mardi 4 février 2014



Les méthodes engendrent d'innombrables frustrations et ne donnent aucune satisfaction réelle. La Réalité est sans méthode. L'illusion dispose de nombreuses méthodes, de nombreux problèmes, et de nombreux concepts. Pour vaincre l'illusion, ou les concepts, il faut se demander d'où proviennent toutes ces pensées. Penser concerne toujours des objets. Pour connaître la Réalité dépourvue de pensée, il n'est nul besoin de penser.
L'éveil n'est rien d'autre qu'une profonde et totale compréhension. La Réalité n'a pas à être atteinte, elle est déjà là. Rien n'est nécessaire au-delà de cette compréhension totale.

Tant que le corps de l'éveillé est là, il agit normalement. Il appelle " mère " sa mère et " femme " sa femme. Mais cependant, il sait. Si quelqu'un lui demande " Comment vous appelez-vous ? ", il répond, mais il sait " Je ne suis pas ceci ". Une telle compréhension sans ambiguïté est nécessaire. La compréhension parfaite ce nomme Cela. Soyez en Cela. Soyez comme la feuille de lotus qui pousse dans l'eau et qui vit dans l'eau, mais qui n'est pas atteinte par l'eau. Demeurez ainsi. Il n'y a rien d'autre.

Ce que vous voyez et percevez est en vous et non à l'extérieur. Vous n'êtes pas le corps.
La Réalité ultime n'a ni fin ni commencement ; elle est illimitée.

Supprimez le nom et la forme et il n'y a rien. Voyez par votre propre compréhension que tout est illusion. Vivez-le ! Vous ne voulez pas voir parce que le mental ne vous permet pas de voir. Le mental est le seul obstacle qui vous écarte de " vous-même ". Le mental dit " c'est vrai ". Dites au mental " ce n'est pas vrai ". Comprenez le mental et alors il disparaîtra

Celui qui cherche peut demander " Que dois-je faire ? " Ne faites rien ! Les paroles ne font qu'atteindre l'espace. Le seigneur Krishna dit dans la Bhagavad Gita : " Là d'où proviennent les paroles, Cela est mon Soi". Dans la Bible, le Christ dit la même chose : " Connais-toi et tu connaîtras le monde ".

Siddharameshwar Maharaj donnait d'abord la connaissance, alors que nos traditionalistes affirment que le renoncement doit précéder la connaissance. Il disait que le renoncement sans la connaissance était inutile parce qu'il devenait un asservissement de l'esprit. Par exemple, lors de la préparation d'un bon repas, cela sent bon et tout le monde veut manger. Mais si vous dites aux gens, " N'en mangez pas ", ils vous demanderont pourquoi. Vous leur apprendrez alors que la nourriture contient du poison. La connaissance de l'existence du poison conduit à y renoncer immédiatement. Ainsi, si la connaissance vient en premier, le renoncement suit automatiquement.

Les gens ne comprennent pas que l'illusion n'est rien. Comment peut-elle vous empêcher? Comment " rien " peut-il vous empêcher?

Comment pouvez-vous savoir que vous avez trouvé un Maître? Il n'existe ni tests ni statistiques. Vous devez éprouver par vous-même ce que de nombreux saints et les personnes expérimentées ont écrit dans les livres de la connaissance. Un Maître dit : " Voici du sel ". Les livres aussi décrivent le sel. Mettez-le dans votre bouche et voyez par vous-même si c'est du sel. Vous devez faire l'expérience de ce que le Maître dit. Vous ne pouvez savoir qu'en " goûtant ".

En raison de l'identification avec le corps et le mental, vous dites que vous n'êtes pas parfait. Puisque toute chose disparaît dans le sommeil profond, pourquoi ne pouvez-vous pas atteindre la " fin " de vous-même ? Découvrez la source d'où surgit ce pouvoir ; c'est cela votre Soi.

Tout le monde veut être un Maître. Même entre deux garçons, il y en aura toujours un qui voudra être le Maître de l'autre. C'est la nature du pouvoir qui réside à l'intérieur de l'homme. Si vous vivez par vous-même ce que le Maître enseigne, et si vous pouvez y apposer votre propre empreinte, alors cet enseignement est authentique. Sinon, la séparation demeure entre le Maître et celui qui cherche. En vérité, il n'existe aucune dualité entre eux. La question de la peur ne se pose donc même pas. Quand on en est pleinement convaincu et que l'on sent qu'il y a plus rien à acquérir dans le monde, alors on éprouve une paix totale. Cette satisfaction vient à vous. Il faut d'abord le vivre par soi-même et puis en parler. Sinon, mieux vaut rester silencieux.

Il existe un dicton en Inde qui dit : " On ne peut pas ouvrir une épicerie avec un seul morceau de curcuma ". Nombreux sont ceux qui parlent de Dieu alors qu'ils ne le connaissent pas. Pourquoi? Parce qu'ils vont toujours dans la direction opposée à la sienne. Si vous voulez aller dans les montagnes du nord et que vous vous dirigez vers le sud, comment pouvez-vous atteindre ces montagnes ? Où est Dieu et qui est Dieu ? Il faut savoir qu'Il n'est pas à l'extérieur, mais en vous! Les pensées se dirigent naturellement vers l'extérieur ; elles doivent se tourner vers le Soi avec l'aide du Maître. Découvrez " qui vous êtes ". Lorsque toutes les pensées disparaissent, Il [Dieu] est là. Oubliez tout ce que vous avez appris jusqu'à maintenant, et Il est là. De cette façon, vous êtes en paix. La paix provient de l'intérieur de nous-mêmes. Le Christ a dit : " Connais-toi et tu connaîtras le monde ". Si vous atteignez votre véritable limite, la question de la paix ne se posera plus. Rien ne demeure ; vous êtes vous-même.

Comprenez vous-même que la mort n'est rien. Reconnaissez que : " Je suis sans naissance, Je ne meurs pas. Je n'ai jamais pris naissance et Je ne mourrai jamais ". Retirez les crochets à venin au serpent et jouez avec lui. Vous savez alors qu'il ne peut vous faire aucun mal. Chaque fois que vous dormez, cela ressemble à une petite mort. Pourquoi avoir peur ? Il n'y a rien. Tout est illusion. Gardez juste votre esprit dans cet état dépourvu de peur. Comme vous retirez les crochets à venin, jouez ainsi avec le monde. Jouez avec l'illusion ; il n'y a aucun danger. Cela n'affectera pas votre esprit. Vivez sans crainte ; pas de mort, pas de peur, en sachant " Je suis ce réel pouvoir ". Il n'y a rien ! Qu’est-ce qui pourrait vous atteindre ?

Il faut être courageux pour vivre véritablement. Si vous êtes courageux, la peur ne demeure pas. Soyez courageux et ayez foi dans le Maître. Faites ce qu'il dit, car vous et Lui êtes un. Ôtez le voile. Il est facile de quitter ce qui n'est rien, mais il est difficile de voir ce qui est présent et que vous avez oublié. Il existe une coutume indienne qui consiste à distribuer le 13e jour après la mort de quelqu'un des sucreries à toute la famille. Qu’est-ce que cela signifie ? Ceci : la personne n'est pas morte, elle ne meurt jamais.

Ne soyez rien, dès que vous choisissez d'être quelque chose, la peur vous accompagne.

Pour un être réalisé tout est Brahman : sa femme, son fils et la chaise sur laquelle il est assis. Si tout est Brahman, pourquoi faire une différence ? Ce qui vient du zéro peut retourner au zéro à tout moment. Tout le monde comprend la théorie mais personne ne va au delà du zéro. Aux États-Unis quelqu'un m'a demandé comment dépasser le zéro. Mais si le zéro n'existe pas que voulez-vous dépasser ? Une fois que vos avez déclarez qu'il n'y avait rien dans cette maison, vous l'avez compris. C'est cela mettre en pratique. Quelle peur vous empêche de reconnaître que zéro est zéro ? Je dis souvent : " Quel que soit votre nom, vous n'existez pas ! " Pouvez-vous me montrer votre nom ? Vous pouvez vous appeler Dieu si vous voulez, mais Dieu lui-même ne peut démontrer qu'il est Dieu car Dieu n'est qu'un concept et n'a rien créé du tout. Ayez le courage d'affirmer : " Je suis le créateur du monde. La conscience-connaissance a créé le monde et cette conscience-connaissance c'est moi-même ! " Parfois les événements ne se déroulent pas selon vos souhaits. Comme ce roi qui, dans un rêve devient un mendiant. Au matin, il est obligé de se pincer très fort car il ne sait plus trop ce qui relève du rêve ou de la réalité. Faites de même, Vous aussi, pincez-vous : demandez-vous qui vous êtes. Moi, au réveil je ne sais jamais où je suis, j'ai simplement tout oublié.

Vous n'êtes que bulles à la surface de l'océan. Lorsque ces bulles éclatent, elles redeviennent océan, alors l'océan rit et les autres bulles pleurent. Vous n'êtes jamais né et jamais vous ne mourrez. Pourtant cloués à vos concepts vous craignez la mort et la renaissance.

Tout le monde tient à ses yeux et si vous souffrez de cataracte, vous n'hésitez pas à payer une petite fortune au médecin pour qu'il vous soigne. Pourtant à votre mort vous oublierez tout, y compris vos yeux et votre nez, tout ira au diable ! Faites la part des choses et comprenez qui vous êtes vraiment.

Ce que mon propre Maître m'a donné, vous pouvez l'obtenir sans rien faire. Ne faites rien, oubliez-vous ! Vous dites : " J'existe ", j'affirme : " Vous n'existez pas ! " Si vous n'existez pas, qui parle ? Moi-même, je ne parle pas ; je suis un menteur purement et simplement. Le corps est un imposteur.

