la boutique d’un autre.

Est-ce que cela signifie que la vraie spiritualité passe forcément par la souffrance, la misère, l’altruisme, le renoncement et l’austérité d’une ascèse surhumaine, que c'est une forme de masochisme obligatoire sinon ce ne serait pas vraiment de la spiritualité, qu’il faut vivre comme un mendiant dans la rue pour être pris au sérieux ? Alors pour les simplistes qui se poseront inévitablement ce genre de question, je leur demanderai si être bon, respectueux et correct dans la vie et dans leur pensées est une nouvelle forme de torture, si demeurer pleinement conscient de ce qu’ils sont, de leur psychologie personnelle, leur vie intérieure et le monde dans lequel ils vivent vraiment, en tant qu'être humain sans se prendre pour Dieu, Brahman ou le Soi, est une voie de la souffrance, et si se regarder en face en pratiquant Vichara, c’est-à-dire en demeurant pleinement conscient de la réalité telle qu’elle est, est forcément monstrueux.

Que ceux qui puissent comprendre ouvrent les yeux sur ce qu’on leur vend au nom de la spiritualité et du sacré.

Hari Om Tat Sat

mel patrick



lundi 16 juin 2014

Instructions

La quintessence de l'enseignement de Ramana Maharshi se trouve dans un petit livret appelé «Qui suis-je? Ce petit livret contient la première série d'instructions données par Ramana Maharshi. Ils sont directement de son expérience unique de la réalisation de soi. Le jeu original de questions a été posée par Sivaprakasam Pillai qui a ensuite été présenté par Ramana Maharshi sous forme de prose.
La puissance de l'enseignement peut être réalisé par toute personne qui le met en pratique. En pourparlers avec le Sri Ramana Maharshi 80 nous lisons: «Laissez-le savoir à qui sont les pensées. D'où proviennent-ils? Ils doivent surgir de la conscience de soi. Appréhender il aide même vaguement l'extinction de l'ego. Par la suite, la réalisation de l'une existence infinie devient possible. Dans cet état, il n'y a pas d'autres personnes que l'existence éternelle. Il n'y a donc pas de pensée de la mort ou de la souffrance. "L'enseignement complet peut être téléchargé ici : «Qui suis-je?" . Voici une version adaptée pour faciliter la consultation.
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Qui suis-je?
Chaque être vivant aspire à être heureux, intacte par le chagrin; et tout le monde a le plus grand amour pour lui-même, qui est uniquement due au fait que le bonheur est sa vraie nature. Par conséquent, afin de se rendre compte que le bonheur inhérente et sans tache, qui en fait, il quotidienne expérience de l'esprit est faible en sommeil profond, il est indispensable qu'il se connaître. Pour obtenir une telle connaissance de l'enquête, «Qui suis-je? en quête du Soi est le meilleur moyen.
«Qui suis-je? Je suis conscience pure. Cette prise de conscience est par sa nature même, l'être-Conscience-Béatitude (Sat-Chit-Ananda).
Si l'esprit, qui est l'instrument de la connaissance et est la base de toute activité, disparaît, la perception du monde comme une réalité objective cesse. Sauf la perception illusoire du serpent dans la corde cesse, la corde sur laquelle l'illusion est formé n'est pas perçue comme telle. (Cette analogie est basé sur une histoire classique d'un homme qui voit une corde au crépuscule et prenant pour un serpent a peur sans raison.) De même, à moins que le caractère illusoire de la perception du monde comme une réalité objective cesse, la vision de la vraie nature du Soi, où l'illusion est formé, n'est pas obtenue.
L'esprit est un merveilleux pouvoir résidant dans le Soi. Il provoque toutes les pensées de surgir. En dehors de pensées, il n'y a pas une telle chose comme l'esprit. Par conséquent, la pensée est la nature de l'esprit. En dehors de pensées, il n'existe aucune entité indépendante appelée le monde. Dans le sommeil profond, il n'y a aucune pensée, et il n'y a pas de monde. Dans les états de veille et de rêve, il ya des pensées, et il ya un monde aussi.
Tout comme l'araignée émet le fil (de la bande) sur lui-même et à nouveau se retire en lui-même, de même l'esprit projette le monde à partir de lui-même et décide à nouveau en lui-même. Quand l'esprit quitte le Soi, le monde apparaît. Par conséquent, lorsque le monde apparaît, l'auto ne semble pas; et quand le Soi apparaît (brille), le monde ne semble pas.
Quand on s'interroge constamment sur la nature de l'esprit, l'esprit se calmera laissant le Soi (comme résidu). L'esprit existe toujours seulement par fonction de quelque chose de brut (corps physique); il ne peut pas exister indépendamment. C'est le mental qui est appelé le corps subtil ou l'âme.
