lundi 15 septembre 2014

           

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Essence de l'instruction spirituelle

L'Essence de l'Instruction Spirituelle
(Upadesha Unedhiyar)


Introduction


Contrairement à ses autres poèmes, Ramana Maharshi composa « L’Instruction Spirituelle » sur un thème bien défini et en une seule journée. A cette époque (1927) Muruganâr en était au chapitre Thiru Unedhiyar de son œuvre majeure Sannidhi Muraille[1]. Dans ce chapitre il décrit le Jeu divin de Brahma, Vishnu et Shiva, auxquelles il identifie Sri Ramana, quand il décida de raconter l*incident des rishis de la forêt de Dâruka (Dârukâvanam).

Le Shiva purâna raconte comment une communauté de rishis avait élu domicile dans la forêt de Dâruka afin de pratiquer des rites de magie dans le but d'obtenir des pouvoirs occultes et aussi dans l'espoir d'obtenir la libération. En conséquence:

Ceux qui, en conformité avec
l'antique tradition des ‘Kâmyas Karma[2]
pratiquaient les sciences occultes
dans la forêt de Darukâ
étaient spirituellement sur le déclin

En raison de leur égoïsme fourbe
ils devinrent extrêmement vains
et se convainquirent qu'en dehors
des karmas il n'y a pas de Dieu.

Thiru Unedhiyâr v. 70 et 71

Afin de leur faire comprendre la futilité des rites de magie et des pouvoirs occultes, Shiva apparut parmi eux sous forme d'un bel ascète radieux, tandis que Vishnu l'accompagnait sous forme d'une séductrice (mohini). Les rishis, succombant à ses charmes, négligèrent les rites tandis que leurs épouses s'éprirent du bel et mystérieux ascète et oublièrent leur devoir. Les rishis, furieux, évoquèrent, au moyen de la magie, un éléphant et un tigre qu'ils précipitèrent sur les deux étrangers afin de mettre fin à cette situation. Shiva vainquit les animaux déchaînés et se para de leur peau[3] :

L'orgueil des rishis se dissipa
quand ils virent le résultat des karmas
accomplies dans le dédain de Dieu.

« Sauve-nous, aie pitié de nous! »
Shiva répondant à cet appel
leur accorda son instruction
et son Regard-de-grâce.

Thiru Unedhiyâr v.99 et 100

A ce point crucial du récit, Muruganâr, qui avait composé trois des trente tercets qu'il désirait consacrer à l'instruc­tion de Shiva, réalisa que seul Sri Ramana, qu'il avait d'ailleurs identifié à Shiva, était qualifié pour énoncer cette instruction aux rishis. Sri Ramana finalement acquiesça à sa requête.
Ramana Maharshi devait condenser l'instruction dans le cadre de trente tercets, dans un mètre très serré et très exigeant. Au fil des tercets 1 à 15 il décrit succinctement les chemins traditionnels et les pratiques qui s'y rapportent. Les tercets 1 et 2 condamnent les actions accomplies dans le but d'obtenir un bénéfice quelconque et les tercets 3 à 8 décrivent et approuvent, dans un ordre ascendant méritoire, les actions désintéressées.
La véritable nature de la dévotion (bhakti) est révélée dans le tercet 9 tandis que le 10 confirme que les différents chemins: Karma, Raja. Bhakti et Jnana se rejoignent dans l'accomplissement ultime.
Dans les tercets 11 à 15 le Maharshi décrit le Raja yoga et explique comment cette voie mène au but final. Dans les 15 derniers tercets il énonce d'une manière concise le chemin qui mène à la prise de conscience de Soi-même.
Plus tard, à l'insistance de nombreux fidèles qui ne connaissaient pas le tamoul, tout au moins pas suffisamment pour suivre l'original, Sri Ramana composa le texte en telugu et en sanskrit, puis finalement en malayalam, cette dernière composition sous forme de quatrains. Même Muruganâr, s'il avait des doutes au sujet d'un tercet, se reportait à la version malayalam plus détaillée[4]. Chacune de ces traductions, qui en fait sont des œuvres originales qui abordent un sujet commun de manière différente, reçut le titre Upadesha Saram (l'Essence de l'Instruction). C'est sous ce titre qu'Upadesha Unediyâr est connu à présent. La version sanskrite était chantée quotidiennement en la présence du Maharshi, et continue à l'être devant son Samadhi.

Plus de détails sur le titre tamoul du poème,  Upadesha Unediyâr.


Upadesha signifie « instruction spirituelle[5] » et « unedhiyar » est le nom d'un jeu de jeunes filles, qui n'est plus en vogue de nos jours et au sujet duquel on sait très peu de chose. Le jeu consistait à lancer une balle en l'air aussi haut que possible et à la frapper en plein vol pour la lancer plus haut encore, le tout accompagné d'une exclamation d'allégresse: unedhîpara (unedhî : saute, para :  vole). Cette exclamation de joie revient, tel un leitmotiv, de tercet en tercet à la fin de la seconde et troisième ligne. La présente traduction suit l'original de très près et unedhîpara y trouve sa place, celle de la joie, dans un texte qui nous mène à l'expérience de la réalité: Etre-Conscience-Joie ineffable.

Thlruvâchakam fut traduit en anglais par G.Vanmikanathan et par le révérend G.V. Pope. Ce dernier interpréta, unedhîpara par 'Fly high unedhi’ (vole haut 'unedhi'). G. Vanmikanathan le traduisit par 'Bounce for joy’ (saute de joie). Dans la revue de l’Ashram, ‘The Mountain Path’ de juillet 1985, p. 166, unedhîpara est expliqué, bien qu'indirectement, par Kunju Swami, un fidèle du Kerala qui, au cours d'une conversation, raconta comment deux quatrains avaient été ajoutés è la version en malayalam et comment ils introduisaient l'élément joyeux exprimé dans l'original par unedhîpara. Kunju Swami dit un jour au Maharshi : « Les textes se terminent généralement par un phalasruti qui décrit les bénéfices acquis par la lecture du traité. Bhagavan a évité de composer des phalasrutis pour ses poèmes... mais dans la version en malayalam, d'Upadesha Unedhiyâr deux quatrains ont été ajoutés en guise de phalasruti, ceci à la requête de Balakrishna Swami (un dévot du Kerala) ». Puis il ajouta : « Bhagavan me montra ces quatrains dont le refrain est :
‘ Dansons le Kumi[6] et frappons des mains, jeunes filles !’
De demandai alors si le kumi était réservé aux femmes. Bhagavan ne répondit pas. Le jour suivant il dit à Muruganâr, qui entrait dans le Hall : 'J'ai remplacé l'expression « ô jeunes filles » par « ô bhaktas » puisque Kunju a soulevé une objection à « ô jeunes filles ». Bhagavan me regarda et dit : ‘ Etes-vous satisfait maintenant ?’. »
Lorsque  nous avons demandé à Swami Muruganâr ce que signifiait unedhîpara, le Swami expliqua que l'expression exprimait une grande joie. Il confirma notre sentiment que cette joie était comparable à celle que Ramakrishna éprouvait et manifestait en dansant.

Prologue[7]


Sache, que cette Upadesha Unedhiyar
est une Lampe de Connaissance ouvrée
par Ramana, notre Père spirituel, et transmise
à Muruganâr, qui implora :
« Révèle, je t'en prie, le secret des sâdhanas
authentiques afin que le monde échappe
à la séduction des karmas et gagne ainsi
la libération. »

Le Texte


1.       L'action (karma) fructifie selon le décret de Dieu[8].
L'action étant inerte, Unedhîpara,
Comment pourrait-elle être Dieu ? Unedhîpara.

2.       Le fruit de l'action périt[9] mais la graine demeure
Et plonge l'agent dans un océan d'actions. Unedhîpara.
L'action ne mène pas à la libération. Unedhîpara.

3.       L'action désintéressée et offerte à Dieu[10]
Purifie le mental[11], Unedhîpara.
Et ouvre le chemin vers la libération. Unedhîpara.


4.       Il est certain que le mérite de puja, japa et dhyana,
Les actions respectives du corps, de la voix et du mental, Unedhîpara,
Croît dans l'ordre ascendant ci-dessus[12]. Unedhîpara.

5.       Le culte aux huit formes de l'univers,
Les considérants comme la forme de Dieu, Unedhîpara,
Est un excellent culte de Dieu[13]. Unedhîpara.

6.       Le japa à haute voix est préférable au chant de louange,
meilleur est le japa murmuré.
Toutefois, meilleur encore est le japa mental. Unedhîpara.
Ce dernier est appelé dhyana. Unedhîpara.

7.       La méditation au flot continu, tel un flux de beurre clarifié,
Est une méditation supérieure, Unedhîpara,
A la méditation interrompue[14]. Unedhîpara.

8.       La méditation non-dualiste[15] : « Je suis Lui »
Est préférable à la méditation dualiste[16]. Unedhîpara.
Parmi toutes, c'est la méditation par excellence. Unedhîpara.

9.       Etre, grâce à la force de conviction d'une telle attitude,
Dans l'Etre en soi (Sat) qui transcende toute pensée, Unedhîpara,
Est la nature même de la parfaite dévotion (Para bhakti). Unedhîpara.

10.    L'absorption définitive dans l'Etre, la source du lever[17],
Cela est karma, bhakti, Unedhîpara,
Yoga et jnana aussi. Unedhîpara.

11.    Par la rétention intérieure du souffle, le mental aussi est retenu[18],
Tel un oiseau pris dans un filet. Unedhîpara.
Ceci est une technique de maîtrise. Unedhîpara.

12.    Mental et souffle[19] sont tels deux branches,
Leur fonction respective est de penser et d’agir. Unedhîpara.
Toutefois leur racine est une. Unedhîpara.

13.    La maîtrise du mental est de deux sortes : laya et nasha[20].
Ce qui est en laya  s'élèvera de nouveau. Unedhîpara.
Cela dont la forme est détruite ne s'élèvera plus. Unedhîpara.

14.    Si le mental qui a été maîtrisé au moyen du contrôle du souffle
Est maintenu dans une seule direction[21], Unedhîpara,
Il perdra sa forme (sa nature). Unedhîpara.

15.    Le mental effacé, l'éminent yogi est établi dans la réalité et
N'a plus à accomplir aucune action[22]. Unedhîpara.
Il a rejoint son état naturel. Unedhîpara.

16.    Quand, se détournant des objets extérieurs,
Le mental prend conscience de sa forme[23] de lumière, Unedhîpara,
Cela est véritablement 'connaître’. Unedhîpara.

17.    Si l'on se livre à la recherche de la forme du mental sans la moindre défaillance[24],
Il n'y a pas de mental ! Unedhîpara
Ceci est pour tous le chemin direct. Unedhîpara.

18.    Les pensées constituent le mental; parmi elles
La pensée 'Je’[25] est la racine. Unedhîpara.
Ce qui est appelé le mental n'est autre que 'Je’. Unedhîpara.

19.    Quand le lieu d'où 'Je' s'élève est cherché intérieurement
Ce 'Je' s'effondre[26] ! Unedhîpara.
Ceci est la recherche de la connaissance (jnana vichara). Unedhîpara.

20.    [27] où « Je » se perd[28], « Je » - « Je », l'Un (purnam)
Jaillit spontanément. Unedhîpara.
Cela est l'état unifié de Plénitude (purnam). Unedhîpara.

21.    Cela est, de tout temps[29], le contenu du mot Je[30],
Puisque même dans le sommeil profond, qui est privé de 'Je’, Unedhîpara,
Nous ne sommes pas non existants. Unedhîpara.