Quand vous allez au cinéma, un petit panonceau vous indique la direction des toilettes. Si vous dites : " Non, c'est ici même que je veux uriner ", personne ne viendra vous apporter l'urinoir. Pareillement, le Maître vous donne la bonne direction alors que vous attendez qu'on vous apporte la Réalité sur un plateau. Aller d'abord sur place et vous atteindrez votre destination. Mais en fait pour se comprendre, cela ne prend pas de temps. Malgré tout, vous vous obstinez à préserver ce qui devrait être jeté, c'est-à-dire vous-même en tant qu'individu. Je persiste et signe : " Tout est zéro. " Expérimenter le zéro, c'est le pari des audacieux. Tout est fonction du mental ; vous voulez connaître la Réalité, votre mental, lui ne veut pas.

Le Maître n'a rien à faire car il sait qu’il n’est pas " un Maître ". C’est le disciple qui fait de lui un Maître car il est en demande. Le Maître, lui, ne veut rien. Quand il dit : " Tout le monde est Lui ", il est inclue dans cette déclaration. Lui et le disciple sont " Un ". Mais vous avez fait l'erreur d'oublier votre propre nature et vous demandez partout " Qui suis-je? ". Que peut vous répondre le Maître ?

Mais en fait, qu’y a-t-il à comprendre, puisque vous êtes la Réalité ? Qui peut comprendre qui ? L’ignorance doit disparaître, c’est tout. L’ignorance, c’est être persuadé que tout est réel, que mon corps, mon mental et mon identité sont vrais. Cette ignorance est l’ego, et c’est lui que vous devez connaître. Dès que vous savez ce qu’il est, il disparaît. En fait il n’y a rien à chercher, car qui pourrait rechercher qui ?

Vous vous plaignez de ne pas voir, mais vous ne mettez pas vos lunettes ! Mettez vos lunettes et vous verrez! La connaissance et l’ignorance sont toutes deux un rêve.

Bien que j’agisse, je n’agis pas, cette compréhension doit éclore en vous. Dans le rêve vous semblez faire une multitude de choses, alors qu’en réalité vous ne faites rien puisque vous dormez. Si par exemple vous tuez quelqu’un dans un rêve, vous accuserez-vous de ce meurtre au réveil ? Vous l’avez pourtant expérimenté dans le rêve ! Quand vous vous réveillez tout devient zéro, néant. Le rêve, et tout ce qui s’y déroule, ne fait que passer, il ne se maintient pas. Quelle peut donc être la valeur d’une chose si éphémère ? Celui qui sait qu’en réalité il ne s’est rien passé, peut dire qu’il est le créateur du monde.

Continuez donc à accroître la connaissance en vous, gonflez la baudruche pour qu’elle devienne de plus en plus grosse, mais sachez que ce qui vient de l’ignorance, c’est à dire la connaissance, ne peut être réel. Le mental vous fera atteindre ce point de compréhension et ensuite disparaîtra. Une fois que vous avez atteint le but, vous n’avez plus besoin de comprendre quoi que ce soit. Vous êtes au quarantième étage, qu’y a t-il à comprendre maintenant ?

Bon ou mauvais, tout le monde est moi-même.

Tous les gens qui sont présents ici ont des noms différents. Si vous supprimez les noms, ils ne sont plus qu’un, n’est-ce pas ? Quand il n’y a plus de noms pour différencier, il n’y a que l’unité. Un père qui a quatre enfants est pourtant obligé de donner un nom à chacun pour éviter la confusion. Les noms ne sont donnés que par commodité. C’est le corps et le mental qui font toutes ces choses mais vous, vous ne faites rien. Le monde est le résultat de la connexion de deux fils, l’un positif, l’autre négatif. Dans le sommeil tout disparaît et au réveil le monde apparaît. Il y a une déconnexion totale quand le corps meurt, vous ne pouvez plus alors revoir le monde. Mais ce monde est votre concept, c’est en ce sens que je dis et répète que vous êtes le créateur du monde. Soyez le créateur et vous comprendrez ; le monde s’effacera alors automatiquement et vous en serez libéré.


Vous devez éliminer le doute en vous car il est ignorance. L’électricité ne sait pas qu’elle donne la lumière, de même la Réalité finale n’a ni connaissance ni ignorance. Quand la déconnexion se produit, tout disparaît. Disparu où ? Ce qui n’a jamais existé a disparu... Si vous touchez l’électricité vous mourez, mais si vous touchez la connaissance, c’est elle qui disparaît. Autrement dit, si vous comprenez ce qu’est la connaissance, elle disparaît automatiquement. Ni la connaissance ni l’ignorance ne sont réelles. Ma véritable nature est sans ignorance et sans connaissance. Laissez les pensées apparaître, mais sachez simplement : " Je n’ai pas de pensées." Mourez à vous-même puis, vivez !

Vous vous demandez ce qu'il va rester si le mental meurt, mais dans le sommeil profond, que reste-t-il ? Dites-moi ? Rien. De même ici, si vous dormez au monde, comment la peur pourrait-elle se maintenir ? Alors que vous êtes dans l'état de veille, dites-vous que tout cela n'est pas vrai.

En fait il n’y a rien à chercher, car qui pourrait rechercher qui ? Eh oui ! À cause du corps vous êtes devenu une petite créature. Ne soyez pas si petit !

La connaissance est toute puissante, mais c’est encore un rêve, elle est en fait la plus grande des ignorances.
Celui qui sait qu’en réalité il ne s’est rien passé, peut dire qu’il est le créateur du monde.

Le véritable bonheur est en vous, et non pas à l'extérieur. Dans le sommeil profond, vous êtes heureux, vous êtes dans l'ignorance du monde. Ainsi le bonheur est dans l'oubli du monde. Laissez le monde tel qu'il est, ne le détruisez pas, mais sachez qu'il n'est pas. Faites toutes les choses que vous avez à faire, mais soyez toujours en retrait, détaché par la compréhension, car tout ce que vous ressentez, percevez et accomplissez est illusion, n'existe pas. Votre mental doit accepter cela. Les sages disent : " puisque cela n'est rien, comment ce rien peut-il vous affecter ? " Mais ce que dit votre mental vous affecte, vous touche, alors que faire ? Le mental n'est rien d'autre que la connaissance. Les gens différencient le mental de la connaissance, mais cela n'est pas juste.

Le lotus vit dans l'eau mais ne s'en soucie pas.

Ne demandez pas si vous pouvez atteindre la Réalité car vous êtes la Réalité, alors pourquoi dire "puis-je?"

Quand vous êtes à la base de tout, vous êtes en tout, alors même un assassin ne peut être considéré comme mauvais. Tout ce qui se passe est " mon ordre ". Soyez le Maître, pas l'esclave. Vous êtes le Maître.

Personne ne va, personne ne vient. Qui vous a dit ça ? Vous avez lu des livres et vous le répétez. Il est dit que le plus grand homme est celui qui meurt inconnu. Rāma et Krishna étaient des " héros " secondaires. L'homme accompli vit dans le silence et meurt dans le silence. Ensuite leur pensée travaille en quelqu'un d'autre, mais qu'ils reviennent est insensé. Personne ne va, personne ne vient. Tout n'est qu'un rêve. Dans le rêve, vous devenez un grand Maître, mais au réveil vous revenez à l'état ordinaire. Qui est allé là, et qui en est revenu ? Rien ne s'est passé, le concept d'un grand Maître vous a effleuré, et vous êtes devenu ce " grand Maître ". Au réveil, vous ressentez : " Oh ! Tout cela est insensé, comment puis-je être un grand Maître, je ne sais rien ? " Et pourtant, dans le rêve, vous donniez des conférences et parliez de toutes ces choses avec aisance, mais au réveil ces connaissances s'évanouissent. Ce n'était qu'un rêve.

Je suis la plus grande illusion ! Tout ce que je dis avec tant de cœur et si franchement est faux ! Mais le faux que je vous dis peut vous faire atteindre ce point.

La connaissance est la plus grande chose, mais elle ne doit être qu'un remède. Lorsque la fièvre disparaît grâce au médicament que vous prenez, vous devez cesser de le prendre. Ne continuez pas le traitement ou vous causerez plus de problèmes. La connaissance n'est nécessaire que pour supprimer la maladie de l'ignorance. Le docteur vous conseillera toujours un dosage limité!

Tout d'abord, comprenez que le "je" est illusion, ce que "je" dit est illusion. Le Maître et ce qu'il dit sont aussi illusion, car en réalité, "je" et "lui" n'existent plus.

Lorsque quelqu'un meurt, les gens pleurent. L'être réalisé ne rira pas. Il gardera le silence, mais il sait que rien ne s'est passé. Rien n'est perdu, même la matière n'est pas perdue, les cinq éléments qui composent le corps retournent aux cinq éléments, et l'esprit retourne à l'esprit. Seuls le nom et la forme, qui sont illusion, disparaissent. Soyez sans forme, soyez sans nom. Si on vous demande quel est votre nom, répondez, mais soyez conscient que " je ne suis pas cela ". Transcendez l'illusion, et parce qu'elle n'existe pas, elle ne se maintiendra pas. Comprenez que c'est du feu, mais ne le touchez pas, n'essayez pas non plus de l'éteindre ou vous serez brûlé, comprenez simplement.

Si un mendiant demande de l'argent à un être réalisé, que fera-t-il ? C'est son choix, il donne ou ne donne pas parce qu'après tout, c'est encore l'illusion. Il peut paraître sans merci au point de ne pas donner de l'eau à un malade qui gémit : " de l'eau, de l'eau ! ". Il ne donnera pas, car cet homme va mourir de toute façon. En lui donnant de l'eau, il respirera un peu plus longtemps et souffrira davantage. Vous pensez être bon en lui donnant de l'eau mais vous ne faites qu'accroître sa souffrance. Parce qu'il est dans l'ignorance, il veut vivre plus et plus, mais que va-t-il obtenir en respirant un peu plus ? Il aura plus de souffrance. Ainsi, je ne vous conseille pas d'être sans merci mais gardez cela au fond de votre cœur. Donnez-lui de l'eau si vous voulez mais sachez que vous lui donner plus de souffrance. Celui qui croit avoir fait une bonne action se trompe.