Ce qui augmente à mesure que «je» dans le corps est l'esprit. Si on s'interroge pour savoir où dans le corps de la pensée «je» se lève le premier, on peut découvrir qu'il monte dans le coeur. C'est le lieu d'origine de l'esprit. Même si l'on pense constamment «je», «moi», on sera amené à cet endroit. De toutes les pensées qui surgissent dans l'esprit, la pensée «je» est le premier. C'est seulement après la montée des "je réfléchis" que d'autres pensées se produisent.
La pensée «qui suis-je? va détruire toutes les autres pensées, et comme le bâton utilisé pour agiter le bûcher, il sera lui-même brûlé à la fin. Ensuite, il y aura la réalisation du Soi. Quand d'autres pensées viennent, il ne faut pas les poursuivre mais devraient enquêter avec diligence: «Pour qui se produisent-elles? Il n'a pas d'importance combien de pensées surviennent. Comme chaque pensée surgit, il faut se renseigner auprès de la vigilance, "Pour qui a surgi cette pensée?" La réponse qui émergerait serait "me". «Qui suis-je» Là-dessus, si l'on s'enquiert de l'esprit vont retourner à sa source; et la pensée qui se pose se calmera.
Avec la pratique répétée de cette manière, l'esprit sera de développer le pouvoir de surseoir à sa source. Quand l'esprit qui est subtile sort par le cerveau et les organes des sens, les noms et les formes brutes apparaissent; quand il reste dans le cœur, les noms et les formes disparaissent. Ne pas laisser l'esprit de sortir, mais conservant dans le coeur est ce qu'on appelle «l'intériorité». Laisser l'esprit de sortir du Cœur est connu comme "l'externalisation". Ainsi, lorsque l'esprit reste dans le coeur, le «je» qui est la source de toutes les pensées iront, et le Soi qui existe toujours brillera.
Autre que l'enquête, il n'y a pas de moyens suffisants pour faire l'esprit s'apaise en permanence. Si l'esprit est contrôlé par d'autres moyens, il apparaîtra à être contrôlée, mais se lèvera de nouveau. Grâce à la régulation de la respiration, l'esprit devient calme; mais il restera calme aussi longtemps que le souffle reste contrôlée. Quand le souffle n'est plus réglementé, l'esprit devient actif et commencer à errer.
Comme la pratique de la respiration-contrôle, la méditation sur les formes de Dieu, la répétition des mantras, et la restriction sur l'alimentation, sont des aides temporaires pour dissipation de l'esprit. Par la pratique de la méditation sur les formes de Dieu et par la répétition de mantras, l'esprit atteint un point unique. Pour un tel esprit d'auto-enquête ciblée deviendra facile. En observant régime de restriction, la qualité de l'esprit s'améliore, ce qui contribue à l'auto-enquête.
Cependant une personne coupable peut être, s'il zèle porter sur la méditation sur le Soi, comment serait assurément se réformer.
L'esprit ne doit pas être autorisé à se promener vers les objets du monde et ce qui concerne d'autres personnes.
Cependant mauvaises autres personnes peuvent être, il faut garder aucune haine pour eux.
Tout ce que l'on donne à d'autres l'on donne à soi-même. Si cette vérité est entendu qui ne donnera pas aux autres?
Quand on se pose soi-même tous se pose; quand soi-même devient calme tout devient calme.
Dans la mesure où nous nous comportons avec humilité, dans cette mesure, les résultats seront positifs.
Si l'esprit devient encore, on peut vivre n'importe où.
Ce qui existe en vérité est le Soi seul. Le monde, l'âme individuelle, et Dieu sont des apparences en elle comme l'argent dans la mère-de-perle. Ces trois apparaissent en même temps, et disparaissent en même temps. Le Soi est que là où il n'y a absolument aucune pensée «je». C'est ce qu'on appelle "Silence". Le Soi lui-même est le monde; le Soi lui-même est «je»; le Soi lui-même est Dieu; tout est Shiva, le Soi.
Celui qui se donne à l'auto qui est Dieu est le plus excellent dévot. Donner un soi à Dieu, signifie se souvenir constamment du Soi. Quelle que soit la charge sont jetés sur Dieu, Il les porte. Comme le pouvoir suprême de Dieu fait toutes choses bougent, pourquoi devrions-nous, sans nous soumettre à lui, nous soucier en permanence avec des pensées sur ce qui devrait être fait et comment, et ce ne devrait pas être fait et comment ne pas? Nous savons que le train transporte toutes les charges, donc après avoir sur le pourquoi devrions-nous porter notre petit bagage sur la tête de notre malaise, au lieu de le mettre dans le train et se sentir à l'aise?