22.    Puisque le corps, le mental, l'intellect, le prana et l'ignorance[31]
Sont dénués de conscience et d'existence propre[32], Unedhîpara,
Ils ne peuvent être "Je", la réalité (sat). Unedhîpara.

23.    De plus, pour connaître l'Etre en soi (Ulladhu), il n'y a pas de conscience qui Lui soit autre[33]
L'Etre en soi est conscience. Unedhîpara.
Nous, qui sommes, sommes conscience. Unedhîpara.

24.    Dieu et les créatures sont, dans leur nature propre,
La seule et même réalité[34]. Unedhîpara.
Seul le sentiment envers les attributs[35] (upâdhis) diffère. Unedhîpara.

25.    Connaître le Soi, soi-même ayant renoncé aux conditionnements,
Est connaître Dieu, Unedhîpara.
Puisque c'est Dieu qui brille en tant que Soi[36]. Unedhîpara

26.    Connaître le Soi est être Soi-même[37]
puisqu'il n'y a pas deux Sois[38]. Unedhîpara,
Cela, être Soi-même, est le fait de ‘demeurer dans le Soi’[39]. Unedhîpara.

27.    La connaissance qui est libre de connaissance et d'absence de connaissance[40],
Est connaissance vraie[41]. Unedhîpara.
Il n'y a rien à connaître[42] ! Unedhîpara.

28.    « Quelle est ma forme[43] réelle ? », quand, cherchant ainsi, Soi-même est connu -
L'Etre sans commencement ni fin, Unedhîpara,
Qui est Conscience-félicité indivise, resplendit. Unedhîpara.

29.    Ayant ainsi atteint le bonheur ineffable,
Demeurer dans cet état libre de servitude et de libération, Unedhîpara,
Est être au service de Dieu. Unedhîpara.

30.    Connaître ce qui demeure quand ‘Je' est effacé
Est l'ascèse juste. Ainsi proclame, Unedhîpara,
Bhagavan Ramana, le Soi. Unedhîpara[44].




[1] "Hommage à la Présence". Murugânar composa ce très long poème sur le modèle de Thiruvachakam de Mânickavâchakar.
[2] Rites accomplis en vue d'obtenir des pouvoirs, la richesse et la satisfaction de tous les désirs. Les instructions qui concernent ces rites sont données dans le Purva Mimamsa, une section des Vedas.
[3] Ce paragraphe est un résumé des V. 72 à 98 de Thiru Unedhiyâr
[4] M/P, July 1985 p. 166.
[5] Bouquet d'Instructions: I,3.
[6] Kumi: sorte de danse de jeu de jeunes filles.
[7] Sri Muruganâr composa cette strophe quand Upadesha Unedhiyâr fut inclue dans les Œuvres réunies.
[8] Karthan : Agent, celui qui agit. Ici l'Agent primordial. A une personne qui le questionnait sur l'identité de l'agent dans ce tercet le Maharshi répondit : « L'agent est Dieu (Ishwara). C'est Lui qui assigne le fruit des actions selon le karma de chacun. C'est la Brahman avec attributs (saguna Brahman) qui est appelé Ishwara. Cela veut dire qu'Ishwara  n'est qu'un agent. Il donne le salaire selon le travail accompli, rien de plus. Sans ce pouvoir (shakti) d'Ishwara  aucune action ne pourrait se dérouler. C'est pourquoi il est dit que l'action est inerte. Brahman en soi est libre de tout attribut (nirquna Brahman). » (L/R 1-57)
[9] Le fruit de l'action périt quand nous en faisons l'expérience plaisante ou déplaisante. Dans la version malayalam, le Maharshi dit:
« Les fruits de l'action sont passagers,
mais se transforment cependant en vasanas,
les graines qui se multiplient et plongent
l'agent dans un océan d'actions.
L'action ne peut, en aucun cas,
conduire à la libération. »
[10] Nishkamya karma : action entreprise sans en attendre un profit ou résultat quelconque.
[11] Corrige, rectifie, restaure, le mental.
[12] Dans l'échelle de valeur des pratiques énumérées ici, la méditation (dhyana) est supérieure à la répétition d'un mantra (japa), elle-même supérieure à l'offrande d'un culte (puja).
[13] Il est expliqué dans les textes que le déploiement de l'énergie créatrice divine donne naissance aux cinq
éléments : espace, air, feu, eau et terre ainsi qu'au soleil, à la lune et aux créatures (jivas). Ces huit manifestations, qui sont évocatrices de la Présence divine, font l'objet d’une vénération sous forme de culte
ou de service. Le culte peut être offert à l'une ou l'autre des manifestations cosmiques, tandis que le service ne peut être offert qu'aux créatures, humaines et autres. Quel que soit le service offert, il doit être inconditionnel.
[14] « La méditation doit se dérouler en un courant ininterrompu, c'est elle qui est appelée samadhi ». L'interruption peut être causée par les distractions qui s'élèvent dans le mental ou par la nature de la méditation. Le tercet suivant développe cette idée.
[15] Ananya : non-différenciée, sans-un-autre.
[16] Anya : différenciée, qui comporte une  différence d'identité entre le sujet et l'objet de méditation. Au cours des méditations dualistes, qui sont accomplies par un sujet qui dirige son attention vers un objet de méditation, l'identification entre sujet et objet est atteinte à l'accomplissement parfait de la méditation. Par contre, l'attitude non-dualiste entraîne l'attention de celui qui médite immédiatement vers l'identité ultime « Je suis Lui », selon le mahavakya « Tu es Cela » (Tat tvam asi).
[17] La source du lever de ‘Je', l'identification au corps. Dans la version malayalam Sri Ramana dit : « Le mental demeurant solitaire dans le lieu secret de sa naissance, cela est véritablement karma, bhakti, yoga et Jnana. Ceci est l'essence de ce qui doit être connu. »
[18] La rétention intérieure du souffle restreint les activités du mental, l'attention étant toute entière tournée vers le souffle retenu. Voir "Une Compilation sur la Recherche de Soi-même" chapitre IX dans lequel la pratique du pranayama est décrite. Extraits :
Ramana Maharshi : « Observer la respiration est aussi une forme de pranayama. La rétention du souffle est plus violente et peut, dans certain cas, être dangereuse, par exemple, en l'absence d'un guru compétent pour guider le sadhaka dans sa pratique ». Un visiteur : " Est-il nécessaire, et une condition préalable, d'observer la respiration avant de commencer la recherche ‘Qui suis-je?' ?
Le Maharshi : « Cela dépende de la maturité de chacun, c'est-à-dire de son aptitude, sa compétence. Il est conseillé à ceux dont le pouvoir de concentration, ou de contrôle, est moindre, d'observer la respiration car cela mène, tout naturellement, à l'arrêt des pensées et au contrôle du mental. » (D/D- 1.12.1945)
[19] Manas et prana.
Le Maharshi dit dans la version malayalam :
« Le mental est jnana shakti, tandis que le prana est kriya shakti. Ce sont les deux branches qui jaillissent de l'énergie primordiale, l'unique source. »
et également :
« Le souffle et le mental s'élèvent de la même place, par conséquent quand l'un est contrôlé l'autre l’est aussi. En fait, au cours de la recherche - dont la formule est non seulement ‘Qui suis-je ?’ mais plus correctement ‘D'où suis-je ?’ -  nous n'essayons pas d'éliminer le corps, les sens, etc., afin d'arriver à la réalité qui demeure, nous nous efforçons plutôt de trouver d'où s'élève en nous la pensée 'Je’. Cette méthode comprend en elle-même, bien qu'implicitement seulement, l'observation du souffle : quand nous observons d'où s'élève en nous la pensée 'Je', la racine de toutes les pensées, nous observons aussi automatique­ment la source du souffle. » (D/D- 1.12.1945)
[20] Laya: L'état dans lequel les activités du  mental sont temporairement suspendues. Cet état est appelé manolaya et s'applique aux samadhis de plus ou moins longue durée : savikalpa samadhi et nirvikalpa samadhi. Nasha est l'état dans lequel le mental est totalement et définitivement effacé. Cet état est appelé manonasha. Le Sahaja nirvikalpa samadhi, est l'état naturel (sahaja) libre de toute activité mentale. Ramana Maharshi expliqua : « Ceux qui sont dans le laya samadhi (kevala nirvikalpa samadhi) devront, de temps à autre, ramener le mental sous contrôle. Si le mental est détruit (manonasha, dans son état naturel, le sahaja nirvikalpa samadhi), il ne germera plus. Ce mental est comparable à une graine grillée. Aucune des actions de ceux qui sont dans cet état ne sera intentionnelle. Ils ne tomberont plus de leur état élevé, et ne peuvent rien trouver qui soit différent d'eux-mêmes, tandis que tout semble différent d'eux-mêmes, à ceux qui n'ont pas atteint cet état. » (L/R - 11,19)
[21] Or vazhi : littéralement « sur une seule voie » ou encore « sur la voie du 'connaître’ ». La version télougou donne ces mêmes significations tandis que la version sanskrite  et malayalam précise « sur une seule pensée ». Au cours d'une discussion le Maharshi dit : « Les tercets précédents expliquent que le pranayama  peut être utile pour contrôler le mental. Ce tercet ajoute que l'on ne doit pas permettre au mental ainsi contrôlé de demeurer dans un état de laya qui n'est rien de plus qu'une suspension temporaire de ses activités ressem­blant au sommeil profond mais le maintenir sur une seule pensée, peu importe le contenu de cette pensée, qui peut être le Soi, la Divinité de prédilection ou un mantra ..." (D/0 21.1.1946)
[22] Les actions mentionnées dans ce contexte sont les pratiques d'ascèse auxquelles le yogi a dû se livrer pour atteindre le but ultime. Il est aussi à noter que ce yogi n'a nul désir d'étaler des signes extérieurs de sainteté. Il brille de sa propre lumière. Dans la version malayalam. le Maharshi dit: « Bien qu'il semble Être un homme tout ordinaire l’éminent yogi, dont le mental est  éteint, n'a plus aucune action à accomplir car il a atteint son état naturel. »
[23] De sa nature de lumière. Dans la version malayalam le Maharshi dit : « Quand le mental se retire des objets extérieurs, se tourne intérieurement et contemple sa forme naturelle de pure conscience, cela est la connaissance vraie. »
[24] Littéralement: sans oubli, sans inattention. Voir « Qui suis-je ? », paragraphe 4.
[25] Par l'expression « la pensée 'Je' », le Maharshi désigne l'identification au corps (dehatma buddhi), sans laquelle les pensées ne peuvent s'élever. Voir « Qui suis-je ? », para 4, et « Le Chant à la Louange de la Connaissance de Soi », verset 2, qui expliquent aussi les tercets 19, 20 et 21. Dans la version malayalam, le Maharshi dit :
« Indépendamment des pensées
il n'y a pas de mental.
Ce sont les pensées qui sont appelées
'le mental’. La racine de toutes les pensées
est ‘Je’. ‘Je' constitue donc le mental. »
[26] Littéralement: « de ce 'Je’, la tête s'écroule ».
[27] Thânam: Lieu, place, siège.
[28] Littér.: Où 'Je’ rejoint sa source.
[29] Dans les trois états et les trois divisions du temps.
[30] Var. : le mot  « Je » désigne ce qui demeure constant.
Bien que nous ne soyons pas conscients de notre existence dans le sommeil profond, nous confirmons notre existence dans cet état quand, au réveil, nous disons "J’ai bien dormi", ce qui  prouve notre existence indépendamment de l'identification au corps qui est  absente dans le sommeil profond.
[31] Les ‘cinq gaines’ (koshas) sont énumérées ici. L'ignorance est l'absence de connaissance objective dans le sommeil profond.
[32] Ils ne sont pas auto-agissants et sont inertes (jada) c'est-à-dire non-existants (asat).
[33] Littér. : la conscience n’a pas de non-existence (inemaille), notre être est ‘conscience’. Dans la version malayalam le Maharshi dit:
« Pour connaître Cela-qui-Est
Il n'y a pas de conscience indépendante de "Je".
Cela-qui-Est est pure conscience.
Ne suis-je donc pas cette conscience ? »
Ramana explique le déroulement du raisonnement dans les tercets 22 et 23 : « Il est dit dans le tercet 22 que le corps, le mental, le souffle, l'intellect et la nescience sont ‘asat’, irréels, et ‘jada’, inertes, tandis que ‘Je’ est ‘Eka Sat’, l'unique réalité, ‘Cela-qui-Est’. Reste à savoir si ‘Je’ est Chit (conscience) ou jada (inerte).
La réponse est donnée dans le tercet 23: Sat, Cela-qui-Est, est conscience et, puisque selon le tercet 22, la nature de "Je" est 'Etre', "Je" est conscience. Il arrivait à Bhagavan de dire, en veine d'humour, que ce raisonnement était 'une règle de trois', le premier axiome en mathématique. (GVS -p.59)
[34] Porul : Etre, réalité, substance, principe essentiel.
[35] « Voilà les surimpositions qui s'appliquent, les unes à Ishwara, les autres aux jivas. Si tu parviens à les écarter toutes, tu ne trouverai plus ni Ishwara ni jiva. » (Vivekachudamani v.244). En raison des conditionnements (upadhis), qui sont dus à l'identification au corps, nos connaissances, pouvoirs et longévité sont limités. Ceci étant, nous attribuons à Dieu la perfection des attributs (upadhis); omniscience, omnipotence, omniprésence, immortalité, etc. Quand l'identification au corps est tranchée, conditionnements et attributs cessent d'exister, puisque seule la nature réelle de Dieu et des créatures, l'Etre non né, indifférencié, demeure.
[36] Renoncer aux conditionnements (upâdhis) au moyen de la recherche "Qui suis-je ?» c'est aussi effacer les attributs que nous assignons à Dieu puisqu'il brille maintenant en tant que notre propre réalité, Etre-conscience, qui est aussi Sa réalité.
[37] Connaître : chit (conscience); être : Sat.
[38] Un Soi pour connaître l'autre. Var.: Puisque le Soi n'est pas deux (duel).
[39] Atma nishtaille :  expression fréquente qui désigne cet état dans lequel le sadhak est absorbé dans sa propre
nature, ce qui n'est pas possible aussi longtemps que l'identification au corps persiste. "Je suis" est la réalité, tandis que "Je suis le corps" est l'identifi­cation erronée.
[40] « Je connais » ou « je ne connais pas ». Voir « Huit strophes à Arunâchala », str.2
[41] Dans le texte unemaille signifie vrai, mais qui peut aussi être interprété: ull + maille, auquel cas ce mot signifie être (‘selfhood’ en anglais) et donne lieu à la version ci-dessous :
Le connaître qui est libre de connaissance et de non-connaissance
Est connaître l’Etre en soi, Unedhîpara,
Car il n’y a rien à connaître ! Unedhîpara.
[42] Il n'y a rien à connaître autre que Soi-même. Connaître ou ne pas connaître les deuxièmes et troisièmes personnes (tu, il, elle, vous, eux) n'est pas la connaissance vraie. Seule la connaissance (chit) de l'Etre (Sat), la prise de conscience "Je suis", la première personne authentique, est connaissance vraie, qui est libre de sujet et d'objet. « Je suis » est une expérience indivise, non-duelle, qui ne peut pas être vécue verbalement.
[43] Quelle est ma nature réelle ?
[44] Ce tercet fut composé par Sri Muruganâr.