Si vous donnez cent francs à un mendiant, il ne sera pas plus riche le lendemain, il continuera à mendier car cette habitude est si ancrée en lui que c'est devenu une seconde nature. Tous les hommes mendient pour obtenir le bonheur depuis leur naissance, et finalement ils meurent sans jamais l'atteindre. Même lorsque vous allez prier à l'église ou au temple, vous vous faites mendiant devant Dieu, d'abord vous mendiez pour vous, puis pour votre femme et vos enfants. Ainsi vous quémandez d'abord pour vous, et ensuite pour les autres. Tout le monde recherche le bonheur, mais vous ne l'obtenez pas, car votre méthode pour l'atteindre est fausse. Soyez toujours sur le chemin que le Maître vous indique et vous serez un avec Lui.

L’aspirant doit se conduire selon la compréhension que le Maître lui a donnée, et cette compréhension est que je suis en tout et partout, alors il n’y a pas d’attitude à adopter ou à ne pas adopter. Vous n’êtes pas en dehors du ciel. Un oiseau peut-il dire : " je veux être en dehors du ciel ? " Non. Cela est impossible. De même, après la compréhension, vous devez rester et vivre avec les autres. Rester avec eux signifie comprendre et vivre selon cette compréhension. Les autres ne comprennent pas parce qu’ils sont dans l’ignorance et agissent en fonction de cette ignorance, mais si vous comprenez vraiment, vous savez comment vous conduire avec eux. La question ne se pose pas. Comprenez qu’ils sont dans l’ignorance et que vous, si vous avez compris quelque chose, c’est par la grâce du Maître. Malgré tout, il n’y a pas de différence entre les êtres car tout le monde est Lui. C’est l’enseignement que le Maître vous donne : tout le monde est Lui. Alors, comment se conduire? Comportez-vous avec les autres comme vous le feriez avec les membres de votre famille. Le seigneur Krishna a dit " Le monde entier est ma famille ", ignorants ou pas. Si votre frère n’est pas aussi instruit que vous, cela ne vous empêche pas d’avoir de bonnes relations avec lui. Vous lui parlez, n’est-ce pas? De la même manière, vous avez des relations avec le monde et les hommes qui s’y trouvent, qu’ils soient ignorants ou pas. La connaissance vous a été donnée par le Maître et vous avez compris quelque chose. Quand le professeur enseigne aux enfants que 1+2 = 3, ils finissent par le comprendre.

Ainsi, la première chose à faire est de comprendre "qui suis-je?" C’est cela la réalisation de Soi, se connaître soi-même, rien d’autre.

Ne soyez pas un dieu, sinon, un jour ou l’autre vous deviendrez un chien ! Si vous lisez le mot " god " à l’envers, le mot devient " dog ", n’est-ce pas ? Tous les êtres sont devenus des chiens car ils veulent toujours quelque chose, comme les chiens ! Le chien a toujours la langue pendante car il veut toujours quelque chose. De même, tous les jours, vous êtes dans l’attente de quelque chose, vous êtes toujours dans le désir. Que faites-vous toute votre vie ? Vous allez au bureau pourquoi ? Parce que votre patron vous paie à la fin du mois. Vous n’avez pas la langue pendante comme le chien, mais finalement vous êtes comme lui.

Qui fait fonctionner ce corps ? Qui parle ? Qui dort. Qui prend plaisir ? Qui goûte, entend etc... ? Tout passe par les cinq sens de la connaissance. Mais qui fait cela ? Lui, et il est en vous, sous la forme de la connaissance. Tout le monde a la connaissance. Même une fourmi ! Elle est consciente, elle a même un mental et tout le reste ! Elle a peur, mais vous aussi vous avez peur. Pourquoi êtes-vous plus important qu’elle? Votre corps est plus grand, c’est tout ! Mais vous avez quand même peur de tout le monde, n’est-ce pas ? Vous craignez même un petit microbe produit par la sueur de votre propre corps. Vous savez pourtant que vous pouvez l’écraser entre vos doigts ! Certains Indiens s’offusquent et disent : " non, il ne faut pas le tuer ! " Ce sont des croyances bien enracinées dans leur mental. Écrasez-le sans hésitation ! Gardez bien à l’esprit qu’il est le produit de votre corps, et qu’il n’est pas vrai.

Le monde est fait de gens différents, mais le point commun c’est que tout le monde mange.
Lui, ne sait rien, tout comme l’électricité ne sait pas qu’elle produit de la lumière. Si elle le savait, elle ne serait pas l’électricité. Elle ne sait pas qu’elle fait fonctionner le ventilateur, et toutes ces choses. Elle sait tout, mais ne sait rien ! C’est la même chose avec le pouvoir qui est en vous. Il fait tout et sans lui, vous ne pouvez rien faire, les mains ne pourraient pas bouger, le corps serait inerte comme une statue.

Le Saint est celui qui a compris " je ne suis pas le corps ". Il ne suffit pas de revêtir la robe du renonçant pour en être un ! Shankaracharya a dit : " celui qui comprend que ' je ne suis ni le mental, ni l’ignorance, ni la connaissance ' est le véritable sage.

Soyez toute chose et non pas quelque chose, et vous êtes Lui ! Vous êtes partout et en tout. Dans ce corps aussi vous êtes Lui. Le pouvoir est là en vous, mais vous ne pouvez pas le voir. S’il n’était pas là, vous ne pourriez pas rester debout ! Vous vous écrouleriez comme un mur dont les briques ne sont pas scellées.

Le pouvoir qui est en vous est si puissant ! Il accomplit de nombreux miracles ! Il fait bouger votre corps qui est inerte, n’est-ce pas déjà un miracle ! Qu’un corps inerte puisse voir, parler, etc... C’est un miracle. Inutile de faire apparaître des chaînes en or comme le font certains maîtres.

Parabrahman est la Réalité et la Réalité est partout.

Comprenez que la connaissance est fausse. Une épine reste une épine même si elle est d’or.
Pourquoi s’inquiéter, vous êtes toujours la Réalité. Vous vous inquiétez pour rien, comprenez que vous êtes la Réalité et ensuite vous n’aurez plus rien à faire. Tant que le mental mène la danse, vous serez dans l’obligation d’agir. Oubliez cela.

Pourquoi courir après tout ces non-sens? Tout le monde court après un mirage. Un jour, quand le soleil sera couché et le mirage dissipé, vous vous arrêterez sans avoir trouvé d’eau. Comme le cerf, vous penserez avoir joué de malchance, mais l’eau n’a jamais été là ! Vous attendez que la joie vous vienne des autres, mais personne ne peut vous la donner. À moins de vous oubliez vous-même, jamais vous ne serez heureux. Le "je" dois être brisé, mettez le frein à main et la voiture s’arrête. Mettez le frein à votre mental et vous serez la Réalité, vous serez non mental. Le Maître vous aide à déraciner votre ego, ne vous inquiétez de rien, vous êtes la Réalité. Le problème c’est que vous considérez le Maître comme un corps et non pas comme la Réalité. Pourtant il vous répète qu’il est la Réalité, que vous l’êtes également, que tous sont la Réalité, mais non, ce qui vous importe c’est de " voir " le Maître.

Quand vous comprendrez que vous ne faites qu’un avec la Réalité, vous oublierez tout. Lui et vous ne faites plus qu’Un. L’unité clôt le débat, il n’y a plus de Maître ni de disciples. Quand l’unité s’épanouit dans votre esprit, vous devenez Elle, la Réalité. Le Maître sera toujours là pour vous aider. »

Ranjit Maharaj

Ranjit Maharaj est né à Bombay le 4 janvier 1913. À 12 ans, il rencontra son Maître, Siddharameshwar Maharaj, un grand Maître méconnu en son temps. Ranjit Maharaj commença seulement à enseigner en 1983 à l'âge de 70 ans, quand de plus en plus de chercheurs venaient se présenter chez lui.

La spécificité de l'enseignement de Maharaj repose sur sa position radicale et son caractère direct : " Tout est illusion, donc quel que soit ce que le ' je ' effectue, c'est aussi une illusion. " Par conséquent, il n'offre aucune méthode afin d'améliorer ce qui n'existe pas, l'illusion. Les voiles d'ignorance disparaissent et nous réalisons notre nature véritable à travers la connaissance et le rejet des fausses identifications qui ont été adoptées. " La découverte de votre nature véritable est des plus faciles, puisque vous êtes Cela. "

La Connaissance n'est qu'un remède au mal de l'ignorance, car une fois l'ignorance évanouie, il ne reste rien de la Connaissance. " Ni la connaissance, ni l'ignorance ne subsistent dans la Réalité. Quand je n'existe pas, quand je ne suis pas, Elle seule est, et c'est ça la Réalité, c'est-à-dire Soi-même sans soi-même. "

Ranjit Maharaj est décédé le 15 novembre 2000 à 18h16 en sa résidence de Bombay. Ses paroles dans ses derniers jours furent : " Ceci n'est plus utile, ceci doit partir. "

merci au blog "MILAJESUIS"

lundi 20 janvier 2014



JE SUIS
(Paroles de Nisargadatta MAHARAJ)


-Il n'y a rien à pratiquer. Pour vous connaître, soyez vous-même. Pour être vous-même, cessez d'imaginer que vous êtes ceci ou cela. Soyez seulement. Laissez votre vraie nature émerger. Ne troublez pas votre mental par la recherche. Regardez-vous, regardez votre propre existence. Vous savez que vous êtes et vous aimez ça. Rejetez toute imagination, un point c'est tout. Ne comptez pas sur le temps, le temps c'est la mort. Celui qui attend meurt. La vie n'est que maintenant. Ne me parlez pas de passé ou de futur - ils n'existent que dans votre mental


-Sur l'écran de cinéma, les silhouettes se déplacent continuellement, elles ne peuvent pas faire autrement, c'est sur le film. Elles ne décident rien, le film se déroule. Mais qu'est-ce qui rend possible les silhouettes sur l'écran ? Est-ce le seul déroulement du film ? Non, c'est la lumière qui le traverse, la lumière qui est derrière. Pour vous c'est la même chose, votre réalité est uniquement d'être lumière, d'observer le film dont le déroulement produit les événements du monde. Soyez cette source-lumière derrière la conscience

-Vous êtes le connaissant du corps. Quand cette tendance disparaît, il y a vacuité, et cette vacuité est observée par quelqu'un qui n'est pas vacuité. Celui qui sait qu'il y a obscurité, peut-il être l'obscurité ?