Merci a http://www.sriramanamaharshi.org/

mercredi 4 juin 2014

Joyaux de la Bhagavad-Gîtâ: 42 versets choisis par Ramana Maharshi

Ramana
Il est rapporté dans la biographie du Maharshi qu’un de ses fidè­les se plaignit qu’il soit difficile de garder présents à l’esprit les 1400 vers de la Bhagavad-Gîtâ. Un seul d’entre eux ne suffisait-il pas à en exprimer la quintessence ? Le Maharshi mentionna « Je suis le Soi, qui habite dans le cœur de tout être ». Puis, il choisit 42 versets que les Œuvres complètes citent dans l’ordre qu’il spécifia. Nous les tra­duisons ci-dessous à partir du sanskrit en indiquant leur numérotation par chapitre et verset.
Le Maharshi fut reconnu comme le plus éminent de tous les jnâni(s) modernes. Le choix qu’il recommande constitue par lui-même une précieuse directive. Nous remercions le Ramanasraman de Tiruvannamalai de nous avoir autorisés à publier ce merveilleux compendium dû à Ramana Maharshi.
***
1. À celui qui, démoralisé, les yeux pleins de larmes, était empli de désolation, le « Vainqueur du démon Madhu » (Krishna) dit cette parole. (II 1)
2. Ce corps est appelé « le champ ». Celui qui en a conscience est qualifié de « connaisseur du champ » par ceux qui comprennent ces choses. (XIII-1)
3. Sache donc que je suis le connaisseur du champ en tous les champs. Dans ma pensée, connaître le champ et le connaisseur du champ constitue le savoir. (XIII-2)
4. Je suis le Soi, qui habite dans le cœur de tout être. Je suis, en vérité, le commencement, le milieu et la fin des êtres. (X-20)
5. De celui qui est né la mort est certaine. De celui qui est mort est sûre la naissance. Tu ne dois donc pas t’affliger de l’inévitable. (II-27)
6. Il ne naît, il ne meurt en aucune manière. Il n’est pas devenu. Il ne deviendra pas. Sans naissance, éternel, permanent, ancien, il n’est pas tué quand le corps est tué. (II-20)
7. Il ne peut être ni coupé, ni brûlé, ni mouillé, ni séché. Éternel, omniprésent, stable, immobile, il n’a point de fin. (II-24)
8. Sache bien qu’est indestructible Cela dont tout est imprégné. Nul ne peut provoquer la destruction de cet Immuable. (II-17)
9. L’irréel n’a jamais d’existence. Le réel ignore la non-existence. Les contemplateurs du Réel voient cette double vérité. (II-16)
10. De même que l’espace omniprésent n’est jamais souillé de par son immatérialité, de même le Soi qui réside en tout point du corps n’est pas souillé. (XIII-32)
11. Le soleil ne l’illumine pas, ni la lune, ni le feu. C’est ma demeure suprême, d’où l’on ne retourne pas. (XV-6)
12. On l’appelle Non-Manifesté, Impérissable. On l’a désigné comme but ultime. C’est ma demeure suprême ; on n’en revient pas lorsqu’on y est parvenu. (VIII-21)
13. Libres d’orgueil et d’illusion, vainqueurs des maux de l’attache­ment, toujours unis au Soi, débarrassés de leurs désirs, dégagés des couples connus comme joie et déplaisir, ils vont sans égarement à l’état d’immutabilité. (XV-5)
14. Qui rejette les injonctions des Écritures et agit sous l’empire du désir ne parvient pas à la perfection, ni à la joie, ni au but suprême. (XVI-23)
15. Il voit celui qui voit le Seigneur suprême résider identique en tous les êtres, indestructible lorsqu’ils sont détruits. (XIII-27)
16. Une adoration dépourvue d’autre objet peut me faire connaître, voir et pénétrer sous cet aspect en toute vérité. (XI-54)
17. La foi de tout homme est conforme à sa nature. L’homme est fait de sa foi. L’homme est ce qu’est sa foi. (XVII-3)
18. L’homme aux sens maîtrisés, plein de foi, acquiert le savoir qu’il aime. Ayant acquis le savoir, il parvient rapidement à la paix parfaite. (IV-39)
19. Aux adorateurs, toujours harmonisés, je donne ce buddhi-yoga plein de satisfaction par lequel ils parviennent à Moi. (X-10)
20. J’habite dans l’intimité de leur cœur ; je supprime en eux avec compassion l’obscurité fille de l’ignorance, par la brillante lampe du savoir. (X-11)
21. Semblable au soleil, le savoir révèle le Suprême à ceux dont l’ignorance est détruite par la révélation du Soi. (V-16)
22. Les sens, dit-on, sont supérieurs aux objets ; le mental est supé­rieur aux sens ; l’intellect est supérieur au mental ; le Soi est supérieur à l’intellect. (III-42)
23. Sachant ainsi qu’Il dépasse l’intellect et subjuguant le moi par le Soi, détruis l’insaisissable ennemi qui a pour aspect le désir. (III-43)
24. De même qu’un feu brûlant réduit le bois en cendres, le feu du savoir réduit en cendres tous les actes. (IV-37)
25. Les sages qualifient d’homme instruit celui dont toutes les en­treprises sont dépourvues des conceptions du désir, dont les actes sont brûlés dans le brasier du savoir. (IV-19)