vendredi 22 août 2014

Ramana Maharshi - La vie dans le monde

Ramana4.jpg

D. : Est-il possible de connaître le samadhi tant qu'on est pris par des activités et qu'on travaille dans le monde ?
B. : C'est le sentiment « Je travaille » qui constitue l'entrave. Demandez-vous : « Qui travaille ? » Rappelez-vous qui vous êtes. Alors, le travail ne vous enchaînera pas. Il s'accomplira de lui-même. Ne faites aucun effort : ni celui de travailler ni celui de renoncer ; votre effort est l'asservissement. Ce qui est destiné' à se produire adviendra. S'il est dans votre destin de travailler,' vous ne pourrez y échapper ; vous serez contraint de vous atteler à une tâche. Donc, remettez-vous-en au Pouvoir Suprême. Que vous renonciez à une occupation ou bien la conserviez, cela ne dépend pas de votre choix.
Quand des femmes qui portent des jarres d'eau sur la tête s'arrêtent pour parler, elles font très attention et gardent leur mental concentré sur la jarre. Pareillement, lorsqu'un sage s'engage dans une activité, il garde le mental établi dans le Soi et son activité ne le distrait pas.

D. : Je crois que le célibat est nécessaire, même pour un chef de famille, s'il veut que sa recherche du Soi aboutisse. Ai-je raison ?
B. : Commencez par trouver qui sont l'épouse et le mari. Alors la question ne se posera pas.


D. : Brahmacharya [le célibat] n'est-il pas indispensable à la réalisation du Soi ?
B. : Brahmacharya signifie « vivre en Brahman » ; ce qui n'a aucun rapport avec le célibat tel qu'on l'entend d'ordinaire. Un véritable Brahmachari est quelqu' un qui vit en Brahman et trouve la béatitude en Brahman, lequel est identique au Soi. Pourquoi, donc, chercherait-il d'autres sources de bonheur ? En fait, c'est de s'éloigner du Soi que viennent tous les malheurs.


D. : Mais le célibat n'est-il pas nécessaire pour le yoga ?
B.: Il est une aide à la Réalisation, parmi beaucoup d'autres.


D.: Alors, il n'est pas indispensable. Un homme marié peut-il réaliser le Soi ?
B. : Certainement. C'est une question d'aptitude mentale. Marié ou pas, un homme peut réaliser le Soi, parce que le Soi est ici et maintenant. Si tel n'était pas le cas et si on ne pouvait l'obtenir qu'au prix d'efforts dans un temps à venir, si c'était quelque chose à acquérir, ça ne vaudrait pas la peine de le rechercher, parce que ce qui n'est pas naturel ne peut être permanent. Ce que je dis, c'est que le Soi est ici et maintenant et que LUI, seul, est.


D. : Est-il nécessaire de prendre sannyasa [faire un vœu de renoncement] afin d'atteindre la réalisation du Soi ?
B. : Sannyasa signifie renoncer à sa personnalité, non pas se raser le crâne ou porter des vêtements ocre. Un homme peut être chef de famille, mais, s'il ne pense pas en être un, il est sannyasin. D'autre part, il peut très bien porter des vêtements ocre et errer par les routes, mais, tant qu'il se prend pour un sannyasin, il n'en est pas un. Penser à ce renoncement annule l'effet du renoncement.
Qu'entendez-vous par « prendre sannyasa » ? Pensez-vous que cela signifie quitter son foyer ou revêtir des vêtements d'une certaine couleur ? Où que vous alliez, même si vous vous envolez dans les airs, votre mental ne veut-il pas vous accompagner ? Ou pouvez-vous le laisser derrière vous et partir sans lui"4 ?
Pourquoi votre profession ou vos occupations gêneraient-elles vos efforts spirituels ? Par exemple, il y a une différence entre les tâches que vous accomplissez chez vous ou au bureau. A votre bureau, vous êtes détaché et, le temps que vous vous acquittez de vos tâches, vous ne vous préoccupez pas de ce qu'il adviendra ou de savoir si votre travail se traduira en gain ou en perte pour votre employeur. Par contre, dans le cadre du foyer, vous faites tout avec attachement et vous vous demandez sans cesse si ça va vous profiter, à vous ou à votre famille. Mais il est possible d'accomplir toutes les activités de la vie avec détachement et de ne considérer que le Soi comme réel. Il est faux de supposer que, si quelqu'un est établi dans le Soi, il ne remplira pas convenablement les tâches qui lui incombent. Il est comme un acteur. Il revêt un costume, joue son rôle, et même éprouve des sentiments pour le personnage qu'il incarne, mais il sait pertinemment qu'en vérité il n'est pas ce personnage, mais quelqu'un d'autre dans la vraie vie. De la même façon, pourquoi vous laisser troubler par la conscience du corps, ou l'impression « Je suis le corps », dès lors que vous êtes persuadé que vous n'êtes nullement le corps, mais le Soi ? Rien de ce que fait le corps ne devrait vous perturber au point de vous faire quitter le Soi dans lequel vous demeurez. Cet état de permanence ne gênera pas davantage la parfaite exécution des tâches qui sont celles du corps, que la conscience qu'un acteur a de son véritable statut dans la vie n'entrave son interprétation d'un rôle sur la scène.


D. : Il a été catégoriquement affirmé que tant que demeure la moindre trace de l'idée « Je suis celui qui fait », il ne peut y avoir de Réalisation ; mais est-il possible à un chef de famille qui désire ardemment la Réalisation de remplir ses tâches sans cette idée ?
B. : Nul principe ne stipule qu'il faille forcément agir sur la base de l'idée « Je suis celui qui fait » et, par conséquent, il n'y a pas lieu de demander si les actions — et les diverses tâches qui sont les nôtres — peuvent être accomplies sans cette idée. Pour prendre un exemple de la vie courante, un comptable qui passe la journée au bureau à régler scrupuleusement les affaires qui se présentent peut donner à un observateur l'impression d'endosser toutes les responsabilités financières de l'institution qui l'emploie. Mais, sachant qu'il n'est pas personnellement affecté par les rentrées d'argent et les dépenses, il demeure dégagé et libre du sentiment « Je suis celui qui fait » pendant son travail, qu'il exécute pourtant à la perfection. De la même façon, il est tout à fait possible au chef de famille avisé qui recherche ardemment la Délivrance d'exécuter ses tâches dans la vie (lesquelles, après tout, constituent sa destinée) sans aucun attachement, et de se considérer comme un simple instrument nécessaire à l'accomplissement de ce processus. Envisagée de la, sorte, l'activité n'est pas un obstacle sur le chemin de la, Connaissance, et celle-ci n'empêche pas non plus un homme de remplir ses fonctions dans la vie. Il n'y a jamais contradiction entre Connaissance et activité, et la réalisation de l'une n'entrave nullement l'accomplissement de l'autre, et inversement.


D. : Quel sens peut avoir la vie d'un chef de famille spiritualiste obligé de consacrer tout son temps à gagner de l'argent pour subvenir aux besoins des siens, et quels bénéfices lui et sa famille en retirent-ils ?
B. : L'occupation d'un tel chef de famille qui travaille pour subvenir aux besoins des siens, sans même penser à son propre confort matériel, devrait être considérée comme un service désintéressé rendu à sa famille dont il doit satisfaire les besoins, car ainsi le veut sa destinée. Toutefois, la question peut se poser de savoir quel bénéfice cet homme retire de sa famille. La réponse est qu'il n'y a pas vraiment de bénéfice en retour pour lui, puisqu'il a fait de son métier un moyen de servir les siens et de suivre une démarche spirituelle, et qu'il finit par obtenir un parfait contentement en réalisant la suprême félicité de la j Délivrance, qui est l'ultime but de toute voie et la récompense suprême. Il se trouve donc dans une position où il n'attend rien des membres de sa famille ou de sa vie familiale.