-Tout ceci n'est que le jeu des cinq éléments. Le corps n'est qu' un développement biologique, une pousse végétale, mais nous en tirons de la fierté, affirmant "Je suis quelqu'un !". Ceci n'est qu'une croissance naturelle, comme les plantes

- Est-ce comme cela que Dieu régit le monde ?
Dieu ne régit pas le monde.


- Qui le fait ?
Personne. Tout se produit de lui-même. En posant la question, vous y répondez. Et vous connaissez la réponse au moment où vous posez la question. Tout n'est qu'un jeu dans la conscience. Toutes les divisions sont illusoires. Vous ne pouvez connaître que le faux, le vrai, vous devez l'être.

-Cet état est un et indivisible, un bloc unique et solide de réalité. La seule façon de le connaître c'est de l'être. Le mental ne peut pas l'atteindre. Les sens ne sont pas nécessaires pour le percevoir; vous n'avez pas besoin du mental pour le connaître.

- La présence dans le maintenant est un état qui est toujours à portée de la main mais que l'on remarque rarement.

-Avoir une foi religieuse n'est qu'une complaisance émotionnelle. Croire à la naissance et à la mort également.

-Je suis le principe qui survit à toutes les créations et toutes les dissolutions.

-Toutes les expressions de ce que vous percevez sont le produit, la floraison de la connaissance "je suis". Ce que vous êtes en train de faire en ce moment - vous efforcer de comprendre intellectuellement tous ces mots - est une fausse démarche. L'intellect n'est qu'une résultante de votre être. Il est donc impossible que l'intellect puisse appréhender ce qui le précède.


-Il n’y a pas à rechercher le maintenant ou quoi que ce soit mais à être éveillé, attentif à sa propre conscience, c’est tout. La conscience doit être consciente de sa faculté de prendre conscience. Rien n’est à faire, aucun acte particulier à accomplir. Parler d’abandon est simplement une manière d’exprimer cela. Vous êtes pure présence consciente, vous l’êtes et vous n’avez pas à vous le répéter avec des mots. Gardez-le au fond de vous-même. Rappelez-vous toujours : la conscience est toutes choses, tout, pour tout être pensant. S’il n’y a plus de conscience le monde n’existe plus. C’est conscience est avec nous à tous les moments de notre existence. Cette connaissance n’a pas d’aspect ou de forme, elle est semblable à la lumière, la lumière de la vraie connaissance, elle est de la nature de l’amour. Comprenez bien que cette conscience n’est pas représentée par le corps, qu’elle est seulement lumière.

La lumière révélant l’existence, voilà votre véritable nature et ne demandez pas « qui sont les parents de la lumière », elle est là et c’est tout.

La lumière est la découverte « je suis ». C’est l’aboutissement du corps-essence-de-la-nourriture. Ce « je suis » est la condition indispensable pour que le monde apparaisse à l’existence, dans son image est contenu tout le reste. Observez, percevez, regardez ce « je suis » sans l’œil physique. Cette conscience précède la vue. En dehors de cette certitude « je suis » que pouvez-vous posséder d’autre ?

-Dès le réveil, « l’auto-luminosité » se manifeste et vous percevez un espace. C’est votre lumière qui éclaire l’espace intérieur où apparaît l’espace extérieur. C’est donc bien votre rayonnement, votre lumière qui se répand partout, c’est dans votre lumière qu’apparaît l’espace qui vous entoure, c’est grâce à elle qu’il est perçu. Comme le rayon du soleil est l’expression du soleil lui-même, votre monde ne peut pas exister en-dehors de votre conscience. Il est l’expression de ce « je suis ». Ce monde est votre manifestation. Vous seul êtes. Le système solaire, le cosmos, tout cela peut être connu grâce au soleil. Pour vous c’est la même chose. Tout cet espace, y compris le soleil, se manifeste grâce à ce « je suis », cette conscience. Cette conscience et la lumière solaire sont similaires, elles jouent le même rôle, elles sont Une. Nous vivons dans l’espace, cet espace n’est qu’une seule entité et par quoi est-il révélé ? Par la lumière du soleil ! Votre lumière intérieure est-elle différente ? Votre espace intérieur est-il différent ?

-Vous avez la certitude d’être. Cette connaissance devient plus tard non-connaissance, ce qui est l’ultime prolongement de la connaissance. Comparons ceci à l’eau. Vous avez un récipient d’eau, vous la voyez, vous la touchez. Elle s’évapore et il n’y a plus rien. Vous pensez probablement qu’elle est détruite mais il n’y a pas eu de mort, pas eu de destruction. L’eau n’est pas annihilée, elle est devenue nuage, abondance, fertilité.

Similairement, quand cette connaissance d’exister devient non-connaissance, elle se fond dans l’Absolu. Cet être devient non-être, il n’est plus tangible, mais cela ne signifie pas qu’on l’a tué ou détruit ! Quand le « je suis » se dissout dans l’infini, ce qui était manifesté, perceptible, devient insensible, intangible. Inversement, dès qu’une trace de « je suis » commence à poindre, tout le cosmos soudain est là et dès qu’il disparaît, tout s’efface, tout s’éteint.

-Je ne me suis pas créé, je n’ai pas créé cette forme, je ne sais pas d’où elle vient. Si je dis que c’est Dieu alors que je ne sais pas ce que je suis, comment puis-je concevoir celui qui a créé ce que je ne connais pas ?

D’abord, cette présence est apparue et c’est le pivot, la base. Dès que je vois que cette sensation d’exister à surgit sans cause, je vois également qu’elle est à la racine de cette identification avec le corps et l’intellect.

Comment puis-je prétendre qu’un Dieu existe et qu’il m’a créé quand je ne possède pas d’évidence suffisante de ma propre existence ! Et même, si l’on me dit que Dieu est le témoin de mon existence, il faut d’abord que je sois avant qu’il puisse m’observer.

-Cet état « je suis » de votre enfance se poursuit jusqu’à la vieillesse, jusqu'à votre dernier jour. Le même processus d’être, de conscience, le même état « je suis » se poursuit, vous êtes d’accord ? Vous êtes un enfant, un adolescent, un adulte plein de force, puis un vieillard de plus en plus faible et courbé, mais votre connaissance d’être demeure bien la même ?


Enfin, quelquefois elle l’est et quelquefois elle ne l’est pas.

Absurde. Si comme vous le dites la connaissance n’était pas immuable, sur quoi vous appuieriez-vous pour dire qu’elle ne l’est pas ? Quelqu’un doit bien le savoir ?

-Je n’ai rien cherché qu’à y voir clair. Je n’étais pas conscient que la conscience était tout le temps là, et soudain je pris conscience que je suis ça. Où et comment est-ce que cette conscience s’est levée en moi ? C’est ce que j’ai cherché à comprendre, en retournant à cet état où il n’y a pas de manifestation des phénomènes. C’est-à-dire à la connaissance originale du Soi original. Alors, je suis retourné jusqu’au Soi original, et je suis arrivé au point où je voulais savoir ce qu’étais ma condition avant que cette conscience ne se manifeste. Voilà où j’en suis arrivé. Brahman, Isvara, Dieu, ne sont que des noms de la conscience qui est consciente d’elle-même. Si tout ça est clair pour vous, comment allez-vous réagir au moment de ce qu’on appelle la mort ? La conscience simplement va observer ce qui se passe. Elle se détache progressivement, et à la fin elle n’est plus consciente d’elle-même. Cette réalité est au-delà des mots.

-A l’apparition de la conscience, l’Absolu sait qu’il est , il devient conscient de lui-même, c’est le « Je suis ». Il fait l’expérience de lui-même. Il y a aussi d’autres expériences ici (chez Maharaj), dues au fait que j’existe dans le temps, mais elles s’estompent progressivement, jusques et y compris cette expérience primordiales du « Je suis ». C’est seulement la conscience qui s’affaiblit et disparaît, l’Absolu demeure éternellement.

Quelle aventure et quelle déchéance ! L’état de perfection, qui s’embrouille dans ces expériences, et qui essaye d’en tirer des avantages illusoires.

Est-ce que tout ça arrive spontanément ?

Oui. Le Principe Ultime s’est absorbé dans toutes ces expériences qui se produisent au niveau de la conscience. Il s’y est oublié, il les a prises, ces expériences, pour lui-même, il les a acceptées comme si elles étaient lui. Il les a acceptées comme étant l’expression de la vérité, et il s’y est de plus en plus absorbé.

-Dites-moi, quand la conscience n’était pas là, qu’est-ce que vous aviez comme expériences ? Un petit coup de « Je suis » et voilà, l’être-moi se sait exister, ainsi que le monde.

-Tout ça n’est que divertissement. Vous êtes ici. Votre présence n’est-elle pas le résultat du plaisir d’un autre ? Tant que vous comprenez que les expériences ne sont que des apparitions dans la conscience, ça va.

Cette compréhension n’est pas une question de temps. Si vous pressentez la vérité, elle est simple et comprise en un instant.

La présence de la conscience dépend du corps, qui n’est rien d’autre que sperme et ovule, alors où est le « vous » ? Ce corps-esprit est une machine qui dit « Je suis », comme un haut-parleur. Alors vous croyez que vous êtes ce corps-esprit, et toutes les notions que vous avez ramassées ici et là en ressortent. Au début de votre quête spirituelle vous rejetez l’entité corps-esprit en disant « je ne suis pas ça ». Puis vous arrivez au « Je suis » sans rien d’autre, sans mots. Puis vous êtes le tout, vous n’êtes plus limités au corps-esprit.