26. Ici-bas et dans l’au-delà, la libération en brahman est acquise par ceux qui connaissent le Soi : ils se sont séparés de la colère et du désir, ils se dominent, leur esprit est subjugué. (V-26)
27. Que l’on s’apaise par degrés, grâce à l’intellect établi dans la fortitude. Que l’on concentre sa pensée sur le Soi et que l’on ne pense plus à rien. (VI-25)
28. Quel que soit le motif pour lequel le mental instable et mobile s’échappe, il faut le ramener à l’obéissance en le subjuguant dans le Soi. (VI-26)
29. Maître des sens et de l’intellect, réfugié dans la délivrance, dépour­vu de souhaits, de crainte et de colère, l’ascète est perpétuellement libéré. (V-28)
30. Toujours harmonisé par le yoga, ne percevant en tous lieux qu’unicité, il voit le Soi dans tous les êtres et tous les êtres dans le Soi. (VI-29)
31. Les gens qui me vénèrent d’une pensée dépourvue d’autre objet et qui m’adorent assidûment en tous temps reçoivent de moi la sécu­rité (IX-22).
32. Toujours harmonisé, dévoué à l’Un, le jnânî excelle parmi eux. Je suis cher au jnânî ; il m’est aussi suprêmement cher. (VII-17)
33. Après de nombreuses naissances le sage prend refuge en Moi : « Vâsudeva est tout ! » Une âme si élevée n’est découverte qu’à grand-peine. (VII-19)
34. Lorsqu’on chasse tous les désirs qui habitent l’esprit, satisfait dans le soi par le soi, on est proclamé « l’homme établi dans la sagesse ». (II-55)
35. L’homme parvient à la paix s’il marche sans convoitises, exempt du « moi » et du « mien », ayant chassé tous ses désirs. (II-71)
36. Il m’est cher, celui que le monde ne trouble pas et qui ne trouble pas le monde, qui est libre de joie, d’envie, de peur et d’anxiété. (XII-15)
37. Égal dans la gloire et l’opprobre, égal envers amis et adversaires, complètement détaché en toutes ses entreprises, tel est celui qu’on dit avoir transcendé les guna(s). (XIV-25)
38. L’homme que satisfait le Soi, qui tire son contentement du Soi, qui est comblé par le Soi, n’a plus rien qu’il doive accomplir. (III-17)
39. Il n’a plus de but pour agir ni pour ne pas agir. Il ne dépend plus d’aucune chose. (III-18)
40. Il se satisfait de ce qui lui vient, il a dépassé les dualités ; il n’a plus d’envie ; équanime dans le succès et l’échec, il n’est pas asservi alors même qu’il agit. (IV-22)
41. Le Seigneur se tient dans le cœur de tous les êtres. Il les fait mouvoir en tous sens, attachés à sa machine par mâyâ. (XVIII-61)
42. Prends refuge en Lui de toute ton âme. Par sa grâce, tu attein­dras la paix suprême et la demeure d’éternité. (XVIII-62)
Traduit du sanskrit par Patrick LEBAIL
***
Il n’est que d’étudier cette suite de versets pour apercevoir comme elle est parfaitement coordonnée. Le Maharshi a pratiqué dans la Gîtâ une découpe d’une géniale sûreté.
Les versets 1 à 12 condensent la doctrine métaphysique de la non-dualité. Les versets 13 à 19 décrivent l’attitude propre à l’adepte du buddhi-yoga. Les versets 20 à 26 traduisent les effets libératoires que provoque l’irrup­tion du savoir.
Les versets 27 à 32 traitent des processus auxquels un adepte fait appel pour opérer la purification de son esprit.
Les versets 33 à 40 sont le portrait du Maharshi lui-même, toujours présent au Soi. L’idéal védantique y est sobrement consigné.
Les versets 41 et 42 constituent une exhortation finale à vivifier l’imper­sonnalité de la démarche vers le Soi par le pur sentiment de la présence du divin. Le Maharshi a voulu marquer que le sentiment de cette présence (bhakti) était indispensable à l’aspirant : il ne devient inutile qu’au libéré à moins qu’il n’aime le conserver. Le Védanta le plus épuré, incarné par le Maharshi, ne se sépare pas en pratique d’un parfum de bhakti. De même le grand Shankara s’est complu à écrire de merveilleux poèmes dédiés aux divinités et tout spécialement à « la Mère divine ».
L’adepte qui s’efforce d’être présent au Soi ne peut pas en même temps ressentir qu’il est l’auteur de ses actions. Il les lègue au Divin. Il lui assigne des actes, dont il n’est plus que le délégataire. Difficile est cette voie, qui s’oriente en ligne directe vers la perfection. Cette perfection fut celle du Maharshi, qui nous invite à le rejoindre, en dépit de nos incertitudes et de nos imperfections. Il nous a donné le plus rare des exemples, celui de l’excellence ; « une âme si élevée n’est découverte qu’à grand-peine », disait la Gîtâ. Qui succédera au Maharshi ? En quel idiome saura-t-il expliquer la Gîtâ ?
Merci a la revue 3eme Millénaire