D.: Comment un chef de famille constamment engagé dans l'exécution de ses devoirs domestiques, lesquels devraient naturellement le pousser à un surcroît d'activité, peut-il obtenir la paix suprême du retrait et du dégagement vis-à-vis de cette obligation, alors même qu'il est plongé en pleine occupation ?
B. : Ce n'est qu'aux yeux de I' observateur que le chef de famille éclairé semble être accaparé par ses tâches domestiques ; car, bien qu'apparemment plongé dans ses obligations, il est en fait dégagé de toute activité. Son activité extérieure ne l'empêche nullement de réaliser la parfaite paix du retrait, et il est libéré du besoin constant d'activité, même au milieu de ses occupations.
Visiteur : Devrais-je me retirer des affaires et me mettre à lire des livres sur le Vedanta ?
B. : Si les objets ont une existence indépendante, c'est-à-dire s'ils possèdent une existence propre en dehors de vous, alors il vous est loisible de vous retirer et de vous écarter d'eux. Mais il n'en est rien. Ils vous doivent leur existence, à vous et à vos pensées, comment donc pouvez-vous les quitter ? Pour ce qui est de lire des livres sur le Vedanta, vous pouvez continuer à en lire autant que vous voulez, mais ils ne peuvent que vous dire de réaliser le Soi en vous. Le Soi ne se trouve pas dans les livres. Il faut le trouver par vous-même, en vous-mêmes'".


D. : Est-il utile de faire voeu de silence ?
B. : Le silence intérieur est capitulation Et cela signifie vivre sans la notion d'ego.


D. : La solitude est-elle nécessaire à un sannyasin?
B. : La solitude se trouve dans le mental. Au plus fort du monde, un homme peut cependant conserver une parfaite sérénité. Une telle personne est toujours en solitude. A l'écart du monde, dans une forêt, un autre peut très bien demeurer incapable de maîtriser son mental. On ne peut dire de lui qu'il connaît la solitude. La solitude est une attitude du mental. Quel que soit l'endroit où il se trouve, un homme attaché aux choses de ce monde n'est pas en mesure de goûter à la solitude, tandis qu'un homme détaché est toujours dans la solitude'".


Comme cette réponse le donne à penser, Bhagavan n'approuvait pas les voeux de silence que certains font parfois afin de trouver une manière de solitude au sein de la société. Le silence authentique, enseignait-il, est un mental au repos. Si le mental est actif, on ne retire aucun bénéfice du fait de ne pas parler. Ce qui est nécessaire, c'est de contrôler à la fois la pensée et la parole.

Le silence de la solitude est forcé. La maîtrise de la parole en société équivaut au silence, car, alors, l'homme est véritablement aux commandes. Il doit y avoir un locuteur avant qu'il y ait parole. Si le mental du locuteur est occupé par autre chose, la parole est maîtrisée. Quand le mental est tourné au-dedans, il est actif autrement et ne tient pas à prendre la parole. Le but d'un voeu de silence est de limiter les activités mentales provoquées par la parole, mais si le mental est maîtrisé, c'est inutile et le silence devient naturel'".

Tant que le mental n'est pas prêt à obtempérer, il n'est même pas envisageable de renoncer à l'activité.


D.: En quoi l'activité aide-t-elle ? Ne se contente-t-elle pas d'accroître la charge déjà lourde qui pèse sur nous et dont nous devons nous débarrasser ?
B.: L'action désintéressée purifie le mental et l'aide à s'immobiliser dans la méditation.


D.: Mais supposez qu'on médite constamment sans activité...
B.: Essayez de voir. Vos tendances inhérentes ne vous permettront pas de le faire. La méditation ne se met en place que progressivement, avec l'affaiblissement progressif des activités mentales par la grâce du Gourou'".


Même à un homme ayant accompli sa destinée de chef de famille —il avait des enfants adultes en âge de le remplacer et, en accord avec la tradition indienne, aurait pu renoncer au monde —, Bhagavan ne donnait toujours pas son approbation.


D.: Je ne retire aucun plaisir de la vie familiale. Je n'ai plus rien à faire parmi les miens. J'ai fait ce que j'avais à faire et, à présent, il y a des petits-fils et des petites-filles dans la maison.
Devrais-je rester au foyer, ou partir de chez moi et m'en aller une bonne fois ?
B.: Vous devriez rester là où vous êtes à présent. Mais où êtes-vous au juste ? Etes-vous dans la maison, ou la maison est-elle en vous ? Existe-t-il une maison totalement séparée de vous ? Si vous demeurez établi dans votre propre endroit, vous vous apercevrez que toutes les choses se sont fondues en vous, et
pareille question deviendra inutile.


D.: Donc, si je comprends bien, je dois rester chez moi ?
B.: Vous devez demeurer dans votre véritable état.

Source : http://fr.sages.wikia.com/

mercredi 30 juillet 2014

Merci a Innerquest

Ramana Maharshi par Henri Hartung

« Les paroles du sage, écoutées en silence, valent mieux
que les bruyants discours d’un prince dans une assemblée de sot ».
L’Ecclésiaste, IX, 17.
Un jeune hindou, d’une très modeste famille, vivant à l’extrême sud de son immense pays. Fin du dix-neuvième siècle. Naissance en 1879. Aucune formation particulière autre que celle dispensée par les professeurs de l’école locale. Dix-sept ans. Une expérience fulgurante suscitée par la crainte de la mort. Un appel intérieur : se rendre sur le mont sacré d’Arunachala. Un quart de siècle de silence dans les grottes naturelles de cette montagne. Puis, une durée un peu plus prolongée au milieu de quelques modestes maisons situées à ses pieds. Mort physique juste au milieu du vingtième siècle. Quelques très rares récits. Aucune connaissance des langues étrangères, à part quelques rudiments d’anglais. Aucune étude particulière sur les grandes Traditions orientales. Encore moins, si je puis ainsi écrire, sur les religions lointaines, comme le christianisme. Jamais une initiative « publicitaire » afin de se faire connaître. D’ailleurs, connaître Qui? et pourquoi? Existence vide du moindre événement extérieur, retirée de la société dans une région retirée du monde, sans la moindre « activité », la plus petite « création » de quoi que ce soit.
1979. L’année du centenaire de la naissance de cet hindou. Sa photographie se trouve dans d’innombrables demeures, dans son pays natal mais aussi en Amérique, en Europe. Son nom est connu d’une multitude de gens. Des études paraissent sur lui dans les grandes revues culturelles, politiques, religieuses du monde entier : Le Nouvel Observateur publiant un numéro spécial « Faits et chiffres 1975 » termine l’introduction de cette étude par deux reproductions représentant l’une André Malraux, le front plissé et la main dans la bouche… l’autre le Maharshi, serein, souriant. Deux seuls mots d’explication : sous la première : « l’Occident » ; sous la seconde : « l’Orient »!
René Guénon, dont toute l’œuvre est une réhabilitation de la métaphysique voit en lui le pur représentant de celle-ci. L’abbé Monchanin est marqué par lui, le moine bénédictin Dom Henri Le Saux partant pour les Indes écrit que sa rencontre avec lui « ne pourrait être qu’un événement dans ma vie ». Le père Thomas Merton, comme Karlfried Graf Dürckheim, se réfère souvent à lui. Beaucoup de religieux invoquent sa Présence, des chrétiens, catholiques, protestants, orthodoxes ne se comptent plus qui ont retrouvé le message en le voyant, certains même en le lisant ou en contemplant sa photographie — dont la plus célèbre, prise par Mani en 1938 — reste de nos jours saisissante pour tant et tant de personnes. Sa place est immédiatement réservée pour figurer parmi les premiers ouvrages de la nouvelle collection des Éditions du Cerf consacrée aux « témoins spirituels d’aujourd’hui ». Des communautés portant son nom se créent sur tous les continents. Aux Indes, afin d’inaugurer l’année marquant le centième anniversaire de sa naissance, le premier ministre Sri Morarji Desai, le 13 janvier 1979, lui rend un hommage public en rappelant qu’il transformait ceux qui avaient le privilège de l’approcher. Son tombeau est devenu un haut lieu de pèlerinage. Il est le « grand » Ramana Maharshi, il est « le » Sage, il est l’ultime Lumière qui brille dans la nuit glacée du monde moderne.
(Extrait du livre d’Henri HARTUNG : « Présence de Ramana Maharshi ». Ed. le Cerf, Paris, 1979, Collection «  Témoins spirituels d’aujourd’hui »
Dans le « Vocabulaire technique et critique de la philosophie », André Lalande donne trois définitions du mot énergie : « capacité de faire effort; volonté d’employer toute sa force; capacité de produire du travail mécanique ». Ainsi, en Occident, ce mot évoque-t-il une personne énergique ou une forme de vigueur et de dynamisme, c’est-à-dire, dans ces deux cas, une « efficacité » dépendante d’une « forte » individualité… ou d’une machine.
Bien différent apparaît le point de vue oriental, notamment hindou. Il s’agit alors aussi d’une Force mais d’ordre cosmique, dépassant donc « immensément » l’individu. En sanskrit, le mot shakti (ou sakti), de la racine sak — pouvoir — signifie donc à la fois l’énergie et la « volonté productrice » du Principe, donc son activité non-agissante ou sa possibilité de manifestation. Dès que cette dernière se développe, l’énergie apparaît partout, « elle est la substance de tout », comme l’écrit Alain Daniélou, symbolisant la Force, ou le pouvoir du Principe sous ses trois aspects complémentaires de Shiva, Vishnu et Brahmâ. C’est, dit Ramana Maharshi en réponse à une question sur le sens du mot shakti, « une énorme Puissance : ayez confiance en elle et en sa capacité de vous conduire au but ». Que nous en soyons conscients ou non, cette énergie vitale se situe toujours en arrière-fond de notre corps et de nos activités mentales.
Nous en rendre conscients, contribuer à l’éveil de cette Force est l’objectif de cette revue dont le nom est par lui-même une indication essentielle.
Aussi, le point de vue du grand sage hindou contemporain sur un tel sujet ne peut-il laisser aucun lecteur indifférent.
Le plus grand commentateur des Vedas, Shankarâchârya, qui vivait au neuvième siècle, caractérise l’état de l’être humain qui a réalisé en lui sainteté et sagesse, par trois mots : Bâlya, état comparable à celui d’un enfant; Pandîtya, état de celui qui sait et qui possède l’art de transmettre à d’autres la Connaissance ; Mauna, état de muni, le solitaire et le silencieux qui a unifié sa personne au sein de l’Harmonie cosmique. Il ajoute, conformément à l’enseignement des Vedas, que ce dernier état est atteint lorsque l’énergie principielle, redécouverte à l’intérieur de soi-même et s’étant mise à circuler grâce aux canaux subtils, éveille à son tour les sept centres spirituels de l’être humain appelés chakras (roues). Une telle définition de la spiritualité peut apparaître, dans un premier temps, comme complexe, peut-être même étrange. Elle ne peut pourtant pas être plus simple. Reprenons-la ensemble.
Sagesse et sainteté : d’abord, un état comparable à celui d’un enfant, donc spontané, désencombré ou plus exactement, pas encore encombré par l’imprégnation culturelle et religieuse d’une société rationnelle et inquiète. Rationnelle, donc inquiète; Ensuite, un état de connaissant, donc d’une personne qui sait, par son intuition immédiate de ce qui EST et non qui croit à ce qui lui a été dit. Une vision, pas une opinion; Enfin, un état d’union, donc de non dissociation, entre les différents aspects de l’être, enfin harmonisés par la toute puissance de l’Esprit. Mais, justement, pour que ces trois éléments, enfance, connaissance, unité, puissent se réaliser concrètement, il est bien nécessaire qu’une Force qui ne soit ni corporelle, ni mentale, ni affective, intervienne et permette ce passage du temporaire à l’éternel, de l’existentiel à l’essentiel, du psychosomatique au spirituel. Sans cette Energie, toute modification de l’individu se limitera à quelques changements transitoires et fragiles. Mais avec Elle, il s’agira vraiment d’une transformation en profondeur et de la naissance d’une Personne réconciliée avec le Principe de son existence.
Il est ainsi possible de poser le problème de la vie intérieure en termes d’éveil de cette shakti. Plusieurs méthodologies sont alors susceptibles d’être suivies et elles sont bien connues des lecteurs d’« Energie Vitale » : le Yoga, le Zazen, les méditations chrétienne — notamment la prière du cœur — et soufie. La première est étudiée régulièrement dans cette revue; j’évoquais la seconde dans le numéro 6 en présentant la vie et le message de Karlfried Graf Dürckheim ; les deux dernières seront certainement abordées dans un avenir proche.
Il ne convient pas ici d’insister sur ce point, mais sur ce que je propose d’appeler la Finalité spirituelle de ces différentes formes de méditation. Car, au-delà d’une pratique, — et yoga, Zazen, prière, dhikir restent une pratique —, il y a celui ou celle qui se tient, ici et maintenant, immobile et silencieux. Qui est-il ? Qui est-elle ? Et comment une méthode en tant que telle pourrait-elle permettre de répondre à cette interrogation centrale s’il n’y a pas de la part du méditant un engagement préalable, total, à cette recherche fondamentale : « Qui suis-je? »
Sur ce point décisif de toute recherche spirituelle, Ramana Maharshi apporte un enseignement précieux. D’abord, par la simplicité des mots qu’il utilise pour nous guider et, ensuite, par la coïncidence entre tout ce qu’il dit et écrit et tout ce qu’il est. Comme le note Frithjof Schuon, « il a manifesté la noblesse du non-agir contemplatif en face d’une morale de l’agitation utilitaire ». Il incarne la fameuse phrase des Upanishads : « Tat twam asi », « CELA, (le Soi, Dieu, la Personne) toi, (le moi, l’individu) tu l’es ». Formule qui, à travers les siècles, rejoint le rappel du Christ quand il proclame que « le royaume des cieux est au-dedans de vous ». Aussi convient-il de se poser continuellement la question « Qui suis je? » afin de trouver au fond de soi-même, et non à l’extérieur, représenté par un Dieu insaisissable, l’origine de notre ETRE. Le Maharshi est explicite sur ce point : « Quelle que soit la forme de votre recherche, vous serez obligé d’en arriver finalement au « Je » unique, le Soi. La recherche du Soi ne renferme certainement pas une formule vide; c’est bien plus que la répétition de n’importe quelle formule sacrée. Si la recherche du Qui suis-je? était une simple investigation mentale, elle n’aurait pas grande valeur. Le but même de la quête du Soi consiste à focaliser l’esprit tout entier sur la Source. Ce n’est pas, par conséquent, le cas d’un « Je » qui cherche un autre « Je ». Enfin, la recherche du Soi renferme encore bien moins une formule vide, car elle implique une activité intense de l’esprit tout entier, pour qu’il reste fixé sans défaillance sur la pure conscience du Soi ».
Cette nécessaire observation intérieure, les paupières baissées permettant au regard de se tourner vers le dedans, apparaît bien ainsi comme ce préalable indispensable à toute réflexion qui ne se veut pas seulement intellectuelle, à toute pratique qui ne se destine pas à la seule pacification corporelle. Les musulmans appellent une telle recherche la science des pensées — ilm el-khawâtir — les chrétiens l’examen de conscience et les hindous l’investigation — vichara — ou la discrimination — viveka — « Qui suis-je? » Je ne suis ni ce corps, ni ses organes de perception — yeux, oreilles, nez, langue et peau — ni ses organes d’activité externe — voix, mains, pieds, organe génital — ni ses forces vitales — respiration, digestion, assimilation, excrétion. Je ne suis pas non plus ces pensées, qui vont et qui viennent sans relâche, ni ces sentiments. Plus profond, toujours plus en profondeur, je retrouve alors une Béatitude qui est véritablement le Soi, immuable, seul réel parmi tant d’apparences fugitives qui s’évanouissent dès que je cherche à m’identifier à elles. « Se demander « Qui suis-je? », « qui est enchaîné? » et connaître sa vraie nature apporte seul la libération. Garder l’esprit constamment tourné vers l’intérieur, et demeurer ainsi dans le Soi, constitue seul Atmâ-vichara (l’investigation sur Dieu) tandis que dhyâna (la méditation) consiste en la contemplation fervente du Soi comme Sat-Chit-Ananda (Etre pur — Conscience totale — Béatitude) ». Cette citation de Ramana Maharshi confirme la complémentarité entre l’indispensable finalité spirituelle et la pratique de la méditation — Yoga, Zazen, … Considérés alors comme support d’une réalisation intérieure n’ayant objectivement que peu de choses à voir avec une quelconque gymnastique centrée sur le corporel.
Quête du Soi. Cherchez et vous trouverez. Le Maharshi, Délivré vivant — jivan-mukta — demeure plus de trente années après sa mort physique, le Témoin de cette Fulgurance de l’Esprit, de cette spiritualité vivante qui nous permet de pressentir, au milieu de la crise du monde moderne, la survivance de cette Energie interne et externe à la fois, et sans laquelle nous resterions enfermés dans les limites de nos constructions mentales, incapables en tout cas de voir d’abord et de réaliser ensuite l’Harmonie cosmique.
Lectures :
« L’enseignement de Ramana Maharshi » Préface de Jean Herbert Ed. Albin Michel, Paris
Collection « Spiritualité vivante »
« L’évangile de Ramana Maharshi» Liminaires par Patrick Lebail Ed. Le Courrier du Livre, Paris, 1970.
Henri HARTUNG « Présence de Ramana Maharshi » Ed. du Cerf, Paris, 1979. Collection « Témoins spirituels d’aujourd’hui ».