La présence de la conscience est sentie grâce à cet instrument, le corps-esprit ; mais Moi, l’Absolu, je ne suis pas ça.

Après s’être stabilisé dans la conscience, on se met en position d’observer la conscience, et tout ce qui se passe en elle, juste pour comprendre.

L’attachement à l’entité corps-esprit et à la conscience est très fort, il est très difficile de s’en défaire.

La venue au monde, l’organisation chimique qui permet à l’entité corps esprit d’exister, n’a ni forme préétablie ni dessein, et en vérité elle n’existait pas. Cette chose-qui-n’existe-pas existe soudain. Quelle peut être sa valeur intrinsèque ? C’est seulement une apparition, ça ne peut pas être la vérité. C’est pourquoi j’ose dire ce que je dis.

-Je n’ai pas peur de la mort. Avec la mort l’imperfection disparaît. La conscience, la marque de l’imperfection, se dissipe. Il reste la perfection totale.

-(Montrant son briquet) La flamme continue à brûler tant qu’il y a du gaz. Est-ce qu’on peut parler de libération ou d’éveil pour cette flamme ? Ce corps et cette conscience, qui sont dus aux cinq éléments, peut-on parler de leur libération ? L’Un, qui précède l’apparition des éléments, est dans l’éternité.

Vous essayez de comprendre avec l’esprit, l’intellect, mais ce que je dis n’a rien à voir avec l’intellect, c’est basé sur ce qui jaillit spontanément de la conscience.

-La conscience est universelle, comme le jour et la nuit sont universels. On ne peut pas donner un nom ou des qualités à un tel principe. Qui est celui qui sait qu’il n’y avait ni jour, ni nuit, ni conscience ? Le jour et la nuit, le souvenir et l’oubli, l’état d’éveil et l’état de sommeil profond, sont-ils une seule et même chose ou sont-ils différents ?

Les capacités de la conscience sont extraordinaires. Je ne savais pas que j’étais, et soudain j’ai eu la conscience « Je suis ».

-Il ne se passe rien - personne n’est esclave – et par conséquent il n’est pas question de libération. C’est seulement parce qu’on se pense en tant qu’individu qu’on conçoit la servitude et la libération.

Tout ce que vous avez pensé jusqu’ici dans ce bas-monde ne sert absolument à rien.

- Supposons que je n’aime pas mon corps-esprit, ou mon souffle vital – qu’y puis-je ? Le corps est là, le souffle vital aussi, par conséquent le « Je suis » est là aussi. Ils fonctionnent d’eux-mêmes, pourquoi est-ce que je m’en soucierais ? La conscience fait son numéro, laissons-la

-Les pensées vont et viennent, mais celui qui a la connaissance, ne se sent pas concerné.

Les pensées arrivent dans la conscience ; l'observation aussi se produit dans la conscience. Il faut vous convaincre que vous êtes cette conscience. Une fois que c'est bien établi, il n'y a plus rien à faire ; laissez cette conscience faire ce qu'il faut faire. Tout ce qui arrive, arrive automatiquement.

-J'étais là, j'étais un, même pas conscient de ma conscience, et voilà que d'un seul coup cette conscience surgit.

-Vos pensées sur l'individualité ne vous appartiennent pas en propre ; elles sont collectives. Vous opinez que c'est vous l'individu qui a ces pensées; en fait elles viennent de la conscience.

Quand notre spiritualité se développe, notre identification à l'individualité corps-esprit diminue, et notre conscience atteint la conscience universelle. La force vitale continue, mais ses pensées et ses actions ne sont plus limitées à un individu. Elles deviennent une expression du tout. C'est comme le vent : il ne souffle pour personne en particulier.

-Quand je vous parle, je ne parle pas à un individu; je parle à la conscience. C'est elle qui doit remonter à sa source.

Au début, il y a le non-être. Puis l'être en sort, aussi doucement que vient le crépuscule, avec juste une sensation de "Je suis", et soudain l'espace est là. L'espace permet le mouvement, qui se manifeste par l'air, le feu, l'eau, la terre. Ces cinq éléments sont vous.

C'est votre conscience qui a tout fait. Il n'y a pas d'individu, il y a vous, c'est-à-dire le fonctionnement du tout, la conscience.

Vous êtes cette conscience, tous les attributs de la Divinité sont aussi les vôtres; mais vous vous cramponnez au corps-esprit, et ce faisant vous vous laissez aller au temps et à la mort - vous vous l'imposez à vous mêmes.

Je suis l'univers tout entier. Je n'ai besoin de rien, puisque je suis tout. Mais je me suis niché dans du petit, dans un corps ; je me suis limité à un fragment, et maintenant je suis en manque , un corps a besoin de tant de choses.

Sans le corps, est-ce que vous existez, est-ce que vous avez existé ?

Sans le corps, est-ce qu'il y a, est-ce qu'il y a eu quelque chose ?

Retournez à cet état d'avant le corps. Votre vraie nature est prête, elle est libre, mais vous la cachez, vous imaginez toutes sortes de chose.

-Il n'y a pas d'individus; il y a seulement des corps, sustentés par la nourriture, et la connaissance du "Je suis" qui va avec. Il n'y a aucune différence entre une fourmi, un être humain, et Dieu. Ils sont tous de la même aune. La fourmi est minuscule, l'éléphant est gros. Vu les tailles différentes, leurs force est différente, mais leur énergie vitale est la même. Pour qu'il y ait connaissance il faut qu'il y ait une corps.

Merci au blog "Etre et Conscience"

samedi 11 janvier 2014

ATELIER YOGA DU 19 JANVIER 2014

Les Ateliers Yoga de la Sainte-Baume
ATELIER DE YOGA
EXPLORATION du YOGA

Dimanche 19 JANVIER 2014 de 9h00 à 13h00
Salle ANTARES à St Maximin
(Nombre minimum de participants : 12)
***

LE MENTAL

Théorie :
Le mental : pourquoi l’apaiser et comment ? (Patanjali)

Pratique :
Les 3 aspects du Kriya Yoga de Patanjali
(asanas, séance de pranayama)



Merci de CONFIRMER votre participation 
Contact : 06 61 19 88 60

Cet atelier est une introduction au programme de transmission du yoga
prévu ultérieurement en plusieurs modules

mardi 31 décembre 2013

ADVAITA | un mot Sanskrit qui signifie " pas deux "
L’Advaita, une des six écoles de la philosophie hindoue orthodoxe, est considérée comme étant une branche de l’école dominante et la plus influente de toutes celles du Vedanta. Advaita signifie " non-dualité " et fait aussi référence à " la fin des Védas ". La première personne à en consolider les principes de façon explicite était Adi Shankaracharya au VIIIè siècle, alors que le propagateur historique de l’Advaita était Gaudapada [grand Guru de Shankara]. Au VIIIè siècle, Gaudapada rédigea le tout premier traité systématique disponible sur l’Advaita intitulé Mandukya Karika ou Gaudapada Karika.





L’Advaita Vedanta déclare que seule existe la Réalité une et immuable [Brahman] et que les entités changeantes ne possèdent pas d’existence absolue tout comme les vagues ne peuvent pas exister en dehors de l’océan. Les vagues s’élèvent dans l’océan, et il n’est pas de vagues sans océan. De la même manière, le monde éphémère émerge momentanément au sein de la Réalité et Lui doit son existence. Le monde n’existe pas indépendamment de la Réalité, c’est pourquoi on dit qu’il est irréel. Tout comme un cygne vit sur l’eau mais ses plumes ne sont jamais souillées par l’eau, de même un Advaitin vit dans le monde sans être touché par l’illusion du monde.
L’enseignement principal de l’Advaita est qu’il n’est pas de dualité ; qu’elle soit dans l’état de veille ou de rêve, la pensée se meut dans l’illusion. L’ignorance dissimule la vérité qu’il n’est pas de devenir et que l’individu n’existe pas, si ce n’est comme figuration temporaire de notre Soi véritable [Atman] ou " je " véritable. Contrairement à l’expérience perceptible, le Soi n’est pas une expérience de l’individualité mais une pure conscience qui englobe tout et qui est au-delà de la connaissance. Il est éternellement présent et toujours expérimenté, cependant on n’est conscient de ce qu’Il est vraiment que lorsque les tendances restrictives du mental ont cessé. Sa nature est non-duelle, un sans second, et n’est pas différente de la Réalité, le substrat absolu de tout ce qui existe. Le mot " Advaita " fait essentiellement référence à l’identité du Soi et de la Réalité.
La nature de la réalisation du Soi est celle de l’expérience directe transcendant les perceptions et notions sans exception ; elle ne sera gagnée qu’une fois la croyance en la réalité du monde dissipée. L’illusion de la dualité, qui se manifeste en tant que notions d’un ego, d’un mental, d’un corps et d’un monde objectivé en est entièrement absente. Les fausses notions seules constituent l’illusion. La seule chose qui empêche la conscience du Soi est le sentiment d’être une personne individuelle. Si ce sentiment d’identité individuelle est transcendé, vous saurez que vous êtes le Soi et que votre nature véritable est être-conscience-félicité. L’être demeure en lui-même, la conscience se connaît elle-même et la félicité repose en elle-même. Seul le Soi est, et il se connaît lui-même par lui-même.
L’aspirant doit être pourvu d’un intense désir de libération. Ayant discerné ce qui est éternel et la source de bonheur, il doit demeurer non-attaché à tout ce qui est transitoire, tout ce qui est mutable, tout ce qui est simple phénomène temporaire, tout ce qui dépend des sens, tout ce qui dépend du mental et tout ce qui dépend du soi individuel pour être connu ou expérimenté. L’aspirant doit aussi être pourvu du pouvoir de discernement et doit adopter l’investigation de la nature réelle du Soi. Il doit discerner le Réel de l’irréel de façon à réaliser que le Réel est à jamais, et que l’irréel n’est jamais apparu. Il lui faut considérer tout ce qui est transitoire, changeant, objectivé, composé de parties, sporadique ou dépendant comme étant irréel. Il doit réaliser que cela qui est éternel, immuable, non-objectivé, indivisible et sans parties, continuel et non-dépendant est la Réalité impérissable. Tout comme une rivière cesse de couler après s’être déversée dans l’océan, la personne perd tout mouvement après s’être fondue dans le Soi. Abandonnant autant les notions d’externe, qui donnent naissance à l’apparence du monde, que les notions d’interne, qui amènent les illusions de l’existence d’un mental et d’un individu, l’aspirant doit avoir une foi inébranlable dans la connaissance sacrée de l’Advaita Vedanta. La connaissance véritable signifie posséder un regard d’égalité pour tous et sur tout.
Ramana Maharshi enseigne que le Soi est pur être, une pure présence, ou pure conscience subjective de " Je suis " entièrement dénuée des sentiments " Je suis ceci " ou " Je suis cela ". Il n’y a ni sujets ni objets dans le Soi ; il n’y a que conscience d’être. C’est parce que cette pure présence, ou pure conscience, est consciente qu’on l’appelle aussi " conscience ". D’après Shri Ramana, l’expérience directe de cette conscience est un état de bonheur ininterrompu et c’est pourquoi on utilise le terme " félicité " pour la décrire. Ces trois aspects – être, conscience et félicité – sont vécus en tant qu’un tout unitaire et non pas en tant qu’attributs séparés du Soi. Ils sont indissociables de la même manière que l’humidité, la transparence et la liquidité sont des propriétés indissociables de l’eau.