vendredi 16 mai 2014

MERCI au blog "un Océan de Nectar"

QUARANTE QUATRAINS
 
ULLADU NARPADU, cet unique poème didactique composé par le Maharshi , poème dont tant de disciples font des traductions contradictoires, toutes également approuvées par le Maître.

Parmi les traductions qu'ils ont eues à leur disposition, il convient de mentionner celle faite directement de l'original tamoul en français par M.MOUTTAYEN, depuis de longues années disciple du Maharshi et de Shri Aurobindo.

Voici une traduction libre, plus conforme au sens intime de l'original, rendu en bon français, que fidèle mot à mot, en suivant une des versions anglaises

 
1  "Sans l'existence de l'Être, le sens de l'existence
peut-il exister ?
L'Être est hors d'atteinte de la pensée ; il est saisi par le coeur".
Mieux encore : il est le coeur, l'essence intime du coeur.
Concevoir l'Être, ce n'est pas le chercher hors de soi ;
c'est être par le coeur.
"C'est demeurer tel dans le coeur".
 
2  "Les trois principes", dit Râmana Maharshi -
 Jîva, Ishvara, Jagat -
"sont admis par toutes les religions.

Dire qu'un seul Principe devient et reste les Trois ou que les Trois sont trois principes distincts, ces deux affirmations"
- cette dualité de vues en apparence contradictoires -
"subsistent aussi longtemps que subsiste le sentiment du moi distinct.
Celui-ci une fois disparu, toute chose reste dans son état propre,
c'est là l'essentiel."
Car les vues de notre esprit sur le réel ne peuvent influencer en rien ce réel.
 
(Prop.2) "Que ceux qui ont grand'peur de la mort se réfugient aux pieds de l'Être (Ishvara) qui n'est pas soumis à la mort.
Ceux qui sont morts à toute possession exclusive sont éternels.
Comment pourraient-ils consacrer une pensée à la mort ?"
 
3 "Le monde apparaît comme réel ou comme apparent ;
le monde est esprit ou bien ce qui n'est pas esprit : matière ;
le monde est joie ou le contraire : douleur.
A quoi bon relever ces contrastes connus ?
Ne pas laisser le monde vous dominer ; s'examiner, soi, et se connaître ; perdre le sentiment de l'unité ou de la dualité ; s'absorber, soi, dans cet état où il n'y a plus de moi : voilà ce qui supprime toute inquiétude."
 
4 "Si le multiple et l'Un sont deux expressions d'une même réalité fondamentale, " si la forme est (essentiellement) le Moi, alors le monde et Dieu ne sont qu'un."
Et si le Moi est apparent dans la forme, on ne peut dire que
"le Moi est forme", uniquement forme, que la forme est tout et qu'il n'y a rien derrière. Rien ? Et qui donc perçoit la forme ?
"Sans yeux, y a t-il une vision ?
L'oeil est l'UN, l'UN est un oeil sans limite."
 
5 "Les cinq sens sont donc compris dans le mot : corps.
Sans le corps, le monde existerait-il ?
Dépouillé du corps, comment pourrait-on percevoir les corps ?"
 