dimanche 6 juillet 2014

Lettre ouverte à l’usage de quelques chercheurs de vérité 
mel patrick
Quand on pratique vraiment la spiritualité et que l'on considère ainsi avoir une vie spirituelle, sous-entendu que la vie spirituelle et la vie quotidienne ne se distinguent plus l'une de l'autre, on ne peut pas s'encombrer de toute une panoplie de disciplines, pratiques et techniques méditatives, de connaissances sacrées purement conceptuelles pour ne pas dire théoriques ou dogmatiques, de commentaires métaphysiques appartenant à différentes traditions, d’enseignements, de livres et de pensées, qui tôt ou tard vont inévitablement se contredire. Il faut être capable de revenir instantanément à l'essentiel et disposer de pratiques très simples, si ce n’est une seule, qui permettent au mental de s'apaiser rapidement pour finalement s’estomper en attendant la grande libération, c’est-à-dire la réalisation du Soi.

Pourquoi ? Parce que le mental est à l’origine de la souffrance et non l’ego comme l’enseignent la plupart des Néo Advaita gourous, qui ne sont même pas capables de comprendre les principes fondamentaux de l’Advaita Vedanta, ce qui ne va pourtant pas les empêcher d’enseigner cette connaissance sacrée comme s’ils étaient soudainement devenus d’honorables Gourous suite à une petite expérience spirituelle. Et ils omettront bien sûr le nom de cette connaissance afin d’éviter tout problème avec des experts en la matière. Cette expérience leur aurait apparemment montré monts et merveilles, et surtout la « non-dualité » de toute chose, du fait qu’ils ont tous lu comme hasard et sans exception, avant ou après leur expérience, au moins un livre de Ramana Maharshi pour enrichir leur enseignement ou le créer tant bien que mal de toutes pièces, comme c’est le cas entre autres pour ce très cher Mooji, qui joue le rôle du gourou à la perfection dans toute sa splendeur, et qui n’a malheureusement rien compris au Vedanta ni ce que lui a enseigné son Gourou Papaji, ce qui semble à vrai dire le cadet de ses soucis. Mais ces Néo gourous ont tous une si bonne tête toujours souriante qu’on ne peut que leur pardonner et leur acheter au moins quelques CDs, DVDs et une photo de leur portrait après un Satsang en souvenir de leur performance digne d’un clown.

Qu’il soit dit en passant que fonder toute une spiritualité sur l’annihilation de l’ego comme le font ces Néo Advaita gourous est purement absurde et ne correspond en plus pas du tout aux enseignements du Vedanta. « Ahamkar », l’identité personnelle, c’est-à-dire le moi, la conscience de soi en tant que personne ou encore l’ego, n’a jamais été à l’origine de la souffrance ni même celle de l’ignorance qui cause tant d’illusions. Mais où ces Néo gourous ont-ils bien pu découvrir dans tout l’Advaita Vedanta et autres véritables enseignements traditionnels qu’il fallait se libérer d’une identité personnelle, qui est évidemment indispensable pour vivre normalement et communiquer intelligemment ? Imaginez simplement ce qui arriverait si soudainement vous ne pouviez plus vous référer à vous-même et perdiez la conscience de propre existence en tant qu’individu séparé des autres pour simplement exprimer vos propres pensées, qui ne seraient évidemment alors plus les vôtres.  Ou qu’arriverait-il si vous aviez envie de vous gratter les fesses et ne fassiez pas la différence entre vous-même et les autres ? Même un vrai libéré deviendrait totalement fou et s’attirerait de sérieux problèmes. La libération que ces Néo gourous préconisent ressemble plutôt à une espèce de lobotomie insensée et aussi folle que leur sagesse, qui n’a aucun rapport avec la vraie spiritualité.

Alors que sont ces pratiques essentielles et principes fondamentaux de cette spiritualité ? Vous les connaissez déjà sans le moindre doute, mais probablement noyés dans une masse de faux enseignements et connaissances beaucoup trop sophistiquées pour être applicables dans les faits et gestes de la vie quotidienne que nous vivons tous, y compris les superstars de la nouvelle vague spirituelle très populaire de nos jours.

Ramana Maharshi a toujours et seulement à vrai dire enseigné le Dharma  et Vichara qu’il a développé en une simple question pour que cette technique soit plus compréhensible au commun des mortels, cette question étant "Qui suis-je ?". Comme le démontrent Shankaracharya, Gaudapada, Yajnavalkya ou Vashishta, cette pratique est au centre de tous leurs commentaires sur la spiritualité et du Vedanta Advaita dans sa totalité. La vérité se découvre et se réalise en pratiquant une introspection méditative et bien sûr en demeurant pleinement conscient de ce qui se passe à l’intérieur de soi. « Chit » en Sanskrit, la conscience et faculté d’être purement conscient, est évidemment le principe fondamental de la spiritualité. C’est si évident dans toutes les traditions orientales ou occidentales que l’on pourrait se demander ce que serait une libération ou une révélation aussi sublime soit-elle si l’on n’en était pas conscient.

Si la conscience n’était pas le principe fondamental de toute existence, découverte, expérience et connaissance, qu’est-ce que cela pourrait bien être ?    