mardi 17 décembre 2013

Les doctrines fondamentales des Upanishad-s

© Ralph Stehly, Professeur d'histoire des religions, Université de Strasbourg

A. La doctrine de base
C'est l'identité entre le Brahman et l'âtman. Le Brahman, c'est l'Absolu qui n'est pas conçu sous la forme d'une personne, c'est l'énergie divine infinie qui crée, préserve et résorbe en lui tout l'univers (à la fin de la période cosmique), et qui se présente à nous de manière dégradée, matérialisée dans toutes les créatures, quelles qu'elles soient. Cette énergie divine infinie est identique à l'âtman, l'âtman étant ce que nous découvrons être notre âme,  notre noyau fondamental, dans lequel se trouve préservé notre identité à travers les transmigrations.
Cette identité est affirmée par les célèbres formules:
  • Tat tvam asi ("Cela c-à-d le Brahman, tu l'es toi-même), Chandogya-Upanishad 6.8.7.
  • Aham Brahma asmi ("Je suis le Brahman"), Brihad-âranyaka-up. 1.4.10.

Cette identité n'est pas chose évidente, parce que ce que nous percevons des choses et des personnes dans l'expérience quotidienne, c'est leur enveloppe extérieure, et non leur noyau intime.
Le fait que les objets et les personnes ne nous apparaissent pas spontanément dans leur être profond, central, dans leur âtman est le résultat de la mâyâ. La mâyâ est la puissance d'illusion qui fait que nous n'allons généralement pas au-delà des informations brutes qui nous sont livrées par les sens et que nous croyons représenter toute la réalité, alors qu'elles ne représentent que la surface de la réalité, et non leur noyau central, leur âtman.
Le Brahman et l'âtman sont en dernière analyse inconnaissable, mais nous pouvons néanmoins laisser l'âtman advenir en nous, en faisant silence en nous-mêmes grâce aux exercices de yoga.
B. La cosmologie des Upanishads
Elle est résumée dans une célèbre formule de la Chandogya-Upanishad (3.14.1)::
"Assurément l'univers est Brahman. Le Brahman doit être médité comme le Tajjalân "
Tajjalân se décompose en tat-ja-lâ-an, tat=cela (cf. anglais that), ja = naître (cf. genèse), lâ = retourner, an = animer (cf français animer).
Il faut donc comprendre: "Le Brahman est ce dont (tat) l'univers est né (ja), ce dans quoi il retourne (lâ), et par quoi il est animé (an).
Dans cette expression, on a la première allusion à la triple activité du Brahman comme producteur de l'univers, comme vivificateur et comme lieu de retour de l'univers.
1. La production de l'univers
Dans les hymnes du Veda, on a tout une série de textes qui ont en commun
(1) qu'il y a un principe premier (, le Brahman, Prajâpati....,  sur Prajâpati voir tapas)
(2) que ce principe émet ou produit (sanskrit: shrshti) une matière à partir de lui-même (eaux sur lesquelles se développe un oeuf.....)
(3) et entre en tant que premier-né en elle (sur un exemple de cosmogonie des Védas, voir ici).
Ce schème s'est, en gros, conservé dans les Upanishads. Les textes les plus importants sont par ordre chronologique:
Brhad-Âranyaka-up. 1.4.7.:
"L'univers avant nous n'était pas encore déployé; il se déploya alors par le nom et la forme [c-à-d qu'il devint distinct]; cet Âtman (= ce Brahman) y est entré jusqu'au bout des ongles, comme le rasoir enfermé dans son étui, ou le feu dans les baguettes [qui servent à l'allumer]"
[sur le feu dans les baguettes, voir ici et ici ].
Ce texte n'établit pas encore de distinctions dans l'univers ainsi déployé. La Chandogya-up  ( (6.2.3)  distingue déjà dans la masse matérielle issue du Brahman 3 éléments: le feu (tejas), l'eau et la nourriture (ou la terre).
Taittirîya-up 2.1 : "De ce Soi (Âtman, c-à-d le Brahman)) est issu l'espace (âkâça, sur l'âkâça voir Maitry-up. 6.17), de l'espace, du vent le feu, du feu les eaux, des eaux la terre ",
avec une nouvelle idée: un ordre d'engendrement; ces 5 éléments, on les retrouvera dans le système philosophique sâmkhya, ainsi que l'idée d'un engendrement successif.
Remarque: dans ces premiers textes, on ne fait pas tellement la distinction entre nature organique et inorganique, les deux sont issus du Brahman et sont composés à partir des 5 éléments du cosmos.
La différence, c'est que les corps organiques (plantes, animaux, dieux) sont des âmes migrantes, et sont donc en essence l'âtman lui-même, tandis que les corps inorganiques sont composés uniquement des 5 éléments (éther, vent, feu, eau, terre). Bien que gouvernés eux aussi par le Brahman (Bâ 3.7.3-14), ils ne sont pas pour autant des âmes migrantes comme les animaux, les hommes et les dieux (il d'agit des divinités à karman ou deva; sur ce concept voir ici ).
En ce qui concerne la nature organique, on garde l'idée que sa création est une shrishti, une décharge, une libération, une émission, une émanation du Brahman, mais on insiste tout particulièrement sur la présence de l'âtman migant. Ainsi en Bâ 2.2.18, il y a un jeu de mots entre pura et purusha. Le Brahman crée les organismes comme des citadelles (pura) et entre en elles comme un habitant.
" Comme des citadelles (pura), il (le Purusha, c-à-d le Brahman) a produit les bipèdes, comme des citadelles, il a créé les quadrupèdes, dans les citadelles, il est entré comme un oiseau, dans les citadelles comme un habitant".
Tous les êtres vivants (plantes, animaux, hommes et dieux mineurs) sont donc des sanctuaires dans lesquels le Brahman est présent en tant qu'âme individuelle. C'est pourquoi il n' y a pas en Inde de sanctuaire du Brahman (comme il y a des temples pour les dieux seigneurs ou Îçvara-s), puisque tous êtres vivants sont par définition des sanctuaires du Brahman.
Mundaka-up 2.1.7: 
" De lui les dieux ont émané selon leurs formes diverses, les génies également; de lui les hommes, les animaux et les oiseaux, inspiration et expiration, le riz et l'orge. 
La transmigration englobe donc bien les plantes (Katha-up 5.7) et les dieux (Bâ 4.4.4.).
Remarque: la conception de la shrshti (le Brahman, après avoir émis le monde, entre en lui) sauvegarde l'idée de la seule réalité du Brahman (sur la seule réalité du Brahman, voir le Vedânta de Shankara ).
2. La conservation et l'animation de l'univers
Le Brahman est ce qui sous-tend l'univers entier. Sans le Brahman, rien de ce qui est visible n'existerait. Il y a un lien de dépendance explicite entre toutes les réalités du monde et le Brahman qui est expliqué dans la Mundaka-Upanishad (et en Brhad-Âranyaka up 2.4.7-9) par la très belle des étincelles et du feu (en Bâ: image du son et des instruments de musique): les réalités de notre monde sont comme les étincelles qui jaillissent du feu; les étincelles n'existent que parce que le feu est allumé et brûle, de même les réalités du monde n'existent que parce que par derrière brûle éternellement ce feu qu'est le Brahman:
" De même que d'un feu bien allumé jaillissent par milliers des étincelles qui sont en parenté avec lui, ainsi, mon cher, de l'Impérissable (= du Brahman) émanent les êtres divers et retournent à lui " (Mundaka-upanishad 2.1.1)
Mieux, l'univers que nous avons devant nous, c'est le corps du Brahman, et les différents élément de l'univers sont des membres de ce corps gigantesque:
"Le feu est sa tête, la lune et le soleil ses yeux, les points cardinaux ses oreilles et sa parole les Védas révélés. Le vent est son souffle, tout l'univers est son coeur. La terre provient de ses pieds. Il est, de tous les êtres, l'âme intérieure " (Mundaka-up 2.1.4).
Si le Brahman sous-tend le monde, c'est parce qu'il y est partout répandu, de manière mystérieuse et invisible, et qu'il vitalise et anime le monde (voir la parabole du fruit du nyagrodha en Chandogya-up 6.12.1-3).
Chaque chose doit son existence propre au fait qu'elle trouve son fondement dans le Brahman:
" En vérité, c'est sous l'autorité de cet Impérissable que le soleil et la lune ont leur existence propre ...." (Brhad-âranyaka-up 3.8-9)
Le Brahman est ce en quoi s'enracine le monde. Ainsi Katha-up 6.1 compare le monde à un figuier renversé:
" Ce figuier éternel [symbole du monde] dont la racine va en-haut, les branches en-bas, c'est le pur, le Brahman ".
Il est le protecteur de l'Univers et maintient les choses en l'état:
" Il est le protecteur du monde, il est le souverain du monde (îça) " (Kaushitakî-up. 3.9).
En outre, il guide les créatures dans leurs actions; en Bâ 3.7.19-23, l'âtman est l'antaryâmin, le guide intérieur. 
Mais le Brahman n'intervient pas dans l'histoire.
3. L'eschatologie des Upanishads: le Brahman comme lieu de retour de l'univers et de l'âtman