6 "Le monde est forme (résultat de la perception) des cinq sens ;
il n'est pas différent".
"Ces cinq sens fonctionnent au moyen des cinq organes des sens.
Du moment que le manas " (esprit conscient) "perçoit le monde par le canal des sens , le monde pourrait-il exister sans le manas" -
sans la perception qui, elle, est d'ordre pyschique ?
Mais toute lumière vient de l'UN, elle va de l'UN au manas,
du manas au monde.
Car ce qui, en l'homme , voit, c'est l'Esprit.
 
7 "Quoique le monde et sa connaissance s'élèvent et disparaissent ensemble, c'est par sa connaissance seule que le monde devient apparent. La perfection en laquelle le monde et sa connaissance s'élèvent et disparaissent, et qui brille sans lever ni coucher, seule est la Réalité.
 
8 "Sous quelque nom ou quelque forme qu'on adore l'UN, l'adoration n'est qu'un moyen, une voie qui doit conduire à l'UN.
Mais prendre conscience de ce que l'on est, soi, en soi, à la lumière de la Vérité, se concentrer sur cette conscience de l'UN, s'y absorber, voilà l'essentiel."
 
9 "Les dualités opposées et le trinités " - littéralement : les trois inséparables, ex : connaisseur, connaissance et connu - "sont toujours fondées sur une unité qui les domine. Quelle unité ?

Si, dans son for intérieur, on prend conscience de cette unité, les éléments multiples, deux ou trois, se dissoudront.

Seuls ceux qui ont vu cela ont vu la Vérité ; ils ne se troublent pas."

L'inquiétude est dans le multiple, dans l'impression que les dissonances du multiple sont irréductibles, que le multiple est la seule réalité, que toute affirmation contraire est folie ou illusion. La paix est dans la vision de l'UN prédominant ; l'UN est harmonie ; lui seul mérite le nom de réalité ; le multiple conçu comme seul existant, voilà la grande illusion : Mâya.
 
10 "Indépendamment de l'ignorance, le savoir n'existe pas ; indépendamment du savoir, l'ignorance n'existe pas.
Mais à qui appartient cette ignorance et ce savoir ?
L'intelligence qui cherche cette appartenance et en reconnaît la source, le Moi, est la vraie intelligence".
 
11 "L'Esprit : en lui, il n'y a plus intelligence ou ignorance (humaines).
Ce qui connaît (humainement) ne peut-être l'Esprit véritable".
La réflexion réfléchit, reflète.

Mais, tel le soleil qui fait refléter tout chose sans être, lui, le reflet de rien, car est lui-même lumière et source de lumière, ainsi "le vrai Esprit resplendit - sans que rien, dans sa splendeur, lui soit étranger",
ni réflexion ni objet reflété, car " le Moi, c'est l'Intelligence,
ce n'est pas le vide".
 
12 "L'Esprit, c'est le point où disparaissent intelligence et ignorance.
Celui qui réfléchit n'est pas l'Esprit en soi. Seul l'UN d'où émane la lumière resplendit sans emprunter son éclat à une autre source de lumière. L'homme distingue celui qui connaît et ce qui est connu ; mais l'Intelligence divine ne connait pas le vide", l'abîme qui est censé séparer l'un et l'autre.

Peut-on se représenter une faculté de connaître qui serait sans objets à connaître ? des objets connaissables, sans un Être qui les connaît ?
Car l'UN réunit en soi ces deux éléments polaires, il est Plénitude divine.
 
13 "Seule est vraie la connaissance de l'UN ; la connaissance multiple"
- et tenue pour irréductiblement multiple - "est l'ignorance.
L'ignorant ne se rend-il pas compte qu'il ne saurait exister de connaissance ou même de l'ignorance sans la faculté de connaître ?"
Souvent on dit se connaître. Mais qui donc connaît ce moi aux aspects multiples, sinon la pensée une ?
 
14 "Si la première Personne existe, elle se manifeste sur la seconde et la troisième. Reconnaître la réalité unique de l'UN, c'est enlever au moi et au monde toute réalité séparée, indépendante. Ce qui luira seul alors,
c'est l'UN véritable".
 
Et si l'on transpose ceci sur le terrain du déroulement dans le temps, on constate de même que l'incarnation de l'Esprit-UN crée, en quelque sorte, par le canal du moi, le passé et l'avenir ; mais seul est réel l'instant présent.
 
15 " C'est par rapport à l'action présente qu'existe le passé et l'avenir. Quand l'action passée eut lieu, elle fut présente ; quand l'action future aura lieu, elle sera présente. Donc le présent seul est réel. Si l'on ne se rend pas compte de cela, on s'égare..." Certes, le corps est limité dans le temps et dans l'espace."
 