A quoi se résume donc cette recherche du Soi ou introspection (du Latin introspicere : regarder à l’intérieur) ? Vichara se pratique assis, comme la plupart des autres techniques méditatives, de manière à bien comprendre et expérimenter le pourquoi et comment de cette pratique en fait extrêmement simple où il n’y a rien à « faire », mais seulement « être et en demeurer pleinement conscient ». Et Vichara se pratique bien sûr aussi dans la vie courante, à tout instant et à chaque fois que l'on s'en souvient. Certains appellent cela la méditation dynamique, « mindfulness » en Anglais, Sati, l'attention vigilante... Peu importe le nom qu'on lui donne, l'essentiel est de comprendre que cette pratique consiste à tout simplement demeurer conscient et ainsi  exister pleinement ou en d’autres termes « découvrir la plénitude de l’être » partout et tout le temps. C'est tout ! Et c’est plus que suffisant pour une vie entière de recherche spirituelle. Et cela évitera aussi de se disperser dans une multitude d’autres pratiques, qui ne sont pas inutiles, mais qui conduiront tôt ou tard à cette introspection et la question « Qui suis-je ? ». C’est bien de pratiquer différents exercices spirituels et en changer régulièrement pour mieux en apprécier leur qualité, encore faut-il savoir qui est celui qui les pratique pour en découvrir sa vraie nature ? Cela semble évident. Dans l’Advaita et le sacré toujours concernés par l’origine et la vraie nature de toutes choses, il y a avant tout beaucoup d’évidences et de bon sens.

Ce type d'introspection que l’on nomme Vichara se résume à accepter les manifestations de la vie intérieure ou du monde extérieur avec un état d'esprit paisible et parfaitement attentif, qui n'oublie surtout pas la présence de la faculté d’être conscient à l’origine même de cette recherche. On n’essaie pas d’empêcher les pensées de se manifester ni les actes de la vie quotidienne de s'exécuter naturellement ou les sensations et émotions d’apparaître à l'intérieur de soi. Toute manifestation est acceptée telle quelle, mais avec une attention et un état d'esprit pour ainsi dire conscient de lui-même. Voilà pour la pratique, qui est très simple, facile et à laquelle on peut toujours revenir en toutes circonstances, ce qui est le facteur le plus important pour spiritualiser entièrement la vie intérieure, ainsi que la réalité spatiale et temporelle dans laquelle nous nous trouvons en permanence. Ce que l'on vit à chaque instant est le terrain le plus parfait qui puisse exister pour pratiquer la spiritualité et la recherche de libération, et aussi pour tester si cette spiritualité sert vraiment à quelque chose parce qu’elle s’adresse à un être vivant, qui en général souffre ou pour le moins éprouve de profondes insatisfactions dans sa propre vie, et non pas à Brahman, le Soi ou la conscience universelle, qui eux incarnent une félicité infinie et éternelle et qui n’ont évidemment pas besoin d’être aidés ou libérés. Aucun vrai Gourou n’enseigne à vrai dire comment entrer en transe ou vivre des expériences plus ou moins mystiques ou franchement psychédéliques. Ce n'est pas du tout le but de la recherche de réalisation du Soi, de l'expérience de la non-dualité, de Sahaja Samadhi ou Turya, un état d’esprit que l’on considère libéré. Un vrai Gourou est censé apporter la lumière de la connaissance, qui dissipe les ténèbres de l’ignorance. Cela n’a aucun rapport avec Nirvikalpa Samadhi et autres extases mystiques de ce genre.

Et la vie continue bien sûr quoi qu’il arrive…, avec ou sans expériences spirituelles libératrices. C'est pourquoi cette pratique de Vichara a toujours et obligatoirement lieu dans « le cadre du Dharma », comme toutes autres disciplines spirituelles d’ailleurs, autrement dit sur une voie juste et correcte où l'on accepte la réalité telle qu'elle est sans se mentir sur soi, les autres et le monde dans lequel on vit réellement, mais surtout sur soi pour une raison si évidente qu'il n’est pas nécessaire de la commenter. Le sujet de cette lettre est la spiritualité et découverte de soi, la vérité et « la libération personnelle ». Il va de soi en effet que l’on n’effectue pas ce genre de recherche spirituelle pour libérer le voisin de ses souffrances, mais pour lui rendre à la rigueur la vie plus paisible et l’introduire aussi pourquoi pas à la spiritualité si cela l’intéresse, sinon la règle d’or la plus évidente est comme d’habitude le « respect des autres » propre au Dharma, mais aussi à tout être civilisé digne de ce nom.

En résumé, l’essentiel de la vie spirituelle est extrêmement simple. Il faut obligatoirement pour spiritualiser notre propre existence « un Dharma », autrement dit demeurer juste et correct en toutes circonstances, autant avec soi que les autres et l’environnement, et il faut une discipline spirituelle que l'on peut pratiquer partout et à tout instant, et qu’il faut aussi expérimenter plus profondément dans des moments d'isolement et de paix absolument parfait, et cela en principe 2 fois par jour, le matin après le réveil et le soir avant de se coucher. Le Dharma et l’expérience d’une pratique spirituelle quotidienne déterminent une véritable recherche spirituelle, celle que plus personne ou presque ne veut encore enseigner.

Actuellement les Néo gourous suppriment en particulier le Dharma parce qu'ils ne veulent surtout pas importuner leurs clients avec des préceptes éthiques (un concept totalement maudit dans tous leurs discours), qui pourraient déranger leur petit confort mental, ou avec des concepts tels que la bonté et la compassion, qui pourraient aussi leur faire oublier leur recherche narcissique du bien-être si rentable pour les gourous charlatans qui l’enseignent. Et ce Dharma est bien sûr systématiquement remplacé par des soi-disant Satsang ou conférences, qui seraient capables de transmettre comme par enchantement la Shakti, la connaissance et l’illumination, autrement dit « l’éveil », le grand mot à la mode actuellement. Mais du fait que tous ces Néo gourous ne sont rien de plus que de pitoyables imposteurs, personne jusqu’à présent n’a réalisé le Soi et est devenu un Jivanmukta, une âme libérée, grâce à ce genre de rencontres, qui se voudraient plus ou moins magiques, comme l’explique si bien Tony Parsons pour essayer de valoriser son enseignement d’une nullité sans borne. Mais du fait qu’il a étudié en long en large et surtout en travers l’Avadhuta, Ribhu et Astravakra Gita pendant de très nombreuses années et sans ne jamais comprendre les fondements d’enseignements aussi élevés, il s’estime au sommet et même bien au-dessus des gourous traditionnels comme Ramana Maharshi par exemple qu’il n’hésite pas à ridiculiser lors de ses Satsang. Il ne reste alors plus qu’à applaudir le bouffon.

Le seul problème dans tous ces enseignements Néo Advaita et New Age, très amusants et surtout rentable pour les soi-disant gourous qui enseignent, mais beaucoup moins pour leurs clients lorsqu’ils découvrent l’imposture, est que l'on ne peut pas pratiquer la spiritualité et effectuer une recherche spirituelle sans le Dharma. Cela n'aurait pas de sens. Seul le « Dharma » donne une véritable signification spirituelle, éthique et sociale à une recherche aussi égocentrique et même purement égoïste que celle de la libération ou de la réalisation du Soi, une recherche qui se veut évidemment libérer l’individu qui l’effectue, le libérer lui et lui seul. En d’autres termes très simples, pas de Dharma pas de spiritualité et la recherche de libération n’est rien de plus qu’une farce. Pour prendre un très simple exemple afin de mieux comprendre le contexte spirituel que représente le Dharma en lui-même et sa nécessité impérative, comment pourrait-on découvrir la vérité suprême, c’est-à-dire réaliser le Soi, sans avoir recours par exemple à « Satya », véracité, honnêteté et sincérité (le premier Yamas sur le Dharma), autrement dit en cherchant sincèrement la vérité et bien sûr en étant vrai avec soi-même et les autres pour découvrir ainsi quelque chose de vrai dans la vie, si ce n’est la vérité suprême elle-même. Qui peut décemment imaginer que la libération et la vérité, qui ne sont que des mots interchangeables dans le contexte spirituel, s’obtiennent en continuant à mentir aux autres et à soi-même et en faisant preuve d'hypocrisie pour simplement satisfaire des petits désirs personnels ? Comment pourrait-on sincèrement chercher le bonheur pour nous-mêmes et ignorer l’existence des autres ? Ce serait tout bonnement une absurdité et une absence totale d’équilibre dans le mental que l’on essaie en principe d’apaiser en attendant son propre anéantissement – même un enfant le comprendrait sans grande explication. Mais c'est justement ce que représente la soi-disant Néo spiritualité et « sagesse folle » actuelle, qui est à vrai dire une parfaite représentation du « culte du moi » et la glorification du pouvoir du mental, autrement dit de l'égoïsme, de l'avidité et de l'hypocrisie. Et ce ne sont pas des stages de pensées positives où l’on apprend en réalité à perdre tout esprit critique et devenir complètement niais, qui risquent d’anéantir ce culte.

Est-il alors nécessaire d'expliquer qu'une telle spiritualité conduit tôt ou tard au déséquilibre mental et dans certains cas la dépression et le suicide dont on parle très peu actuellement dans les milieux spirituels bien informés, mais qui deviennent aussi de plus en plus courants comme s’en rendent compte des psys dans le milieur médical ou des vrais maîtres spirituels, qui récupèrent des disciples totalement brisés psychologiquement grâce à l’enseignement d’autoproclamés Néo Advaita gourous très connus… en particulier pour la qualité de leur commerce et la publicité qu’ils se font à  moindres frais sur Internet ? Ce type de spiritualité que l'on appelle Néo Advaita ou non-dualité se résume à jeter de l'essence sur un feu pour l’arrêter. Et le mental adore le feu et il est prêt à payer cher pour ce genre d'enseignement, qui flatte son caractère aussi longtemps que cela l’excite et ne le brûle pas trop. Mais ce feu qui l'a enthousiasmé pendant un certain temps avec des slogans dans le style "Vous êtes déjà libéré et absolument parfait. La réalité n’est que la projection de vos pensées. Vous êtes la conscience universelle et le Divin en personne. Les pratiques spirituelles sont inutiles parce qu'elles renforcent la présence de l'ego qui les pratique. Soyez positif et ne cherchez surtout pas comprendre. Toute réalité est une illusion, autrement dit soyez ce que vous êtes et ne vous préoccupez pas des autres. Votre petit bien-être égoïste est tout à fait naturel puisque tout le monde est égoïste et cherche  le bien-être. Ce n’est pas de votre faute ni votre responsabilité, mais le problème de ‘votre ego’. La spiritualité traditionnelle était bonne pour des primitifs, qui vivaient dans des grottes perdues dans l’Himalaya et qui ne pouvaient décemment pas connaître la psychologie transpersonnelle. Ne croyez pas vos pensées, ce ne sont que des pensées crues. Etc.", et bien ce feu démagogique et enseignement insensé pour ne pas dire franchement stupide est le pire des poisons présenté sur un magnifique plateau d’argent en guise de spiritualité non-duelle, évolutionnaire ou autres en fonction des goûts du jour.

Quand, dans une de ses dernières vidéos sur YouTube, un Néo gourou dénommé Gérard, docteur en médecine et psychothérapeute selon ses dires, ose demander à une femme de toute évidence très fragile si elle a déjà vu son ego, comme s’il était possible d’observer une identité personnelle (plus ou moins diabolique) dans le cerveau, je me demande vraiment s’il prend les gens pour des imbêciles. Mais cela ne l’empêchera de continuer à manipuler cette pauvre femme et l’arceler avec d’autres idioties de ce genre jusqu’à ce qu’elle craque psychologiquement et fonde en larme. C’est ce qu’il appelle « l’éveil » spirituelle. Et il finira son entretien avec la remarque « Bienvenue au club ». Non merci, surtout pas !