On connaît la doctrine de l'hindouisme classique qui s'épanouira dans les Purâna-s: la création périodique de l'univers et sa dissolution périodique avec sa résorption dans le Brahman, aux termes d'énormes périodes de temps: les kalpa-s et les para-s ( voir Les périodes cosmiques).
Cette conception est étrangère aux Upanishads les plus anciennes.
Il convient de distinguer :
1. le retour des individus dans le Brahman
2. le retour de l'univers.
(1) Taittirîya-up 3.1 :   Celui de qui, en vérité, les êtres naissent, par qui les êtres vivent, en qui ils rentrent en mourant.... c'est le Brahman.
Mundaka 2.1.1 : " De même que d'un feu bien allumé jaillissent par milliers des étincelles qui sont en parenté avec lui, ainsi, mon cher, de l'Impérissable (= du Brahman) émanent les êtres divers et retournent à lui "
(2) Il n'est pas question d'une dissolution de l'univers dans les Upanishads anciennes. L'idée apparaît en Shvetâshvatara-up 3.2 et 4.1: " l'être unique (Shiva) , lui en qui le monde est dissous à la fin et qui crée au commencement, c'est lui le Dieu, puisse-t-il nous combler d'une intelligence heureuse ! "
a) La périodicité apparaît en Maitry-up. 6.17:
En vérité, le Brahman, au commencement, était tout ce (monde). Il existait seul, illimité à l'Est, illimité au Sud, illimité à l'Ouest, illimité au Nord, illimité au-dessus et au-dessous. Cette Âme suprême est illimitée, innée, inscrutable, impensable et son Soi est l'espace. Lorsque le monde est détruit, seule, elle veille ; à partir de cet espace, elle éveille ce (monde) qui n'est rien que pensée; ce monde est médité par Elle et en Elle il est absorbé.
b) La transmigration (voir aussi la réincarnation)
La conception classique est celle du Vedânta. L'humanité, selon Shankara, est comme une plante. Comme une plante, elle germe, se développe et retourne finalement à la terre. Pas complètement cependant. De même que la graine des plantes survit, de même les oeuvres d'un homme lui survivent comme une graine qui jette la semence d'une nouvelle vie.
Chaque vie, avec ses actions et ses souffrances, est l'inévitable conséquence des actions d'une existence précédente et conditionne, par les actions qui y ont été accomplies, la vie suivante.
On ne peut trouver avec certitude la trace de la doctrine de la transmigration dans aucun texte védique avant les Upanishads.
Dans le Rig-Veda, on enseigne  pour les bons une existence éternelle parmi les dieux sousle contrôle de Yama, et pour les mauvais un voyage dans les profondeurs abyssales. Il y a même trace d'un jugement des morts: car il faut passer devant les deux chiens de Yama qui gardent l'entrée du séjour des dieux. Les élus festoient et banquettent avec les dieux (idée du repas de fête pris avec les dieux, ce qui était déjà le cas avec le sacrifice).
Le plus ancien texte des Upanishads à parler de la réincarnation est Brhad-âranyaka-up 4.4.3 (vers le - 6ème s.): " De même qu'une chenille, arrivée au bout d'un brin d'herbe, se contracte pour une nouvelle avance, de même cet âtman, secouant son corps, s'étant libéré de l'ignorance, se contracte pour une nouvelle avance ".
ainsi que Bâ 4.4.6  "  Celui qui est arrivé au but final des actions qu'il commet ici-bas, retourne du monde de l'au-delà dans le monde de l'action..... quant à celui qui ne désire que l'âtman.... n'étant que Brahman il entre en Brahman".
c) Chemin des Pères et Chemin des Dieux
Voir Chandogya-up 4.15.5  et Brihad-âranyaka-up 6.2.14
On y dit que lors de la crémation du corps, l'âme entre dans la flamme, puis dans le jour, puis le soleil...... et le Brahman. La signification est que l'âme entre dans des régions toujours plus lumineuses. C'est le chemin des dieux (devayâna).
Le devayâna s'oppose au Pitryâna (le chemin des Pères): l'âme entre dans la fumée (non dans le feu), dans la nuit (et non dans le jour), dans la quinzaine sombre de la lune, et finalement dans la lune où elle fait transit. Puis l'âme se rematérialise en éther, vent, fumée, brume, nuage et en semence, puis suit l'entrée dans une matrice et donc une renaissance.
Dans le bouddhisme il y a un schéma analogue, voir Le Bardo Thödol.
Le schéma est un peu différent en Kaushithakî-up 1.2: toutes les âmes sans exception vont à la lune, leurs connaissances sont testées, et, selon le résultat, elles empruntent le devayâna pour rejoindre le Brahman, ou bien elles sont renvoyées sur terre.
C. La libération
En quoi consiste la libération ?
Lorsqu'on se rend compte qu'on est un âtman, lorsque tous les autres désirs que celui de faire advenir l'âtman se seront évanouis,  lorsqu'on est libre par rapport à tous les désirs, alors on atteint la libération. Le plus beau texte est celui de Brhad-âranyaka-up 4.4.6-7:
" Quant à celui qui n'est pas consumé par le désir, qui est libre par rapport au désir, qui est libre par rapport à tous les désirs, qui ne désire que l'âtman, ses souffles ne s'échapperont pas (vers d'autres régions), n'étant que Brahman, il entre en Brahman. ... Quand toutes les passions s'évanouissent, qui élisent domicile dans le coeur de l'homme, alors lui qui est mortel devient immortel. Dès ici-bas, il jouit du Brahman [il est donc un délivré vivant]".
Cette découverte libératrice qu'on est soi-même un âtman passe par une discipline dont les anciennes Upanishads parle déjà: le yoga.
D. Le degré de réalité du monde
Dans les Upanishads deux tendances s'affrontent:
1) une tendance idéaliste qui sera ensuite formulée magistralement par Shankara et le Vedânta: ce monde n'est qu'un reflet, il est donc illusoire, il n'a pas d'existence par lui-même.
2) Une tendance réaliste qui sera élaborée dans le sâmkhya.
La tendance idéaliste part de l'idée de l'unité de l'être. Par-delà la pluralité apparente des choses, il ne peut y avoir qu'une seule réalité, et cette réalité c'est le Brahman. Les tenants de cette tendance s'appuient sur des vers tels que Rig-Veda 1.1.64.46: "ekam sad viprâ bahudhâ vadanti" : "les poètes donnent de nombreux noms à ce qui est seulement un" et RV 10.90.2 " Cet univers entier est le Purusha seul, à la fois celui qui fut et celui qui sera " et sur des passages des Upanishads tels que Brhad-âranyaka-up 2.4.7-9 où il est dit : de même que les sons d'un tambour, d'une conque ou d'un luth n'ont pas d'existence par eux-mêmes, mais uniquement par rapport à l'instrument qui produit les sons, de même les objets de l'univers n'existent pas indépendamment du Brahman.
La tendance réaliste postule l'existence de deux réalités éternelles: le purusha ( = le Brahman, le principe spirituel du monde) et la prakriti (la matière-énergie universelle). C'est le sâmkhya, qui est la base philosophique du yoga-darçana.
Les 18 premiers produits de la prakriti ( buddhi, ahamkâra, manas, les 10 indriya-s, et les 5 tanmâtra-s ) forment le corps subtil ( linga) qui entoure l'âtman et l'accompagne lors de sa transmigration.
Merci a http://stehly.chez-alice.fr/les2.htm

mardi 3 décembre 2013


Le VEDÂNTA       

L’Advaita Vedânta (pensée non dualiste), le coeur même de l’Hindouisme, est la science universelle de la vie, qui s’adresse à tous, quel que soit leur contexte ou leur religion. Bien que le Vedânta soit né dans le contexte de l’Hindouisme, il n’est nullement nécessaire d’être ou de devenir hindou pour l’étudier. Au contraire, cette pensée, qui est une métaphysique d’une grande pureté, aidera le croyant à mieux comprendre sa propre religion et à l’approfondir.

 
 
Qu'est-ce que le Vedânta ?
Fondée sur les Veda et en particulier les Upanishads, la philosophie du Vedânta est l'incomparable pensée non-dualiste de l'Inde, qui affirme avec audace l'unité du monde, l'identité de la conscience individuelle et de la conscience universelle. Quand l'individu atteint cet élargissement de sa conscience, il expérimente un état de paix et de joie absolues, délivré de tout sentiment de dualité et des peurs, des insatisfactions qui l'accompagnent.
Cette philosophie enseigne aussi une sagesse pratique pour nous élever à cette vision du monde, pour réaliser en nous cette unité fondamentale de la vie. Les Écritures nous donnent accès à cette sagesse : à travers l'étude des Écritures, assortie d'une pratique quotidienne sincère, c'est une véritable transformation intérieure qui s'offre au chercheur spirituel.

C'est à cette découverte à laquelle vous invite la Chinmaya Mission France, à travers un enseignement de type traditionnel, comprenant les activités suivantes :
- Atelier d'initiation au Vedânta
- Étude des textes de Shankara
- Étude de la Bhagavad Gîtâ.