16 " Mais somme-nous ce corps ? Nous sommes le même, aujourd'hui, jadis et toujours, le même ici, là et partout. Nous sommes, et ceci indépendamment du temps et de l'espace".
 
17 " Le corps est le moi (ou à moi) et, aussi bien pour ceux qui se connaissent que pour ceux qui ne se connaissent pas, le moi semble limité au corps. Mais pour ceux qui, en eux, voient l'Invisible, l'UN resplendit sans limite et, sans lui, le moi ne serait pas."
 
18 "Le monde peut être dit réel aussi bien pour ceux qui n'ont pas d'intelligence que pour ceux qui sont intelligents. Mais pour les premiers, la Vérité se limite au monde sensible. Ce sont les ignorants. Pour les clairvoyants, la Vérité, dépourvue de forme sensible, est la base du monde sensible. Telle est la différence entre eux."
 
19 " Seuls ceux qui ne connaissent pas la base une du destin et du libre-arbitre peuvent discuter la prépondérance de l'un ou de l'autre. Ceux qui savent que l'UN est à l'origine de l'un ou de l'autre ont dépassé l'un et l'autre. Dès lors pourquoi s'en inquièteraient-ils ?"
 
20 " Si l'on oublie l'UN, on pense que Dieu est distinct de la pensée qui L'aperçoit. Celui qui se voit, qui voit le Moi, qui voit l'UN, voit Dieu et se dépouille de la conception du moi séparé. Car l'UN n'est pas autre chose que Dieu".
 
21  "Se voir. - Voir Dieu. - Quel est le sens de ces expressions des diverses Ecritures sacrées ? Qui est celui qui se voit ? "

Et, en sens opposé, en le vidant de tout contenu, "qui pourrait voir le Moi seul ? Comment voir Dieu ?" Il n'y a qu'une issue à cette dualité fatale, il faut, soi, devenir UN, se dissoudre en Dieu.
" Le voir, c'est être absorbé par Lui."
 
22 "L'UN éclaire le manas et sa lumière y brille. Comment concevoir l'Auteur du manas au moyen du manas ?" L'infini au moyen du fini ? Un élément du multiple ne peut embrasser l'UN ; seul l'UN embrasse tout le multiple. La seule voie consiste donc " à identifier le manas à son Auteur".
L'idée d'être séparé du Tout telle est la quintessence du Mal, le Mal en Soi, la cause de toute erreur et de toute souffrance.
 
23 "Ce n'est pas le corps qui se proclame "je". Personne ne soutiendra que même dans le sommeil profond le "je" cesse d'exister. Dès que le "je" émerge, tout le reste émerge. Recherchez avec un mental aiguisé d'où ce "je" émerge.
 
24 " Le corps matériel (jada), dit-il, ne saurait dire : "moi".
La conscience de l'Absolu (Sat-Chit, qui veut dire : pouvoir de conscience de l'immatériel - Chit - et Existence immuable - Sat) non plus.

Mais entre les deux, dans les limites du corps, un "moi" se manifeste. On l'appelle : noeud entre l'immatériel (chit) et le matériel (jada),
lien (jîva), corps subtil - nous dirons : fluide éthérique - "ego, existence présensible (samsâra), manas".
 
25  "En s'attachant à la forme, le moi se crée, se maintient, se développe. Il écarte une forme et en prend une autre. Cherchez-le où il était, il n'est plus là. Sache que c'est là ce diable de moi qui prend forme, mais est (dans son essence) sans forme".
 
26 " Avec le Moi, tout apparaît. Sans le Moi, rien ne peut exister.
Le Moi est le Tout. Chercher ailleurs qu'en soi ce Moi, c'est perdre Tout".
Ainsi chaque moi est une étincelle du Moi, de Dieu, de l'UN.
 
27 " L'état où le moi n'apparaît pas comme distinct est l'état où nous sommes en l'UN, où nous sommes uns avec l'UN. Si l'on ne cherche pas où le moi apparaît, la notion même de perte du moi disparaît. Ni apparition , ni disparition ; alors on demeure dans l'UN, on reste l'UN, on est l'UN".
 
28 "De même que l'on plonge pour retrouver un objet qui est tombé dans l'eau, de même il faut, avec une attention aigüe, en retenant son souffle et sa parole, plonger en soi-même pour y découvrir d'où sort le moi."
 