Ce genre d‘enseignements insensés fondés sur des absurdités, la démagogie et une recherche de pseudo bien-être conduit en vérité le disciple à plus d'égoïsme, d'avidité, d'hypocrisie et surtout à toujours plus d’illusions, les mêmes caractéristiques mentales, qui le faisaient déjà souffrir avant même de commencer une recherche spirituelle dont l’objectif était justement de l’en purifier et surtout le libérer du mental. On peut alors dire sans se tromper que ce chercheur de vérité est parti à reculons sur la voie de la libération grâce aux enseignements Néo Advaita et New Age. Il ne lui reste alors plus qu’à remercier les soi-disant gourous, qui l’ont conduit sur cette voie de la libération, mais malheureusement dans le mauvais sens. Pas de chance !

Et pendant tout ce temps, la recherche spirituelle de tous ces braves gens a été une affaire très rentable pour la bande de gourous, qui sont toujours prêts à organiser avec bien sûr beaucoup d’amour et de compassion des conférences, stages et retraites en tout genre dans la mesure où elles procurent encore plus de satisfaction bien narcissique à leurs clients et qui surtout souhaitent leur vendre un maximum de livres, CDs et DVDs, qui dérangent beaucoup moins la vie très méditative du gourou paisiblement assis au bord de sa piscine ou ailleurs en rigolant de son propre enseignement et de la naïveté de ceux qui le suivent. Lui a très bien compris ce qu’est la valeur de la libération qu’il propose à ses clients, valeur financière évidemment.

Comprenez bien qu'un simple CD ou DVD vendu à plusieurs millions d'exemplaires, comme c'est le cas pour tous les grands gourous internationaux, en particulier américains, bien connus sur Internet, rapporte à son auteur plusieurs millions de dollars ou d'euros multipliés au minimum par 10, mais souvent beaucoup plus (tout dépend de l’avidité du gourou en question). La spiritualité n'est pas un petit commerce pour les imposteurs dans le style Eckhart Tolle, qui n’hésite pas non plus à demander 150 dollars pour assister, assis au milieu de centaines d’autres gens, à une de ses conférences, Deepak Chopra qui s’est surtout fait connaître en publiant des livres pour réussir dans la vie et ne pas vieillir et que l’on ne peut décemment pas considérés très spirituels, Gangaji, Adyashanti et la centaine d'autres charlatans en tête d'affiche. Leur fortune personnelle obtenue grâce à la spiritualité s'évalue au minimum en de millions de dollars, voire beaucoup plus (le magazine « Forbes » estime la fortune personnelle du gourou américain Oprah à un minimum de 3 milliards de dollars). N'oublions pas non plus, ce qui est le comble de tout ce commerce du sacré, qu'il s'agit de spiritualité et Néo Advaita enseignés par de soi-disant gourous, qui ont récupéré sans vergogne et réadapté l'enseignement de tout le Vedanta et du Bouddhisme, de Ramana Maharshi et autres authentiques Gourous, obtenu la plupart du temps gratuitement ou à très bon marché en Asie pour le revendre à prix d'or en occident. Merci au Bouddha, Shiva, Ramana Maharshi et Papaji qui n’a jamais demandé un centime à ses disciples ! Mais les Néo gourous actuellement préfèrent les oublier, décrocher les tableaux et ne pas rendre hommage à la source d’informations à l’origine de leur enseignement. Cela évite à leurs disciples de s’égarer trop loin du troupeau et surtout d’aller consommer dans la boutique d’un autre.

Est-ce que cela signifie que la vraie spiritualité passe forcément par la souffrance, la misère, l’altruisme, le renoncement et l’austérité d’une ascèse surhumaine, que c'est une forme de masochisme obligatoire sinon ce ne serait pas vraiment de la spiritualité, qu’il faut vivre comme un mendiant dans la rue pour être pris au sérieux ? Alors pour les simplistes qui se poseront inévitablement ce genre de question, je leur demanderai si être bon, respectueux et correct dans la vie et dans leur pensées est une nouvelle forme de torture, si demeurer pleinement conscient de ce qu’ils sont, de leur psychologie personnelle, leur vie intérieure et le monde dans lequel ils vivent vraiment, en tant qu'être humain sans se prendre pour Dieu, Brahman ou le Soi, est une voie de la souffrance, et si se regarder en face en pratiquant Vichara, c’est-à-dire en demeurant pleinement conscient de la réalité telle qu’elle est, est forcément monstrueux.

Que ceux qui puissent comprendre ouvrent les yeux sur ce qu’on leur vend au nom de la spiritualité et du sacré.

Hari Om Tat Sat

mel patrick



lundi 16 juin 2014

Instructions

La quintessence de l'enseignement de Ramana Maharshi se trouve dans un petit livret appelé «Qui suis-je? Ce petit livret contient la première série d'instructions données par Ramana Maharshi. Ils sont directement de son expérience unique de la réalisation de soi. Le jeu original de questions a été posée par Sivaprakasam Pillai qui a ensuite été présenté par Ramana Maharshi sous forme de prose.
La puissance de l'enseignement peut être réalisé par toute personne qui le met en pratique. En pourparlers avec le Sri Ramana Maharshi 80 nous lisons: «Laissez-le savoir à qui sont les pensées. D'où proviennent-ils? Ils doivent surgir de la conscience de soi. Appréhender il aide même vaguement l'extinction de l'ego. Par la suite, la réalisation de l'une existence infinie devient possible. Dans cet état, il n'y a pas d'autres personnes que l'existence éternelle. Il n'y a donc pas de pensée de la mort ou de la souffrance. "L'enseignement complet peut être téléchargé ici : «Qui suis-je?" . Voici une version adaptée pour faciliter la consultation.
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Qui suis-je?
Chaque être vivant aspire à être heureux, intacte par le chagrin; et tout le monde a le plus grand amour pour lui-même, qui est uniquement due au fait que le bonheur est sa vraie nature. Par conséquent, afin de se rendre compte que le bonheur inhérente et sans tache, qui en fait, il quotidienne expérience de l'esprit est faible en sommeil profond, il est indispensable qu'il se connaître. Pour obtenir une telle connaissance de l'enquête, «Qui suis-je? en quête du Soi est le meilleur moyen.
«Qui suis-je? Je suis conscience pure. Cette prise de conscience est par sa nature même, l'être-Conscience-Béatitude (Sat-Chit-Ananda).
Si l'esprit, qui est l'instrument de la connaissance et est la base de toute activité, disparaît, la perception du monde comme une réalité objective cesse. Sauf la perception illusoire du serpent dans la corde cesse, la corde sur laquelle l'illusion est formé n'est pas perçue comme telle. (Cette analogie est basé sur une histoire classique d'un homme qui voit une corde au crépuscule et prenant pour un serpent a peur sans raison.) De même, à moins que le caractère illusoire de la perception du monde comme une réalité objective cesse, la vision de la vraie nature du Soi, où l'illusion est formé, n'est pas obtenue.
L'esprit est un merveilleux pouvoir résidant dans le Soi. Il provoque toutes les pensées de surgir. En dehors de pensées, il n'y a pas une telle chose comme l'esprit. Par conséquent, la pensée est la nature de l'esprit. En dehors de pensées, il n'existe aucune entité indépendante appelée le monde. Dans le sommeil profond, il n'y a aucune pensée, et il n'y a pas de monde. Dans les états de veille et de rêve, il ya des pensées, et il ya un monde aussi.
Tout comme l'araignée émet le fil (de la bande) sur lui-même et à nouveau se retire en lui-même, de même l'esprit projette le monde à partir de lui-même et décide à nouveau en lui-même. Quand l'esprit quitte le Soi, le monde apparaît. Par conséquent, lorsque le monde apparaît, l'auto ne semble pas; et quand le Soi apparaît (brille), le monde ne semble pas.
Quand on s'interroge constamment sur la nature de l'esprit, l'esprit se calmera laissant le Soi (comme résidu). L'esprit existe toujours seulement par fonction de quelque chose de brut (corps physique); il ne peut pas exister indépendamment. C'est le mental qui est appelé le corps subtil ou l'âme.
Ce qui augmente à mesure que «je» dans le corps est l'esprit. Si on s'interroge pour savoir où dans le corps de la pensée «je» se lève le premier, on peut découvrir qu'il monte dans le coeur. C'est le lieu d'origine de l'esprit. Même si l'on pense constamment «je», «moi», on sera amené à cet endroit. De toutes les pensées qui surgissent dans l'esprit, la pensée «je» est le premier. C'est seulement après la montée des "je réfléchis" que d'autres pensées se produisent.
La pensée «qui suis-je? va détruire toutes les autres pensées, et comme le bâton utilisé pour agiter le bûcher, il sera lui-même brûlé à la fin. Ensuite, il y aura la réalisation du Soi. Quand d'autres pensées viennent, il ne faut pas les poursuivre mais devraient enquêter avec diligence: «Pour qui se produisent-elles? Il n'a pas d'importance combien de pensées surviennent. Comme chaque pensée surgit, il faut se renseigner auprès de la vigilance, "Pour qui a surgi cette pensée?" La réponse qui émergerait serait "me". «Qui suis-je» Là-dessus, si l'on s'enquiert de l'esprit vont retourner à sa source; et la pensée qui se pose se calmera.
Avec la pratique répétée de cette manière, l'esprit sera de développer le pouvoir de surseoir à sa source. Quand l'esprit qui est subtile sort par le cerveau et les organes des sens, les noms et les formes brutes apparaissent; quand il reste dans le cœur, les noms et les formes disparaissent. Ne pas laisser l'esprit de sortir, mais conservant dans le coeur est ce qu'on appelle «l'intériorité». Laisser l'esprit de sortir du Cœur est connu comme "l'externalisation". Ainsi, lorsque l'esprit reste dans le coeur, le «je» qui est la source de toutes les pensées iront, et le Soi qui existe toujours brillera.
Autre que l'enquête, il n'y a pas de moyens suffisants pour faire l'esprit s'apaise en permanence. Si l'esprit est contrôlé par d'autres moyens, il apparaîtra à être contrôlée, mais se lèvera de nouveau. Grâce à la régulation de la respiration, l'esprit devient calme; mais il restera calme aussi longtemps que le souffle reste contrôlée. Quand le souffle n'est plus réglementé, l'esprit devient actif et commencer à errer.
Comme la pratique de la respiration-contrôle, la méditation sur les formes de Dieu, la répétition des mantras, et la restriction sur l'alimentation, sont des aides temporaires pour dissipation de l'esprit. Par la pratique de la méditation sur les formes de Dieu et par la répétition de mantras, l'esprit atteint un point unique. Pour un tel esprit d'auto-enquête ciblée deviendra facile. En observant régime de restriction, la qualité de l'esprit s'améliore, ce qui contribue à l'auto-enquête.
Cependant une personne coupable peut être, s'il zèle porter sur la méditation sur le Soi, comment serait assurément se réformer.
L'esprit ne doit pas être autorisé à se promener vers les objets du monde et ce qui concerne d'autres personnes.
Cependant mauvaises autres personnes peuvent être, il faut garder aucune haine pour eux.
Tout ce que l'on donne à d'autres l'on donne à soi-même. Si cette vérité est entendu qui ne donnera pas aux autres?
Quand on se pose soi-même tous se pose; quand soi-même devient calme tout devient calme.
Dans la mesure où nous nous comportons avec humilité, dans cette mesure, les résultats seront positifs.
Si l'esprit devient encore, on peut vivre n'importe où.
Ce qui existe en vérité est le Soi seul. Le monde, l'âme individuelle, et Dieu sont des apparences en elle comme l'argent dans la mère-de-perle. Ces trois apparaissent en même temps, et disparaissent en même temps. Le Soi est que là où il n'y a absolument aucune pensée «je». C'est ce qu'on appelle "Silence". Le Soi lui-même est le monde; le Soi lui-même est «je»; le Soi lui-même est Dieu; tout est Shiva, le Soi.
Celui qui se donne à l'auto qui est Dieu est le plus excellent dévot. Donner un soi à Dieu, signifie se souvenir constamment du Soi. Quelle que soit la charge sont jetés sur Dieu, Il les porte. Comme le pouvoir suprême de Dieu fait toutes choses bougent, pourquoi devrions-nous, sans nous soumettre à lui, nous soucier en permanence avec des pensées sur ce qui devrait être fait et comment, et ce ne devrait pas être fait et comment ne pas? Nous savons que le train transporte toutes les charges, donc après avoir sur le pourquoi devrions-nous porter notre petit bagage sur la tête de notre malaise, au lieu de le mettre dans le train et se sentir à l'aise?