Quelles sont les pratiques spirituelles préconisées par le Vedânta ?
1/ La base de la démarche védantique est la réflexion et l’interrogation : qu’est-ce que ce monde en réalité ? Quelle est sa vraie nature ? Quel est le sens de l’existence individuelle ?
2/ L’étude des Écritures vient alors fournir des éléments de réflexion, et elle est le fondement même de la discipline spirituelle du Vedânta. Les Écritures délivrent à la fois une vision de la vie inspirante et libératrice ainsi qu'une sagesse pratique, permettant de s’élever à la hauteur de cette vision et de l’expérimenter.
3/ La réflexion personnelle, à partir de l’étude des Écritures, permet de développer en soi la discrimination (distinction entre le Réel et l’irréel, entre le permanent et l’illusoire) et le détachement (savoir expérimenter les objets des sens, sans en être dépendant) qui sont les qualités intérieures indispensables pour progresser sur le chemin spirituel. Le Vedânta est ainsi fondé sur la compréhension : comprendre la vraie nature des choses, chercher le véritable but de l’existence. Cette transformation de la vision intérieure imprègne ensuite toute la vie de l’être.
4/ Dans le Vedânta, on ne se contente pas d’étudier de façon théorique : la vie entière devient pratique spirituelle. La vie quotidienne est l’occasion d’exercer son discernement, de l’approfondir, avec =
--> d’abord, au quotidien, une prise de conscience des obstacles intérieurs. L'effort doit être de vivre en toute conscience : aucune parole, aucune pensée, aucune action ne doit émaner de soi sans qu’on en soit conscient.
C’est dans et par cette vigilance permanente que le chercheur spirituel peut s’élever spirituellement : en prenant conscience de ses négativités et de ses faiblesses, de la manière dont l'esprit fonctionne.
--> une autre attitude dans l’action : agir selon les valeurs nobles, avec une attitude moins égoïste, jusqu’à adopter peu à peu l’attitude purificatrice du service, de l’offrande.
Les Écritures sont une source d’inspiration et d’aide permanente pour mener ce travail d’évolution personnelle.
5/ La contemplation devient naturelle à celui qui a entrepris ce travail de purification intérieure. La pratique de la méditation est une pratique essentielle du Vedânta, mais elle ne peut être fructueuse et s’approfondir que si le chercheur spirituel par ailleurs adopte une vie guidée par des valeurs nobles. Swami Chinmayananda disait : « Votre séance de méditation dépend des 24 h précédentes ». Dans le Vedânta, toute la pratique spirituelle vise à développer en nous la faculté contemplative, car de façon ultime, c'est par la méditation profonde que l’on atteint la Connaissance, la redécouverte de notre vraie nature faite de paix et de joie absolues.

Quelle place a le Vedânta dans la philosophie indienne ?

Le Vedânta est l’un des six "points de vue" de la philosophie indienne. En effet, les grandes écoles philosophiques de la pensée indienne sont des "points de vue" ("darshana" en sanskrit). Il y a six écoles de pensée (darshana) dans l'hindouisme, généralement présentées par paires :

• Le Nyâya (étude des règles du raisonnement, de la logique),
• et le Vaisheshika (explication du monde par la combinaison d'atomes des différents éléments, cosmologie).

• le Sânkhya (système dualiste axé sur la connaissance des principaux constituants de l'univers et de l'individu, et opposant un principe naturel unique et inconscient à une multitude de principes spirituels conscients),
• et le Yoga (ensemble de pratiques psychosomatiques visant la parfaite stabilité mentale).

• le Pûrva Mîmâmsâ ("mîmâmsâ" veut dire "interprétation des Veda, exégèse"). Le Pûrva Mîmâmsâ commente la première partie des Veda (Mantra et Brâhmana), appelée Karma Kânda car elle traite des rituels, des sacrifices et du Dharma,
• et l'Uttara Mîmâmsâ (ou Vedânta), qui s'intéresse à la dernière partie des Veda (Upanishad), c'est-à-dire la connaissance de la Réalité Suprême. Le mot " Vedânta " littéralement veut dire la fin (anta) des Veda, c’est-à-dire le but, l’ultime essence des Veda, de la Connaissance.

Qui est Shankara ?
Le nom du philosophe indien Âdi Shankarâcârya suscite partout en Inde et dans le reste du monde, un grand respect qui s'adresse à la fois à la gloire spirituelle du maître, à sa perfection poétique et littéraire, à sa ferveur dévotionnelle et à sa profondeur philosophique.
Le destin de ce jeune brahmine du Kérala (Inde du Sud) fut aussi extraordinaire que bref, puisqu'il quitta son enveloppe mortelle à l'âge de trente-deux ans après avoir été le plus grand artisan du renouveau de la culture védique que l'Inde ait jamais connu.
Un destin vraiment hors du commun : attiré par la voie ascétique, il prit le sannyâsa (sacrement du renoncement) à l'âge de huit ans et partit à la recherche d'un maître. Sa quête le mena vers Shrî Govinda Bhagavad Pâda, auprès duquel il étudia l'Advaita Vedânta, la philosophie non dualiste.
Puis il demeura quatre ans auprès du maître Shrî Gaudapada, célèbre pour avoir écrit un commentaire sur la Mândûkyopanishad, un des textes fondamentaux du Vedânta. Le jeune Shankara acquit ainsi la maîtrise des principaux textes qui fondent le Vedânta : Upanishad, Brahma sûtra, Bhagavad Gîtâ.
Cette connaissance n'était pas chez lui une simple prouesse intellectuelle, mais une expérience spirituelle intense, l'élévation à un état supérieur : la voie de la contemplation lui avait fait expérimenter l'identité totale entre le soi individuel et le soi universel, entre l'homme et Dieu.
Cette identité est la base de la philosophie non dualiste dont Shankara se fit le fervent défenseur.
La religion hindoue est en essence un rigoureux monisme : selon la tradition védique ancienne, dont est issue l'actuelle forme de l’hindouisme, un Principe suprême unique, brahman, est la source et la réalité du monde que nous percevons, il est aussi l'essence de notre être. Mais l’homme généralement ne peut adorer une entité abstraite, et il projette des formes qui sourient à son coeur : la multiplicité des formes divines que l'on rencontre en Inde traduit la multiplicité des manières dont les hommes aiment, désirent, craignent, espèrent et vivent.
Cependant, l'homme oublie parfois la Réalité suprême qui donne vie et sens à ces noms et formes : sans ce sentiment d'unité, les rites perdent de leur signification, les adorateurs de telle ou telle divinité en viennent à s'opposer.
Telle était la situation à l'époque de Shankara, au 8è siècle après J .C. La pratique de la culture védique était alors en voie de totale désintégration alors que l'influence du bouddhisme ne cessait de grandir.
L'école du Pûrva mimâmsâ, qui mettait l'accent sur l'accomplissement des rituels, paraissait seule capable de freiner la diffusion du bouddhisme et devenait de plus en plus importante. Les rituels se multipliaient, mais au milieu de querelles sectaires où le principe fondamental d'unité était oublié.

Shankara se donna alors pour mission de raviver la vision non dualiste, de secouer l'état d'ignorance, de bigoterie, de rivalités sectaires où s'enlisait la religion hindoue. Il affronta la situation avec la plus subtile des stratégies, attaquant le problème sur tous les fronts à la fois : intellectuel, émotionnel et physique.

Il écrivit des commentaires sur les grands textes de la tradition indienne, réfutant tous les arguments des autres écoles avec une logique implacable, affirmant l'existence d'un Principe unique et suprême commun à tous les hommes et toutes les religions. Il composa aussi de nombreux ouvrages sur le Vedânta. Parcourant l'immense sous-continent indien, il invitait les grands chefs religieux à des débats, art traditionnellement fort apprécié par les lettrés indiens. Sortant toujours victorieux de ces joutes subtiles, il rétablit ainsi progressivement la suprématie intellectuelle de l'Advaita Vedânta (philosophie non dualiste) parmi l'élite hindoue.

Shankara voulut ensuite entraîner les masses : cela ne pouvait se faire que par une approche plus émotionnelle. Les partisans des dieux Shiva, Vishnu, de la Devî (la déesse), se querellaient, défendant tous la suprématie de leur divinité, et il fallait les ramener au sein de la vision non dualiste, leur source commune. Pour cela, il codifia les cultes offerts aux différentes divinités, apportant une unité de sens aux différents rituels. Il composa aussi de nombreux hymnes de louanges à ces formes divines, qui sont des chants extrêmement mélodieux, aux paroles pleines d'élévation, chargées de ferveur dévotionnelle, qui cependant, au-delà de la forme divine adorée, s'adressent au Principe suprême. Ces chants, très populaires en Inde, sont chantés quotidiennement dans les temples et les foyers.

Shankara entreprit enfin la consolidation physique de ce renouveau, en établissant de nombreux temples et des grands monastères qui continuent aujourd’hui le travail de leur fondateur.
A la fin de sa vie, Shankara décida de fonder un monastère (math) dans chaque partie de l’Inde, aux quatre points cardinaux et les confia à ses disciples. Un math devait être "un siège de la Connaissance", et à chacun correspondait un des Veda. Chacun devait oeuvrer pour le bien-être spirituel de la région de l’Inde où il était situé. Quatre grands math furent ainsi fondés : à l’est (à Puri), Govardhana math, confié au disciple Padmapada (Rig Veda) ; au sud, Shringeri math, confié à Sureshwara (Yajur Veda) ; à l’ouest, Dwaraka math, confié à Hastamalaka (Sâma Veda) ; et au nord, Joshimath, près de Badrinath, confié à Totaka (Atharva Veda).
Ces math existent encore aujourd’hui, et sont des grands centres de rayonnement intellectuel et spirituel.
Shankara définit aussi 10 catégories de leaders spirituels, qui firent allégeance aux math : ce sont leurs titres qui indiquent à quel math les sannyâsîns (moines) sont rattachés. Ainsi, les sannyâsîns rattachés au math de Shringeri portent le titre de "Sarasvati": c’est le cas de tous les swamis de la Chinmaya Mission, puisque Swami Chinmayananda a reçu le sannyâsa de Swami Shivananda, qui était lui-même rattaché à Shringeri. Son nom titre et son titre sont donc : Swami Chinmayananda Sarasvati.

Merci a CHINMAYA MISSION FRANCE