29 " Ta bouche dit : "Je..." Est-ce là tout ?
Chercher d'où vient la lumière de ce moi, telle est la voie de la sagesse." Quelques-uns disent : "Je ne suis pas ceci, mais je suis cela".
Cette façon de faire peut constituer un auxiliaire pour la recherche de l'âme essentielle, mais " ce n'est pas encore la recherche de l'âme",
une et centrale.
 
30 "Qui suis-je ? - Si le manas cherche à répondre à cette question, il plonge en soi et atteint le fond ultime. Alors le petit moi baisse la tête, pris de honte : tout au fond, Quelqu'un à répondu : Moi.
Mais il ne s'agit pas du petit moi séparé. La réponse est venue de l'Eternel, de l'Universel, de l'Être, de la Vérité en soi."
 
31 " A ceux qui, le petit moi dépassé, sont UN, que reste-t-il de plus à faire ? ils ne reconnaissent plus rien qui serait étranger à l'UN. Comment concevoir, comment définir cette unité qui est plénitude de l'Être ?"
 
32 "Tu es Cela" - disent les Védas. Ce que tu considérais comme multiple est UN ; tu aspirais à l'UN, et voici : tu es UN.

"Celui qui ne cherche pas l'UN, afin de le trouver et d'y demeurer, celui qui, parlant au nom de son petit moi, déclare : je suis ceci, je ne suis pas cela, celui-là manque de courage. Car le Moi l'UN, demeure en tout et partout pareil à lui-même."
 
33 " Je ne me connais pas ; je me suis connu". Pourquoi ?

Pour que le moi devienne "objet", un objet perçu par un "sujet", y a-t-il deux Moi ? Le Moi est unique. Telle est la vérité, elle résulte de l'expérience universelle."
 
34 "Ce qui est le même toujours et pour tous, dit Râmana Maharshi, ce qui est naturel, il faut reconnaître qu'il se trouve au fond du coeur où il a sa place et où on le rencontre et, dès lors, on atteint à l'UN, on est UN. Au lieu de cela, discuter pour savoir si "cela est ou n'est pas", déclarer que "cela est un", ou que "cela est deux", c'est se livrer au vertige de l'illusoire, de Mâyâ."
 
35 " Checher l'Être et demeurer en l'Être, en cela réside l'accomplissement (siddhi). Les autres voies sont des symboles comme les images des rêves. Lorsqu'on se réveille, ils s'évanouissent, on les sait irréels. Ainsi ceux qui se tiennent dans la Vérité. Aucune des fausses vérités de rêve ne peut les inquiéter."
 
36 " Il nous arrive de penser que nous sommes rien de plus que notre corps. A ces moments-là, il vaut mieux que nous ne sommes pas matière, mais que nous participons à l'UN. Toutefois penser n'est qu'un moyen accessoire. A quoi sert de tant penser : "Je suis l'UN" ? Pensons-nous toujours : "Je suis homme" ? Pourtant ceci suffirait, car cette affirmation implique la participation à l'UN."

La solution est et demeure dont : la fusion totale dans l'UN.
 
37 " Au cours de la recherche, c'est la dualité qui domine; mais la réalisation n'est plus dualité, elle est unité. - 

Quand l'homme cherche et qu'il dit s'être trouvé", n'est-ce pas qu'il s'est retrouvé et qu'il était UN et uni à l'UN dès l'origine ?

On croit chercher Dieu hors de soi ; or le fait même de le chercher est d'origine divine. C'est le Dieu vivant au sein de l'homme qui dirige la recherche, à l'insu de celui-ci.
 
38 " Si nous nous considérons comme l'auteur d'une action, nous en subissons les conséquences. Mais si nous cherchons le véritable auteur de l'action et si nous apprenons à distinguer le Moi total derrière l'apparent moi distinct, l'idée d'auteur s'évanouit.

Acteur, acte et réaction distincts disparaissent." On se croyait lié à tout cela. "On s'en trouve libéré."
 
39 " Tant que la pensée : "Je suis lié" subsistera, subsisteront les deux idées antagonistes de lien et de libération. Mais quand on examinera
" qui est lié" et qui lie, on se verra et seule demeurera
la liberté éternelle ; l'idée de lien n'existera plus.
Dès lors comment l'idée de libération pourrait-elle subsister ?
Etant accomplie, elle n'aura plus de raison d'être.
 
40 " La libération finale de l'être sera-t-elle accompagnée par sa forme ou sera-t-elle sans forme ? 
Je vais vous livrer ce secret.


"La libération, c'est l'état où le petit moi qui discute au sujet de la forme perd sa forme ; dès lors il perd aussi les notions de sans-forme et de forme-sans-forme !"