Merci a http://www.sriramanamaharshi.org/

mercredi 4 juin 2014

Joyaux de la Bhagavad-Gîtâ: 42 versets choisis par Ramana Maharshi

Ramana
Il est rapporté dans la biographie du Maharshi qu’un de ses fidè­les se plaignit qu’il soit difficile de garder présents à l’esprit les 1400 vers de la Bhagavad-Gîtâ. Un seul d’entre eux ne suffisait-il pas à en exprimer la quintessence ? Le Maharshi mentionna « Je suis le Soi, qui habite dans le cœur de tout être ». Puis, il choisit 42 versets que les Œuvres complètes citent dans l’ordre qu’il spécifia. Nous les tra­duisons ci-dessous à partir du sanskrit en indiquant leur numérotation par chapitre et verset.
Le Maharshi fut reconnu comme le plus éminent de tous les jnâni(s) modernes. Le choix qu’il recommande constitue par lui-même une précieuse directive. Nous remercions le Ramanasraman de Tiruvannamalai de nous avoir autorisés à publier ce merveilleux compendium dû à Ramana Maharshi.
***
1. À celui qui, démoralisé, les yeux pleins de larmes, était empli de désolation, le « Vainqueur du démon Madhu » (Krishna) dit cette parole. (II 1)
2. Ce corps est appelé « le champ ». Celui qui en a conscience est qualifié de « connaisseur du champ » par ceux qui comprennent ces choses. (XIII-1)
3. Sache donc que je suis le connaisseur du champ en tous les champs. Dans ma pensée, connaître le champ et le connaisseur du champ constitue le savoir. (XIII-2)
4. Je suis le Soi, qui habite dans le cœur de tout être. Je suis, en vérité, le commencement, le milieu et la fin des êtres. (X-20)
5. De celui qui est né la mort est certaine. De celui qui est mort est sûre la naissance. Tu ne dois donc pas t’affliger de l’inévitable. (II-27)
6. Il ne naît, il ne meurt en aucune manière. Il n’est pas devenu. Il ne deviendra pas. Sans naissance, éternel, permanent, ancien, il n’est pas tué quand le corps est tué. (II-20)
7. Il ne peut être ni coupé, ni brûlé, ni mouillé, ni séché. Éternel, omniprésent, stable, immobile, il n’a point de fin. (II-24)
8. Sache bien qu’est indestructible Cela dont tout est imprégné. Nul ne peut provoquer la destruction de cet Immuable. (II-17)
9. L’irréel n’a jamais d’existence. Le réel ignore la non-existence. Les contemplateurs du Réel voient cette double vérité. (II-16)
10. De même que l’espace omniprésent n’est jamais souillé de par son immatérialité, de même le Soi qui réside en tout point du corps n’est pas souillé. (XIII-32)
11. Le soleil ne l’illumine pas, ni la lune, ni le feu. C’est ma demeure suprême, d’où l’on ne retourne pas. (XV-6)
12. On l’appelle Non-Manifesté, Impérissable. On l’a désigné comme but ultime. C’est ma demeure suprême ; on n’en revient pas lorsqu’on y est parvenu. (VIII-21)
13. Libres d’orgueil et d’illusion, vainqueurs des maux de l’attache­ment, toujours unis au Soi, débarrassés de leurs désirs, dégagés des couples connus comme joie et déplaisir, ils vont sans égarement à l’état d’immutabilité. (XV-5)
14. Qui rejette les injonctions des Écritures et agit sous l’empire du désir ne parvient pas à la perfection, ni à la joie, ni au but suprême. (XVI-23)
15. Il voit celui qui voit le Seigneur suprême résider identique en tous les êtres, indestructible lorsqu’ils sont détruits. (XIII-27)
16. Une adoration dépourvue d’autre objet peut me faire connaître, voir et pénétrer sous cet aspect en toute vérité. (XI-54)
17. La foi de tout homme est conforme à sa nature. L’homme est fait de sa foi. L’homme est ce qu’est sa foi. (XVII-3)
18. L’homme aux sens maîtrisés, plein de foi, acquiert le savoir qu’il aime. Ayant acquis le savoir, il parvient rapidement à la paix parfaite. (IV-39)
19. Aux adorateurs, toujours harmonisés, je donne ce buddhi-yoga plein de satisfaction par lequel ils parviennent à Moi. (X-10)
20. J’habite dans l’intimité de leur cœur ; je supprime en eux avec compassion l’obscurité fille de l’ignorance, par la brillante lampe du savoir. (X-11)
21. Semblable au soleil, le savoir révèle le Suprême à ceux dont l’ignorance est détruite par la révélation du Soi. (V-16)
22. Les sens, dit-on, sont supérieurs aux objets ; le mental est supé­rieur aux sens ; l’intellect est supérieur au mental ; le Soi est supérieur à l’intellect. (III-42)
23. Sachant ainsi qu’Il dépasse l’intellect et subjuguant le moi par le Soi, détruis l’insaisissable ennemi qui a pour aspect le désir. (III-43)
24. De même qu’un feu brûlant réduit le bois en cendres, le feu du savoir réduit en cendres tous les actes. (IV-37)
25. Les sages qualifient d’homme instruit celui dont toutes les en­treprises sont dépourvues des conceptions du désir, dont les actes sont brûlés dans le brasier du savoir. (IV-19)
26. Ici-bas et dans l’au-delà, la libération en brahman est acquise par ceux qui connaissent le Soi : ils se sont séparés de la colère et du désir, ils se dominent, leur esprit est subjugué. (V-26)
27. Que l’on s’apaise par degrés, grâce à l’intellect établi dans la fortitude. Que l’on concentre sa pensée sur le Soi et que l’on ne pense plus à rien. (VI-25)
28. Quel que soit le motif pour lequel le mental instable et mobile s’échappe, il faut le ramener à l’obéissance en le subjuguant dans le Soi. (VI-26)
29. Maître des sens et de l’intellect, réfugié dans la délivrance, dépour­vu de souhaits, de crainte et de colère, l’ascète est perpétuellement libéré. (V-28)
30. Toujours harmonisé par le yoga, ne percevant en tous lieux qu’unicité, il voit le Soi dans tous les êtres et tous les êtres dans le Soi. (VI-29)
31. Les gens qui me vénèrent d’une pensée dépourvue d’autre objet et qui m’adorent assidûment en tous temps reçoivent de moi la sécu­rité (IX-22).
32. Toujours harmonisé, dévoué à l’Un, le jnânî excelle parmi eux. Je suis cher au jnânî ; il m’est aussi suprêmement cher. (VII-17)
33. Après de nombreuses naissances le sage prend refuge en Moi : « Vâsudeva est tout ! » Une âme si élevée n’est découverte qu’à grand-peine. (VII-19)
34. Lorsqu’on chasse tous les désirs qui habitent l’esprit, satisfait dans le soi par le soi, on est proclamé « l’homme établi dans la sagesse ». (II-55)
35. L’homme parvient à la paix s’il marche sans convoitises, exempt du « moi » et du « mien », ayant chassé tous ses désirs. (II-71)
36. Il m’est cher, celui que le monde ne trouble pas et qui ne trouble pas le monde, qui est libre de joie, d’envie, de peur et d’anxiété. (XII-15)
37. Égal dans la gloire et l’opprobre, égal envers amis et adversaires, complètement détaché en toutes ses entreprises, tel est celui qu’on dit avoir transcendé les guna(s). (XIV-25)
38. L’homme que satisfait le Soi, qui tire son contentement du Soi, qui est comblé par le Soi, n’a plus rien qu’il doive accomplir. (III-17)
39. Il n’a plus de but pour agir ni pour ne pas agir. Il ne dépend plus d’aucune chose. (III-18)
40. Il se satisfait de ce qui lui vient, il a dépassé les dualités ; il n’a plus d’envie ; équanime dans le succès et l’échec, il n’est pas asservi alors même qu’il agit. (IV-22)
41. Le Seigneur se tient dans le cœur de tous les êtres. Il les fait mouvoir en tous sens, attachés à sa machine par mâyâ. (XVIII-61)
42. Prends refuge en Lui de toute ton âme. Par sa grâce, tu attein­dras la paix suprême et la demeure d’éternité. (XVIII-62)
Traduit du sanskrit par Patrick LEBAIL
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Il n’est que d’étudier cette suite de versets pour apercevoir comme elle est parfaitement coordonnée. Le Maharshi a pratiqué dans la Gîtâ une découpe d’une géniale sûreté.
Les versets 1 à 12 condensent la doctrine métaphysique de la non-dualité. Les versets 13 à 19 décrivent l’attitude propre à l’adepte du buddhi-yoga. Les versets 20 à 26 traduisent les effets libératoires que provoque l’irrup­tion du savoir.
Les versets 27 à 32 traitent des processus auxquels un adepte fait appel pour opérer la purification de son esprit.
Les versets 33 à 40 sont le portrait du Maharshi lui-même, toujours présent au Soi. L’idéal védantique y est sobrement consigné.
Les versets 41 et 42 constituent une exhortation finale à vivifier l’imper­sonnalité de la démarche vers le Soi par le pur sentiment de la présence du divin. Le Maharshi a voulu marquer que le sentiment de cette présence (bhakti) était indispensable à l’aspirant : il ne devient inutile qu’au libéré à moins qu’il n’aime le conserver. Le Védanta le plus épuré, incarné par le Maharshi, ne se sépare pas en pratique d’un parfum de bhakti. De même le grand Shankara s’est complu à écrire de merveilleux poèmes dédiés aux divinités et tout spécialement à « la Mère divine ».
L’adepte qui s’efforce d’être présent au Soi ne peut pas en même temps ressentir qu’il est l’auteur de ses actions. Il les lègue au Divin. Il lui assigne des actes, dont il n’est plus que le délégataire. Difficile est cette voie, qui s’oriente en ligne directe vers la perfection. Cette perfection fut celle du Maharshi, qui nous invite à le rejoindre, en dépit de nos incertitudes et de nos imperfections. Il nous a donné le plus rare des exemples, celui de l’excellence ; « une âme si élevée n’est découverte qu’à grand-peine », disait la Gîtâ. Qui succédera au Maharshi ? En quel idiome saura-t-il expliquer la Gîtâ ?
Merci a la revue 3eme Millénaire